De Sine en Seine

Léopold Sédar Senghor à l’honneur à l’ULg

Le 9 octobre 1906 naissait, dans une petite ville côtière du Sénégal du nom de Joal, d’un père catholique de l’ethnie sérère et d’une mère musulmane d’origine peule, un petit garçon promis à une singulière destinée. Premier agrégé de grammaire d’Afrique et premier Africain à siéger à l’Académie française, il remplira son existence comme peu de ses contemporains réussiront à le faire, tout en conférant au monde de ses origines une dignité que la colonisation européenne avait foulée aux pieds ou, dans le meilleur des cas, ignorée. Professeur d’ethno-linguistique à l’Ecole nationale de la France d’Outre-Mer, puis président de son pays depuis son accession à l’indépendance en 1960 jusqu’en 1980, Léopold Sédar Senghor fut en outre un des pères fondateurs de la Francophonie. Et aussi, bien sûr, un poète.

C’est de cette personnalité hors du commun que traitera le colloque du lundi 30 octobre prochain, une des manifestations de l’“Année Senghor” en Communauté française Wallonie-Bruxelles. « Durant cette rencontre, des spécialistes africains, français, et belges feront la lumière sur des aspects jusqu’ici encore peu commentés de son œuvre-action. Passant de “Sine en Seine”, autrement dit du fleuve au bord duquel il est né à celui de la capitale française où il a fait ses études supérieures, il a su relever le déni de reconnaissance qui pesait sur lui et sur l’ensemble de l’univers noir en assumant haut le verbe et en l’alliant à une praxis », observe Danièle Latin, coordinatrice de cette journée scientifique internationale et maître de conférences au département de langues et littératures romanes.

On sait en effet qu’il est, en compagnie d’Aimé Césaire et Léon-Gondran Damas, à la base du mouvement de la négritude. Dans sa mémorable préface – intitulée Orphée noir – à l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, Jean-Paul Sartre a saisi toute l’importance révolutionnaire de ce recueil constitué par Senghor. Chez cet être de culture, “maître de langue” entre tous, fervent partisan du métissage et du dialogue des civilisations, se conciliaient une francité qui faisait partie de lui-même et une africanité qui refusait de se laisser assimiler. En cela, il était et reste porteur d’un humanisme débouchant sur des valeurs universelles.

« Mais au-delà du désir de rendre hommage à la trajectoire exceptionnelle de Senghor, l’objectif des participants sera moins de traiter de théorie que de fournir l’occasion d’une libre analyse critique de la haute légitimité symbolique de son œuvre poétique, poursuit Danièle Latin. Quel impact significatif a-t-elle exercé sur la littérature et la langue françaises ? Et quid de son influence sur la structure du champ littéraire et linguistique ? On le voit, l’approche sera sociologique, celle-là même que les concepts introduits par Pierre Bourdieu ont contribué à dynamiser. » Nourrie par une série de communications, la journée d’études s’achèvera sur un débat général de mise en “perspective et prospective” ouvert à tous. Gageons que l’auteur du Chant d’Ombre (1945), d’Hosties noires (1948) et d’Ethiopiques (1956) – un des écrivains les plus titrés du panthéon des lettres du XXe siècle – et de plusieurs essais littéraires et politiques sera mieux connu au terme de ces échanges. Habitée par les saveurs et les rythmes de la terre sénégalaise, sa poésie au lyrisme d’une rare pureté le mérite amplement.

 

Henri Deleersnijder

Lundi 30 octobre, salle Lumière. La journée d’études “L.S. Senghor en perspective dans le champ littéraire et linguistique”, est organisée par le département de langues et littératures romanes de l’ULg, en collaboration avec le département Francophonie du Commissariat général aux relations internationales de la Communauté française Wallonie-Bruxelles (CGRI), et avec le soutien du Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) et de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF).

Contacts :
tél. 04.366.56.50, courriel dalatin@refer.sn