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Contrairement à l’adage “muet comme une carpe” ou encore à ce que laisse sous-entendre Le monde du silence de Pierre-Yves Cousteau, on sait maintenant que les poissons sont capables de produire des sons, et ce de façon volontaire. C’est en tout cas ce que démontre, depuis trois ans, Eric Parmentier, assistant en morphologie fonctionnelle et évolutive, au département des sciences et gestion de l’environnement.
Le but de son étude est double : essayer de comprendre le message sonore – car oui, les poissons émettent des sons différents en relation avec leur comportement – et se rendre compte de l’importance de celui-ci dans les mécanismes évolutifs. « Les émissions sonores des poissons sont généralement complexes. Elles sont associées à la reproduction, à la défense du territoire ou aux compétitions intra ou interspécifiques. Mais elles ne sont pas mélodiques », note le chercheur. En effet, le son est composé d’une fréquence fondamentale ou d’une fréquence dominante, le plus souvent intense et parfois d’harmoniques. L’originalité du son des poissons se situe dans la rythmique, la percussion, et peut être assimilée au roucoulement d’un pigeon ou à la sirène d’un navire.
Les mécanismes anatomiques permettant aux poissons de produire les sons sont très diversifiés, mais presque tous associent la vessie natatoire comme caisse de résonance. Ainsi, la production de sons peut être le résultat de frictions de dents, d’épines, de nageoires ou liée à des systèmes musculaires particuliers, appelés muscles soniques. Il faut savoir que l’ouïe des poissons est excellente. Elle est le fait de deux systèmes sensoriels : l’oreille interne, localisée à l’arrière du crâne, et la ligne latérale qui court sur les flancs. La première capte les sons et les vibrations lointaines, la seconde localise les sources de vibrations très proches.
Eric Parmentier et son équipe sillonnent les quatre coins du globe pour capter ces émissions sonores particulières. « Nous avons étudié de nombreuses espèces depuis le début du projet, en 2002. Entre autres, l’anguille, les poissons demoiselles, les tilapias, l’aurin et le plus intéressant, le poisson clown, bien connu grâce au film “Le monde de Nemo”, explique le scientifique. C’est un poisson dont le mécanisme sonore est peu connu et chez lequel la diversité des messages est importante, ce qui en fait un objet d’étude captivant. » Habituellement, les poissons produisent des sons pour se regrouper en bancs, prévenir de la présence d’un prédateur, défendre un territoire, indiquer à la femelle leur qualité de géniteurs, ou enfin pour synchroniser l’émission de gamètes. Dans la défense du territoire ou de la ponte, mâles et femelles renforcent leur comportement agressif par des émissions sonores, souvent produites en rafales, à l’approche d’un congénère. « Nous enregistrons les sons à l’aide d’un microphone étanche appelé “hydrophone” captant les variations de la pression acoustique transmises par le milieu aquatique. » Outre une meilleure connaissance du milieu marin, l’étude devrait permettre aux pêcheurs de repérer plus facilement les bancs de poissons sur base de leur émission sonore spécifique.
Preuve du bien-fondé de cette recherche, la fondation Nicolas Hulot “Pour la Nature et l’Homme” vient de produire, en collaboration avec Eric Parmentier et Jean-Paul Lagardère (CNRS), un guide sonore reprenant les sons de différentes espèces. Une première en Europe pour une immersion loin de l’univers mélodieux des oiseaux, mais qui passionnera sans aucun doute tous les curieux de la faune aquatique.
Photos : E. Parmentier
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