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Alors que, depuis quelques années, il est de bon ton de s’inquiéter de la pollution de l’air, les pouvoirs publics s’éveillent doucement à une politique écologique à plus grande échelle. Les gaz à effet de serre, le trou dans la couche d’ozone et le réchauffement climatique ne sont plus les seules préoccupations lorsqu’il s’agit d’étudier l’impact des activités humaines sur l’environnement. On sait que les écosystèmes marins subissent eux aussi les affres de la pollution, de tous types, mais il reste encore à en déterminer scientifiquement les conséquences.
Baie de la Revellata à Calvi (Corse)
Préserver le milieu marin
C’est dans cette optique qu’une équipe issue du Centre de recherche marine interfacultaire de l’université de Liège (Marine Research ou “Mare”) vient d’entamer la phase expérimentale du projet d’actions de recherche concertées intitulé “Rapid Assessment of the marine Coastal Environment”(Race). Financé par la Communauté française, le projet regroupe divers spécialistes de l’ULg (océanographes, physiciens, biologistes, ingénieurs, etc.), sous la coordination de Jean-Marie Beckers, et a pour but d’élaborer des outils permettant de détecter et de prédire des changements dans les écosystèmes côtiers méditerranéens.
Au point de départ de ce projet océanographique, deux phénomènes contradictoires : d’une part, le fait que « l’étude et la compréhension des effets de l’activité humaine sur les écosystèmes marins requièrent généralement beaucoup d’investissement en temps mais également en argent », explique Sylvie Gobert, chercheur en océanologie mais aussi, d’autre part, que « les autorités locales, tiraillées entre le désir de préserver leurs plages attrayantes et d’obéir aux intérêts économiques, souhaitent des réponses rapides lors des études des effets de l’utilisation de leur littoral ». Entre efficacité et rapidité, la contradiction rend périlleuse la gestion durable des milieux côtiers.
Les autorités responsables des villes jouxtant le bassin méditerranéen, conscientes de la nécessité de préserver l’environnement marin, déplorent le manque de protocole disponible afin de mener à bien une étude d’impact qui puisse réunir trois données : fiabilité, rapidité, rentabilité. Partant de ces constatations, le projet Race a pour objectif de comprendre, de modéliser et d’élaborer des outils de diagnostic pour mesurer les variations des écosystèmes marins engendrées par des augmentations de nutriments (azote, phosphore, par exemple).
Petite mais riche
En effet, comme l’explique Sylvie Gobert, « la Méditerranée présente la caractéristique d’être oligotrophe, ce qui signifie qu’elle est pauvre en nutriments, ce qui explique d’ailleurs sa grande clarté. C’est donc une mer qui vit en équilibre avec très peu d’azote et de phosphore ». Or les égouts, les fermes aquacoles et l’utilisation d’engrais chimiques sur les champs cultivés déversent de plus en plus de nutriments excédentaires dans les eaux méditerranéennes. « Cela provoque une modification de la teneur en azote et en phosphore qui peut conduire au bouleversement de la chaîne alimentaire, poursuit Sylvie Gobert. Une situation qui compromet le fragile équilibre de l’écosystème et peut mener à la disparition de certaines espèces. Certes la mer Méditerranée ne représente qu’un petit pourcentage de la surface des océans, mais elle abrite de nombreuses espèces que l’on ne retrouve nulle part ailleurs que chez elle. »
Le projet a débuté en octobre 2005 en baie de Calvi à partir de la station de recherche Stareso. Les résultats devraient permettre l’utilisation des outils élaborés grâce à Race sur l’ensemble de la Corse et, plus largement, dans toute la Méditerranée occidentale.
Jean-François Christiaens
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