Femmes, femmes, femmes...

Ingénieur au féminin

Alors que les jeunes femmes constituent la moitié, voire la majorité de la population universitaire et tandis que les études d’ingénieur sont souvent considérées comme très porteuses en termes d’emploi et de possibilités de carrière, cette filière reste dans une très large mesure fréquentée par des hommes.

Être une femme constitue-t-il un obstacle dans la carrière d’ingénieur ? A partir d’un échantillon de 71 diplômées de l’ULg, nous avons, dans notre mémoire, cherché à dresser un état des lieux de la trajectoire des femmes ayant choisi une voie “masculine”. L’analyse montre clairement que, comme dans les autres métiers, l’identité féminine et ses corollaires (maternité, préjugés...) semblent exercer une influence sur leurs trajectoires professionnelles, la présence des enfants pouvant constituer un frein dans leur possibilité d’avancement de carrière.

Cependant, les carrières des ingénieurs paraissent moins concernées par l’inégalité que celles des autres travailleuses. Les différents témoignages recueillis pourraient même nous amener à penser que le principal obstacle des femmes ingénieurs est justement de parvenir à se faire accepter comme telles dans le regard des autres (collègues, clients...) ; mais une fois la crédibilité acquise, leur situation semble s’assimiler plus ou moins à celle des hommes.

Une attention particulière avait également été portée à la position des femmes face à la création d’entreprises, car on peut penser que les secteurs issus de l’ingénierie pourraient être très porteurs en termes de créations d’emplois, notamment par rapport aux quatre pôles de compétitivités établis par le plan Marshall (pôles de l’aéronautique et spatial, l’agro-industrie, les sciences du vivant, et le transport-logistique). Pourtant, très peu de femmes semblent tentées d’exploiter leur potentiel à cette fin. Notons néanmoins que, même si nos résultats relèvent à peine 10 % d’ingénieurs féminins indépendants, 20% des femmes salariées déclaraient tout de même souhaiter devenir indépendantes et/ou administratrices de société.

Manifestement, le manque d’informations semble freiner la concrétisation de leur souhait. Manque d’informations sur tout ce qui est relatif au processus de création (accès au financement, législation belge en la matière...) et le manque de formation en gestion de l’entreprise.

Sur ce dernier point, ce mémoire aura par ailleurs permis d’identifier les besoins des femmes dans le cadre d’un projet de formation en ligne et d’accompagnement à la création d’entreprises mené par HEC-Ecole de gestion de l’ULg, et intitulé “Elfe”. Ce programme d’accompagnement propose ainsi toute une série de cours sur la fiscalité, les plans d’affaires, les aspects juridiques, le marketing, etc., mais aussi des ateliers permettant la mise en pratique et la confrontation d’expériences avec d’autres participantes et des conseillers en création d’entreprises.

Barbara Samartzis
licenciée en sociologie

 

Les femmes en politique

Si la lutte pour une meilleure prise en compte des femmes en politique ne date pas d’hier, ce n’est que depuis le début des années 90 que l’on peut voir un pourcentage significatif de femmes parlementaires. Les élections fédérales du 18 mai 2003 ont la particularité d’avoir été les premières à appliquer les lois de quotas associées à la parité. Ces lois, combinées à d’autres modifications électorales récentes, ont permis d’atteindre un nouveau cap dans la représentation politique des femmes avec pour la première fois 30% d’élues.

L’optimisme concernant ces résultats peut être de mise, mais il reste des limites à notre système. Les mesures adoptées par le gouvernement contribuent à accroître la présence des femmes, mais cet objectif peut difficilement se passer de la volonté réelle des partis. En effet, s’il y a maintenant obligation de présenter des listes paritaires, l’alternance sur l’ensemble de celles-ci n’est pas imposée en dehors des deux premières places. En conséquence, les partis gardent une très grande marge de manœuvre concernant le placement des candidates. Par ailleurs, notons que les quotas ne concernent que les mandats “externes” : les femmes sont très peu représentées dans les staffs des partis...

Certes, il y a une plus forte proportion de femmes candidates et de femmes élues qu’il y a dix ans, mais des études démontrent que les femmes présentes sur les listes sont bien plus diplômées et ont moins d’enfants que la moyenne nationale, et le constat en 2003 n’est pas différent. La situation peut être tout autre pour les communales, les listes étant tellement longues que les partis sont obligés d’aller chercher des candidates en dehors de leur vivier politique.

Le scrutin de 2003 n’a pas apporté une diversité sociologique, il a cependant permis, grâce à l’augmentation du nombre d’élues, d’élargir le jugement que l’on peut avoir sur une même problématique puisqu’il semble acquis qu’il existe une approche différente entre les femmes et les hommes sur les questions politiques.

Au sujet de changements plus profonds du système politique, le nombre seul de femmes en politique, si important soit-il, ne suffira pas pour obtenir des modifications majeures, la loyauté partisane prenant le pas sur la solidarité féminine. Il semble que trois éléments doivent être réunis pour qu’un changement structurel important puisse se réaliser : une représentation suffisante de femmes, du temps pour intégrer la part de féminité au système et, surtout, une volonté politique qui pousse au changement.

2003 n’aura donc pas été l’année charnière que l’on aurait pu espérer, mais elle balise tout de même encore un peu plus les étapes menant à des changements de plus grande envergure. Dans cette optique, les prochaines élections méritent toute notre attention. L’obligation d’alternance aux deux premières places devrait nettement améliorer la position des femmes dans les exécutifs communaux et constituer une base qui fait pour le moment défaut. Pour toutes ces raisons, les élections communales du 8 octobre 2006 pourraient bien marquer le tournant dans la lutte pour une représentation plus équilibrée des femmes et des hommes dans notre pays.

 

Michaël Perazzolo
licencié en sciences politiques