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Dramuscules, de Thomas Bernhard, utilise la dérision pour tordre le coup aux idées xénophobes de l’Autriche d’après-guerre. Rencontre avec Françoise Bloch, metteuse en scène.

Photo: SABAM Belgium 2006
Michaël Sowa, L'excursion à contre-courant
Le 15e jour du mois : Comment caractériser votre travail ?
Françoise Bloch : J’essaye de toujours centrer mon travail sur l’acteur, car c’est à travers lui que tout se passe. Je choisis des œuvres qui sont ancrées dans la réalité mais dont la forme d’écriture n’est pas réaliste. Les cinq pièces qui composent Dramuscules dénoncent l’hypocrisie des discours du national-socialisme. Or, avec la montée en flèche de l’extrême droite en Europe et dans certaines villes belges, il me semblait judicieux de remuer l’actualité. Je connais l’œuvre de Thomas Bernhard depuis longtemps, j’avais très envie de le mettre en scène et il m’a semblé que c’était le moment idéal.
Le 15e jour : La dérision permet-elle de mieux transmettre un message ?
F.B. : L’humour est une source d’énergie qui a la capacité de mettre une distance face à un événement. Cette mise à distance va pousser le spectateur à réfléchir. Il ne s’agit pas de transmettre un message mais de mettre en route un questionnement. Dans Dramuscules, l’humour est particulier et diversifié. En fonction des actes, il est immédiat, plus curieux ou plus fin. L’objectif est de mettre en vie, de créer des vibrations sur la scène et des questions qui vont éveiller l’esprit du spectateur. Au-delà du théâtre, le rire est nécessaire pour la santé de l’esprit et c’est aussi une arme, dans ce cas-ci, contre le totalitarisme.
Le 15e jour : Quel public cible attendez-vous ?
F.B. : C’est une pièce grand public, des représentations scolaires sont d’ailleurs prévues. Les divers niveaux d’humour participent à cette ouverture. Mais il y a aussi la représentation de personnages du quotidien qui facilite l’identification. Elle va dépendre de chacun. Il suffit de choisir en fonction de ses affinités, que ce soit les femmes qui sortent de l’église, le policier et sa femme, un metteur en scène ou deux ministres-présidents.
Le 15e jour : Comment réagir face à l’engouement que connaît l’extrême droite chez nous?
F.B. : Je répondrais par une citation tirée de l’œuvre : « Ce serait tout de même fantastique, Bernhard, si nous pouvions aller maintenant dans un magasin et pouvions nous y acheter des têtes neuves… et nous irions avec nos têtes neuves sur les épaules et nous aurions nos veilles têtes dans un sac plastique. »
Propos recueillis par Laurence Baeke
Dramuscules au Théâtre de la Place, place de l’Yser, 4020 Liège, du 14 au 25 mars à 20h15; les mercredis 15 et 22 à 19h; le dimanche 19 à 15h (relâche les lundis). Contacts : tél. 04.342.00.00, courriel info@theatredelaplace.be |
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