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Rencontre avec José Brouwers, fondateur et directeur du Théâtre Arlequin, un grand homme du théâtre liégeois.
Le 15e jour du mois : Comment vous est venue l’idée de monter “Le Bourgeois gentilhomme”?
José Brouwers : J’avais envie d’offrir à nos spectateurs une grande soirée pour fêter notre anniversaire. Mais il me fallait une grande salle. Jean-Louis Grinda, directeur de l’Opéra royal de Wallonie, accepta de me prêter sa salle et m’interpella : que voulais-je monter ? J’ai répondu, pris de court, « un grand Molière ! ». C’est ainsi qu’est née l’idée de présenter Le Bourgeois dans sa version longue, c’est-à-dire avec orchestre, un vieux rêve de Grinda à qui l’anniversaire du Théâtre Arlequin donnait l’occasion de travailler avec des comédiens. Il a engagé les Agremens, orchestre baroque avec des instruments d’époque, des choristes, des chanteurs, des danseurs. Je n’ai pas une troupe énorme. On a donc fait une coproduction avec les théâtres du Luxembourg. J’avais besoin notamment de Marc Olinger, directeur du théâtre des Capucins, pour jouer Monsieur Jourdain.
Le 15e jour : Le monter dans sa version longue n’est pas courant ?
J.B. : C’est une grosse production. C’est une comédie-ballet. Généralement, on la joue en comédie et on écarte tout ce que Lully a fait avec Molière. Mais ici, on va la monter vraiment comme Molière l’a imaginée pour Louis XIV. C’est une commande du Roi Soleil qui voulait se venger d’une ambassade turque qui l’avait pris de très haut. A l’époque, il y avait non seulement le texte mais aussi la danse, la musique, le chant. C’est un spectacle total. Et c’est la première comédie musicale avant que Lully n’aille plus loin en créant l’opéra français.
Le 15e jour : Quel est votre rôle ?
J.B. : J’ai fait la dramaturgie. J’essaye d’aller le plus loin possible dans le texte pour aider les comédiens à trouver leur personnage. Et je joue le maître de philosophie, ce qui ne va pas vous étonner.
Le 15e jour : Qu’en est-il de la mise en scène ?
J.B. : La mise en scène est signée Claire Servais, anciennement au Théâtre Arlequin et aujourd’hui metteur en scène à l’opéra de Liège. Nous avons la chance d’être dans un très beau cadre inauguré au début du XIXe siècle qui rappelle Versailles : un cadre idéal pour Le Bourgeois. Nous avons essayé de retrouver l’esprit de l’époque, avec l’aide d’un styliste spécialisé dans les costumes d’époque. C’est une Liégeoise – Valérie Urbain – qui a fait les décors et elle a privilégié une chose très en vogue au XVIIe : les machines avec envols, lesquelles ont été abandonnées lorsque le cinéma a fait beaucoup mieux.
Le 15e jour : Si l’esthétique et la mise en scène sont fidèles à l’époque, en quoi monter le Bourgeois a-t-il un intérêt contemporain ?
J.B. : Nous avons une vision un peu particulière du bourgeois : c’est le personnage à qui on peut donner des coups de pied dans le derrière. C’est le comique. Un personnage ridicule parce qu’ambitieux. Mais si on étudie les choses d’un peu plus près, cette ambition n’est quand même pas à négliger. Nous avons tous l’ambition d’aller plus loin. Lui, il se rend compte à un moment donné dans sa maturité qu’il n’a pas de connaissances, sur le plan de l’art, de la langue, de la culture, et il s’entoure – parce qu’il a les moyens bien entendu – de maîtres qui vont essayer de lui inculquer les rudiments culturels. Il a l’ambition de s’élever socialement. Qui ne l’a pas ? Peu de gens prennent conscience qu’ils peuvent s’élever en se cultivant, en essayant de travailler pour aller plus loin. Certes, il fera rire, mais on n’en fait pas un personnage ridicule.
Le 15e jour : Un souhait pour l’avenir ?
J.B. : On n’arrête pas le théâtre comme on arrête une carrière de fonctionnaire. On a toujours des choses à dire, des messages à faire passer. Cela permet aussi de projeter des jeunes vers l’avenir. Tant que je pourrai le faire, je le ferai.
Propos recueillis par Christelle Brüll
Le Bourgeois gentihomme, au Théâtre royal de Liège, du 11 au 14 octobre à 20h et le 15 à 15h. Contacts : informations et réservations www.theatrearlequin.be |
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