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Michel Meurisse est chef du service de chirurgie au CHU.

Photo: Jean-Louis Wertz
Le 15e jour du mois : L’ULg a signé le 3 mars dernier un accord-cadre avec le Centre universitaire de formation des professionnels de la santé (CUF) de Ho Chi Minh ville, l’ancienne Saigon. Quelle en est la teneur ?
Michel Meurisse : Cet accord-cadre comporte deux volets : un accord officiel de coopération entre le CHU liégeois et certains hôpitaux de Saigon et un accord bilatéral entre l’ULg – et sa faculté de Médecine – et le Centre universitaire de formation des professionnels de la santé (CUF) de Saigon. En fait, nous collaborons avec eux depuis bientôt trois ans, mais le développement de nos activités communes imposait un cadre légal pour fédérer toutes les initiatives. C’est la raison pour laquelle nous avons accueilli ici-même une délégation assez importante de hauts dignitaires de Ho Chi Minh Ville venus officialiser nos contacts : Dr Nguyen The Dung, directeur du service de santé, Pr Nguyen The Hiep, recteur du CUF, M. Le Quoc Hung, directeur des Relations extérieures, attaché au ministère des Affaires étrangères, M. Vu Truong Giang, membre du service des Relations extérieures, attaché au ministère des Affaires étrangères et Mme Nguyen Thi Huu Hoa, vice-présidente du Comité du Plan (DPI).
D’un point de vue facultaire, il s’agit principalement de transfert d’expertises. Depuis quelques mois, nous accueillons à Liège une dizaine de médecins et d’infirmières vietnamiens, lesquels, au cours d’une formation de
3e cycle, non seulement se perfectionnent et se spécialisent mais, en outre, se familiarisent avec le système sanitaire européen. Dans l’autre sens, quelques étudiants en Médecine belges effectuent un stage à Saigon et je m’envolerai en avril prochain pour un cycle de cours théoriques et pratiques sur la transplantation d’organes. Je tiens à souligner que cet accord-cadre, premier du genre, est sans doute appelé à s’élargir à d’autres Facultés car le Vietnam a besoin d’ingénieurs, d’économistes, de vétérinaires, etc.
Le 15e jour : Le volet “CHU” concerne la création d’un nouvel hôpital à Saigon ?
M.M. : En effet. Le Vietnam peut compter sur des médecins bien formés, mais le pays a besoin d’un hôpital de pointe de haute technologie. Pour ce faire, les autorités ont souhaité s’appuyer sur une expertise scientifique de haut niveau et c’est à nous qu’elles ont fait appel, après le succès du Congrès de novembre 2003 à Saigon qui rassembla une centaine de médecins belges et vietnamiens. Depuis lors, des collaborations ponctuelles se sont instaurées : mon équipe, notamment, a réalisé plusieurs transplantations rénales à partir de donneurs vivants et en avril prochain, nous jetterons les bases d’un programme de greffe du foie.
Par ailleurs, les autorités vietnamiennes ont été séduites par l’organisation de notre CHU et souhaitent à présent construire une structure de ce type à Ho Chi Minh ville. Une société namuroise, la société Cedric (constituée d’ingénieurs ensembliers hospitaliers) qui fournit des “hôpitaux, clefs sur portes”, a établi les plans, les maquettes du nouvel hôpital universitaire pour le gouvernement vietnamien. Elle s’est aussi occupée du montage financier qui s’appuie sur un prêt d’Etat à Etat : l’Espagne, la Hollande et la Belgique ont marqué leur accord pour financer le projet dont le premier budget s’élève à 115 millions d’euros, la part locale s’élevant à 20 millions d’euros ayant été dégagée par le Comité du peuple de la ville. La société Cedric suggère de procéder en deux étapes : d’abord bâtir une structure de 500 lits (+ urgences) sur un terrain de 100 ha situé à Cu Chi, à 30 kms à peine de Saigon et ensuite étendre la capacité d’accueil à 3000 lits, sous la forme d’un bâtiment en étoile. Les autorités ont déjà commencé à tracer les routes qui mèneront à cette infrastructure médicale et les plans du métro sont prévus ! Quant au premier bâtiment lui-même, nous espérons l’inaugurer en 2007, même si l’ensemble des travaux, y compris la cité universitaire, s’étendra jusqu’en 2020. Enfin, conformément aux desiderata des autorités, une faculté de Médecine et un pôle technologique verront le jour à deux pas du centre hospitalier. Nous accompagnons ce grand projet pas à pas, dans un rôle de consultance pour la programmation hospitalière et un rôle actif de formation des futurs médecins vietnamiens qui piloteront ce nouvel hôpital de manière tout à fait autonome. L’objectif, à terme, étant que le futur hôpital universitaire soit dirigé par des autochtones, avec des médecins, des infirmières et des gestionnaires du cru.
Le 15e jour : Quelle est votre ambition à plus long terme ?
M.M. : Les attentes en matière médicale sont énormes. Vous savez, il n’existe pas de médecins généralistes au Vietnam. Certes, il y a des centres de santé dans les districts mais il s’agit davantage de secourisme que de médecine ! Tous les malades – quelle que soit la gravité de leurs maux – se rendent à l’hôpital. Vous imaginez, dans une ville qui compte près de 10 millions d’habitants, l’afflux que cela provoque dans les salles d’attente ? Par ailleurs, il n’y a pas de services d’urgences vraiment structurés et organisés comme en Europe avec des circuits différentiels suivant la gravité : les patients sont quasiment soignés dans l’ordre d’arrivée... Tout est donc à faire et le gouvernement en est bien conscient. Avec le Pr Vincent D’Orio, nous avons effectué à la demande du Dr Dung, directeur du service de la santé de Ho Chi Minh ville, une mission d’une quinzaine de jours pour évaluer l’organisation des urgences et faire des propositions pour améliorer l’ensemble. Une des premières pistes sera bien sûr d’instaurer une médecine “de première ligne” comme chez nous, c’est-à-dire de confier aux médecins généralistes le soin de résoudre les problèmes simples ou d’orienter les patients vers des spécialistes. Cela désencombrerait les hôpitaux. Mais il faut aussi mener une réflexion plus globale à propos de la sécurité sociale, car les médicaments sont beaucoup trop chers pour les familles. Il faudrait que les patients soient remboursés d’une partie, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, du moins pas pour tout le monde. Plusieurs solutions sont à l’étude, parmi lesquelles l’établissement d’une “carte de soins” qui serait offerte par la diaspora vietnamienne à leurs proches.
Tout est à faire, mais le dynamisme de la population et son sens de l’accueil sont remarquables. Pour ma part, je dois dire que je suis extrêmement heureux de travailler là-bas et je suis convaincu que la collaboration sera très bénéfique pour l’ULg qui affirme ainsi sa présence – aux yeux de la diaspora vietnamienne également – dans un pays émergent de premier plan.
Propos recueillis par Patricia Janssens
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