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Cocorico. La très sérieuse fondation de Cooman, qui récompense les travaux sur le vieillissement, a décerné son prix à Yves Henrotin, docteur en kinésithérapie et directeur de l’unité de recherche sur l’os et le cartilage (Uroc) du CHU de Liège*. Une belle récompense pour ce scientifique à l’origine de découvertes majeures dans la compréhension de l’arthrose.
Affection silencieuse
« L’arthrose est une affection qui touche les articulations ; elle se manifeste par la détérioration du cartilage recouvrant l’extrémité des os. Cette maladie est liée au vieillissement bien sûr, mais aussi au surmenage des articulations, à l’excès pondéral ou à l’hérédité », précise Yves Henrotin, chargé de cours au département de médecine physique. La douleur en constitue le principal symptôme. Au début, elle n’apparaît que lorsque l’articulation est sollicitée mais dans les stades plus avancés, elle peut être ressentie au moindre mouvement, voire au repos, ce qui peut provoquer un handicap sévère et conduit à une perte progressive d’autonomie.
En Belgique, on estime qu’un million de personnes souffrent d’arthrose, surtout les seniors (70% des personnes âgées de plus de 65 ans en sont atteintes à des degrés divers). L’impact socio-économique de ce problème se chiffrerait, si l’on en croit une étude américaine de la fin des années 90, en milliards de dollars. « Le défi est majeur pour nos sociétés, estime Yves Henrotin, mais les laboratoires européens spécialisés dans ce domaine de recherche sont très peu nombreux. Heureusement – si l’on peut dire –, le vieillissement de la population inquiète l’Union européenne, laquelle souhaite évaluer les conséquences de l’allongement de notre espérance de vie et, parallèlement, les firmes pharmaceutiques commencent elles aussi à s’intéresser sérieusement à l’arthrose. »
Peut-on la guérir ? « Pour l’instant, nous pouvons seulement soulager les malades grâce à l’action conjuguée de médicaments (paracétamol et anti-inflammatoires) et de la kinésithérapie : l’application de froid sur les articulations douloureuses, l’étirement des muscles trop courts ou encore le renforcement des muscles trop faibles permettent de réduire la douleur et le handicap », affirme Yves Henrotin.
L’efficacité des traitements est cependant tributaire d’un diagnostic précoce du mal. A l’heure actuelle, seules les techniques modernes d’imagerie médicale permettent de visualiser les lésions du cartilage au début du processus, mais elles restent très coûteuses et dès lors peu accessibles.
« L’alternative se situe du côté des marqueurs biologiques, c’est-à-dire des molécules qui indiquent de façon indubitable la présence de la maladie », poursuit le chercheur. Récemment, Yves Henrotin et le Dr Michèle Deberg ont développé des dosages qui permettent de mesurer les molécules libérées quand le cartilage se dégrade. Ces molécules, les peptides, mesurent à la fois l’oxydation (c’est-à-dire le vieillissement) et la dégradation du collagène contenu dans le cartilage. Cette découverte et la mise au point d’une nouvelle technologie ont fait l’objet de plusieurs brevets déposés par l’ULg dont les droits d’exploitation viennent d’être cédés à Zentech, une firme liégeoise qui les commercialise.
Aux racines du mal
Les chercheurs voudraient pousser leur avantage plus avant encore. Les Drs Marianne Mathy-Hartert et Christelle Sanchez ont constaté que, lorsque le cartilage se détériore, les cellules de l’os fonctionnent de façon anormale : elles envoient des médiateurs vers le cartilage qui réagit en favorisant la formation de vaisseaux sanguins dont il n’a que faire. Pis, l’oxygène ainsi acheminé provoque l’apparition de radicaux libres qui dégradent les cellules... « Il faut donc freiner, voire arrêter l’envoi de messages erronés par les cellules de l’os afin de contrecarrer l’évolution néfaste de la maladie », conclut Yves Henrotin. Un peu comme les oncologues tentent de bloquer l’angiogenèse qui nourrit la tumeur.
Patricia Janssens
Le 3e symposium international de la Belgian Back Society se tiendra à l’ULg, le 16 décembre prochain, sur le thème New trends in cervicalgia management (mise au point sur la cervicalgie commune). Aux amphithéâtres de l’Europe au Sart-Tilman, 4000 Liège. Contacts : tél. 010.45.47.77, courriel ly@LDorganisation.com, site www.belgianbacksociety.be |
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