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Photo: ULg-TILT Houet
Pr Jacques Destiné
La carrière du Pr Dekker s’inscrit remarquablement dans cette double appartenance, avec les nanosciences en dénominateur commun. De 1988 à 2001, il a signé nombre de contributions fondamentales portant sur les propriétés de transport électronique dans des nanostructures dont, entre autres, la réalisation du premier transistor à effet de champ basé sur un nanotube de carbone et fonctionnant à température ambiante,suivie de son exploitation dans des portes logiques élémentaires.
En 2001, il change radicalement de cap et se tourne vers la biophysique moléculaire pour exploiter les possibilités d’interfaçage entre nanostructures et constituants de cellules vivantes. A nouveau, Cees Dekker y signe une série de premières dans le domaine de “machines” nanoscopiques (mécanique de l’ADN et des biomolécules associées, nanomoteurs, traction sur l’ADN par “optical tweezers” à travers des nanopores, monitoring de la réparation de cassures de brins d’ADN par MRE11, etc.). Une visite sur le site web de son laboratoire illustre mieux que ces quelques mots toutes les contributions dont il est l’auteur et qui laissent le visiteur émerveillé.
Pourquoi l’AIM, vénérable association de diplômés, est-elle ainsi sortie de ses domaines traditionnels à l’occasion de la remise de son prix le plus important? Pour diverses raisons.
D’abord, la connotation “sciences de la vie” du prix 2005 fut décidée par son conseil d’administration afin d’accompagner la création d’une nouvelle filière dans les études d’ingénieur civil et de participer à la publicité de cet événement. L’Institut d’électricité, d’électronique et d’informatique Montefiore est un élément moteur de cette nouvelle spécialisation, et l’AIM tenait à contribuer à cet effort. La réforme de Bologne a permis en effet de créer la spécialisation d’“ingénieur en génie biomédical”dont la maîtrise démarrera, comme la plupart des maîtrises, en septembre 2007. Elle offrira des cours en imagerie médicale, bioinformatique, biomécanique, bioinstrumentation et modélisation en plus d’un noyau de cours empruntés aux autres orientations d’ingénieurs afin de conserver une solide formation technique.
Pour préparer à cette nouvelle maîtrise, une “mineure” en génie biomédical vient de débuter en deuxième année de bachelier ingénieur civil et permet (enfin) aux étudiants ingénieurs de trouver la biochimie, la physiologie, la génétique et la biologie moléculaire dans leur cursus.
A cette nouvelle offre s’ajoute une maîtrise en bioinformatique et modélisation, proposée conjointement par les facultés des Sciences et des Sciences appliquées à partir de septembre 2007.
Ces nouvelles filières axées sur les sciences du vivant présentent une multidisciplinarité qui transcende les frontières facultaires habituelles, à l’image des champs de recherche les plus prometteurs. Notons que c’est aussi une voie vers laquelle se tournent de grandes entreprises comme Philips qui entend s’investir dans ce créneau.
Le choix du Pr Cees Dekker se doublait ainsi d’un excellent exemple pour nos étudiants confrontés à des choix de carrière fondamentaux. Le jour de la remise du prix, le lauréat a fait un éblouissant exposé sur les nanotechnologies. Il a remporté un franc succès face à un public d’étudiants, et j’espère que des vocations vers le génie biomédical en résulteront.
Tout cela perpétue l’esprit de George Montefiore qui fit œuvre de pionnier en créant à Liège, en 1883, un des premiers instituts où l’on enseignait l’électricité dont on commençait à deviner les formidables potentialités. Le pari pour le génie biomédical est tout aussi sûr!
Pr Jacques Destiné
Département d’électricité, électronique et informatique
Président du jury du prix Montefiore 2005