L’encyclopédisme au XVIIIe siècle

La Cité ardente, plaque tournante des idées nouvelles

Le 15e jour du mois : Consacrer un colloque à l’encyclopédisme au XVIIIe siècle est-il bien utile ? Ce sujet, tellement connu, a-t-il encore besoin d’être exploré ?

Françoise Tilkin : Certainement, car le rôle qu’a joué le pays de Liège dans la diffusion des Lumières reste encore trop souvent méconnu. En janvier 1756 sortait de presse le premier numéro du Journal encyclopédique, imprimé à Liège puis à Bouillon, sous la direction de Pierre Rousseau. Ce périodique – salué en son temps par Voltaire en personne – entendait fournir une information actualisée dans tous les domaines du savoir, non seulement par des emprunts réguliers à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert mais aussi par des comptes rendus fournis d’ouvrages paraissant à l’époque. Il connut immédiatement une adaptation italienne sous le titre de Giornale enciclopedico di Liegi. Notre Cité ardente était donc en phase avec le grand mouvement d’émancipation du XVIIIe siècle ; elle a même constitué une plaque tournante des idées nouvelles d’alors.

Daniel Droixhe : La principauté participa également à d’autres entreprises éditoriales de type encyclopédique. Ce fut le cas notamment de l’Encyclopédie méthodique, refonte de la première Encyclopédie, que l’on doit à l’association de Panckoucke et Plomteux et dont l’intention vulgarisatrice a marqué nos régions. On a assisté là à un entrecroisement de questions où, comme l’a signalé le Pr Pierre-Pol Gossiaux, “s’exprime avec une acuité croissante le rêve d’un grand réarrangement du monde et de sa logique.”

Le 15e jour : Mais la ville de Liège est restée connue aussi comme un centre actif de la contrefaçon…

D.D. : Tous les grands écrivains de l’époque, en réalité, ont été contrefaits. Et cette pratique ne leur déplaisait pas nécessairement. A un moment où n’existaient pas de droits d’auteur, faire l’objet d’une publicité et d’une ample diffusion présentait des avantages certains. On peut rappeler à ce propos que c’est à Liège que seront éditées les œuvres complètes de Helvétius, de Beaumarchais et de Voltaire (en 32 volumes…), mais toujours sous forme de contrefaçons. Avec le régime français, le grand centre d’édition de la cité mosane se déplace vers Bruxelles.

Le 15e jour : Qui a pris l’initiative de ce colloque ?

Fr.T. : Elle émane du Groupe d’étude du XVIIIe siècle, lequel s’est créé en 2004 au sein de notre Université. Le but était de fédérer les activités de chercheurs issus de différentes disciplines au sein de la communauté scientifique et soucieux d’assurer le rayonnement de la recherche sur un siècle ayant mis la raison au premier plan. Ceux qui y collaborent – universitaires ou non – entendent étudier des œuvres où demeurent toujours étroits les rapports entre littérature, philosophie, sciences et arts. La diversité de formation de ses membres ne peut que favoriser l’interdisciplinarité de recherches dont l’inscription régionale, par ailleurs, est manifeste. Organisé à l’occasion du 250e anniversaire de la création à Liège du Journal encyclopédique, ce colloque international réunira plusieurs dix-huitièmistes de renom, dont Robert Darnton, Michel Delon et Roland Mostier.

 

Propos recueillis par Henri Deleersnijder

Le colloque se tiendra les lundi 30 et mardi 31 octobre prochains, le premier jour au Théâtre universitaire (ULg, bât. 4, quai Roosevelt 1b, 4000 Liège) et le second au Vertbois (Conseil économique et social de la Région wallonne, rue du Vertbois 13c, 4000 Liège).

Contacts : courriel daniel.droixhe@ulg.ac.be ou F.Tilkin@ulg.ac.be
site www.atlf17-8.ulg.ac.be/