Giga

Recherche et activation économique du pôle biomédical

Le Giga devient de plus en plus réalité. L’aménagement de la “Tour Giga” au CHU de Liège va bon train, les chercheurs s’y installeront progressivement d’ici à l’automne alors que quelques entreprises viennent déjà d’y prendre leurs nouveaux quartiers. Au volet immobilier succède aujourd’hui une attention particulière sur le volet économique du projet. Car, rappelons-le, le Giga est un projet unique en Belgique qui, dans le domaine biomédical, associe très étroitement chercheurs et entreprises. Pour accompagner cette nouvelle phase, le Giga vient de s’adjoindre les services d’un nouveau directeur général, Serge Pampfer.

Giga? Derrière cet acronyme symbole d’ambition se cache la “Grappe interdisciplinaire de génoprotéomique appliquée”. Porté depuis 2002 par les Prs Bernard Rentier et Joseph Martial ainsi que par André Renard, qui en a été le premier directeur, soutenu financièrement par la Région wallonne et l’Objectif 2 (le budget initial atteint 12 millions d’euros), le projet veut intégrer dans un même concept et physiquement dans un même bâtiment, un ensemble d’activités très complémentaires en génomique et en protéomique, deux domaines aujourd’hui à la pointe des sciences biomédicales. Sous la coupole Giga se retrouvent ainsi à la fois un centre de recherche interdisciplinaire de l’ULg, le CBIG (Centre of Biomedical Integrative Genoproteomics), des plates-formes technologiques partageant des équipements de pointe, un espace dédié à l’accueil d’entreprises de hautes technologies biomédicales (géré avec Meusinvest) et un centre du Forem consacré à la formation aux métiers techniques liés aux biotechnologies.


Photo: ULg-Globalview
La Tour Giga (à gauche, à l'avant-plan) accueillera bientôt les chercheurs

Le Giga est conçu de telle sorte que ces différentes activités interagissent en parfaite symbiose afin de créer un “biotope” favorable à l’émergence de nouvelles idées, au développement de nouveaux projets ou produits. « C’est incontestablement un projet très ambitieux et très important pour la région liégeoise, s’enthousiasme le recteur Bernard Rentier. Avec le CBIG, l’ULg regroupe plus de 270 chercheurs concernés par la biologie moléculaire au sens large, provenant de cinq Facultés différentes. C’est le plus grand centre, et de loin, de l’Université, mais également de Belgique, voire d’Europe en ce domaine. Les synergies seront fortes avec les entreprises. A ce titre, le Giga joue dans mon esprit le rôle d’un bio-interface.»

Science-éco

Les biotechnologies, voie de reconversion pour Liège ? La région possède des atouts indéniables: excellence de la recherche, entreprises spécialisées dont (déjà) quelques fleurons, un environnement eurégional très favorable, une culture entrepreneuriale bien implantée dans le secteur, etc. Sur ce terrain fertile, le Giga doit maintenant permettre l’éclosion de nouveaux fruits. «Ma mission principale est de mettre tout en œuvre pour assurer la réussite du volet économique, tout en continuant à aider le CBIG dans sa montée en puissance scientifique et technologique », explique Serge Pampfer, qui a pris la direction du Giga en janvier dernier avec trois mots en guise de leitmotiv: revenus, emplois et investissements.

La création de nouvelles structures est à l’ordre du jour pour fluidifier et maximaliser la séquence recherche-entreprise. Le Giga-Développement aura pour tâche de détecter les projets porteurs de nouvelles spin-offs à partir des découvertes des chercheurs. Une fois créées, ces jeunes pousses pourront être hébergées et accompagnées pendant quelques années au sein du Giga-Incubation, et commencer ainsi leur maturation vers la finalisation et la commercialisation de produits, de services, d’outils diagnostics, voire de moyens thérapeutiques. L’apport de capitaux privés et de subsides ainsi que l’accès à une solide expertise médicale et clinique, comme celle du CHU, constituent des éléments primordiaux à ce stade. « En quelques semaines, un début de pipeline d’une quinzaine d’idées de sociétés a déjà été assemblé et je mets en place une méthodologie de travail au sein de l’équipe de gestion que j’appelle le “commando Giga”. » Serge Pampfer vient de délivrer l’ordre de marche d’une giga-bataille...


La génoprotéomique

Le terme intègre deux concepts étroitement liés en biologie moléculaire, la génomique et la protéomique.

La génomique est l’analyse globale et systématique de l’organisation et de la dynamique d’un génome, c’est-à-dire de l’ensemble des gènes qui encodent l’information nécessaire au développement et au fonctionnement d’un organisme.

La protéomique, quant à elle, est l’étude globale et systématique de l’expression, de la régulation et des interactions de l’ensemble des protéines d’un organisme, d’un tissu, d’une cellule ou d’une organelle. En effet, si le génome contient l’information, les interactions avec le milieu extérieur et le travail nécessaire au fonctionnement biologique d’un organisme sont essentiellement assurés par les protéines.


Synergies

Le Giga se développe avec plusieurs partenaires, au premier rang desquels Meusinvest et le Forem Formation.

Avec Meusinvest, l’ULg a déjà une longue histoire en commun. La société de financement de spin-offs Spinventure, l’incubateur Wallonia Space Logistics (WSL) ou encore la dernière-née Cide (Innovation et développement d’entreprises) constituent autant d’outils mis en commun. La liste englobe aussi Science Park Services (SPS), filiale commune de Gesval et d’Invest Services, qui gère l’espace entreprises du Giga. Concrètement, SPS finance et aménage dans des délais courts des locaux de l’ULg (après octroi par celle-ci d’un bail emphytéotique) et les met à la disposition des utilisateurs industriels. L’espace entreprises du Giga représente actuellement une surface de 1850 m2 de laboratoires et bureaux sur un niveau, avec des possibilités d’extension. L’espace accueille déjà quatre entreprises: OncoMethylome Sciences, Probiox, ITS et BioXpr. L’objectif est de compter une quinzaine d’entreprises d’ici cinq à dix ans. Si tout se passe bien, il sera alors nécessaire d’envisager la construction d’un Giga II.

Avec le Forem, le Giga développe une offre de formation continuée ciblée en priorité sur les techniciens de laboratoires. Différents domaines sont couverts: protéomique, culture cellulaire, PCR, diagnostic moléculaire, management de la recherche, etc. A ce jour, 63 personnes ont été formées, représentant un volume de 8400 heures de formation. Avec l’installation du Giga-Formation, l’activité va monter en puissance.

Serge Pampfer, nouveau directeur général du Giga

Avant de quitter le monde universitaire en 2000, Serge Pampfer était maître de recherches au FNRS et dirigeait un laboratoire de recherche à la faculté de Médecine de l’UCL. Ses travaux portaient essentiellement sur l’apoptose, les cellules embryonnaires souches et les signaux de transduction avec une attention particulière pour TNF-a et NFkB. « La vie était belle, mais j’avais envie, et même besoin, d’autre chose, raconte-t-il. Le milieu de l’entreprise, de l’industrie et de la finance m’a toujours intéressé et la perspective de devoir apprendre à évoluer dans un système complètement différent de la “tour d’ivoire” académique était devenue irrésistible

Il ajoute aussi qu’il avait un vieux compte à régler... « Lorsque j’étais post-doctorant à New York, lors d’une soirée chez nous,  une invitée avait déclaré très platement que “la science ne sert à rien puisqu’elle ne rapporte pas d’argent.”  Je n’ai toujours pas avalé cette affirmation... 17 ans plus tard! » Serge Pampfer arrive donc au Giga armé d’une solide expérience dans le milieu de l’entreprise, d’abord comme directeur scientifique d’une start-up berlinoise spécialisée dans le développement de nouveaux moyens diagnostiques et thérapeutiques pour l’endométriose, puis comme directeur des opérations d’une spin-off bruxelloise centrée sur les stratégies de thérapie cellulaire pour le diabète.

Photo: ULg-TILT Houet

 

Didier Moreau