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La raison du plus faible
Un film de Lucas Belvaux, Belgique, 2006, 1h56.
Avec Eric Caravaca, Natacha Regnier, Lucas Belvaux, Patrick Descamps et Claude Semal.
Trois hommes décident d’organiser un hold-up pour acheter une mobylette à la femme de leur copain Patrick. La raison du plus faible parle du destin qui réunit quatre hommes, une femme et un enfant. Tous en manque d’argent, usés par le travail ou vidés de ne plus en avoir. Tous, avec comme seul et dernier espoir après leur défaite au Lotto d’organiser un hold-up pour aller chercher l’argent où il se trouve. Tous, se débattant dans un monde où il n’y a ni méchants ni gentils, mais où il y a des forts et des faibles et où chacun a ses raisons et doit choisir un camp. C’est un film noir et sombre que Lucas Belvaux a proposé à Cannes cette année. Un film dont le protagoniste n’est pas sans rapport avec celui de Cavale, un des trois volets de sa précédente trilogie. Un homme seul, armé et interprété dans les deux cas par Lucas Belvaux mais, cette fois, le personnage veut sortir de cette logique de violence et essayer de se réinsérer. Lucas Belvaux signe avec La raison du plus faible un film d’une grande justesse sociologique. Tourné à Liège – et spécifiquement près des tours de Droixhe qui offrent par ailleurs des vues cinégéniques –, le film se base en partie sur un fait divers où un bandit a redistribué son butin à la population du haut d’une des tours avant de se faire tuer par la police. Le réalisateur part d’un constat : celui d’une société qui demande à chacun de se débrouiller alors qu’elle ne lui en donne pas forcément les moyens. Lucas Belvaux met en scène des personnages qui ont vécu la lutte du langage politique et syndical, mais qui se disent aujourd’hui “à quoi bon ?”. La raison du plus faible, c’est oser se redresser, se mettre debout, exister et crier. La solution du hold-up est loin d’être la meilleure. Lucas Belvaux, par un plan magnifique, montre d’ailleurs que les armes, avec lesquelles les protagonistes s’amusent et fantasment, deviennent aussitôt des objets concrets destinés à tuer des gens. A partir de là, aucun happy end, aucune action héroïque ou rédemptrice n’est possible. Ne reste que le désespoir...
Christelle Brüll
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