Art africain

La galerie Wittert expose une cinquantaine d’objets volés puis restitués à l’Université


Photos: Collections artistiques

Parmi les quelque 60 000 objets qui composent les collections de l’Université, certains sont d’une indéniable richesse. Rares ou anciens, de véritables trésors sont ainsi étudiés, protégés et mis en valeur par l’ULg. Hélas, les vols dans le monde de l’art sont légion et l’Université, qui suscite parfois les convoitises, n’est pas à l’abri. Elle l’a appris à ses dépends récemment à la suite d’un vol peu banal puisqu’il concernait une collection d’objets d’arts africains dont on avait un peu oublié l’existence et dont le vol, perpétré en 2001, n’a été remarqué, par hasard, que trois ans plus tard…

Un inventaire salutaire

«Vanessa Mastronardi, une étudiante, réalisait un inventaire des objets africains de nos collections dans le cadre de son mémoire. Au fil de ses recherches, en comparant les différentes listes existantes et les relevés qu’elle effectue, elle remarque que plus de 150 objets, masques, gravures, manquent à l’appel», raconte le Pr Jean-Patrick Duchesne, directeur de la galerie Wittert. Très vite, on identifie les objets volatilisés comme faisant partie d’une collection précoloniale, très précieuse en raison de son caractère rare et authentique. Ils avaient été légués à l’université de Liège en 1929 par Charles Firket, professeur de médecine tropicale.

Après une enquête interne, plainte est déposée auprès de la police fédérale (division “biens”) qui prend l’affaire au sérieux. Les pistes sont explorées une à une, sans succès, le vol ayant pu très bien avoir eu lieu il y a plusieurs années. Remontant une l’une d’entre elles le menant à Bruxelles, un inspecteur se rend, en septembre 2005, chez un antiquaire et lui soumet, sans trop y croire, les rares photos de la collection volée qu’il a en sa possession. Surprise ! Non seulement l’antiquaire reconnaît les objets dérobés, mais les a toujours en réserve. Il avait en effet acheté le stock complet à un vendeur mystérieux en 2001. Attendant que son fournisseur providentiel lui remette le carnet d’inventaire qui permettrait d’établir la valeur du lot, il n’avait rien mis en vente.

Devant le vol avéré, l’antiquaire restitue alors l’entièreté des objets en sa possession et ses indications permettront par la suite de mettre la main sur l’auteur du larcin. Un ancien technicien, extérieur à l’Université, avait profité de ses accès aux réserves pour lui dérober quelques trésors. Il crut faire fortune, mais sa méconnaissance de l’histoire de l’art a permis que son vol ne soit pas préjudiciable à l’ULg.

« De nombreuses institutions muséales cachent souvent au monde extérieur les vols qui sont perpétrés dans leurs murs par crainte du qu’en dira-t-on et d’autres voleurs. A l’Université, on a pris le parti inverse. Certes, on nous a volé des biens, mais nous les avons récupérés! Ce qui démontre qu’un vol n’est pas une fatalité et que les services de police sont efficaces. » Pour Jean-Patrick Duchesne, il est nécessaire de lever le coin du voile qui entoure les vols d’objets d’art, afin de décourager les cambrioleurs par la mise en évidence du renforcement des mesures de protection et du travail opiniâtre de la police spécialisée. En outre, favoriser les échanges d’informations avec le public, les amateurs d’art et les marchands limite le risque que ces passionnés deviennent receleurs malgré eux. Sur le lot ainsi restitué, une cinquantaine de pièces d’une grande rareté sont accessibles au public jusqu’au 28 avril.

 

François Colmant

Galerie Wittert, place du 20-Août 7, 4000 Liège. Exposition jusqu’au 28 avril.
Ouverture du lundi au vendredi, de 10 à 12h30 et de 14 à 17h, ou sur rendez-vous.

Contacts : tél. 04.366.56.07, courriel emicha@ulg.ac.be