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Photo Jean-Louis Wertz
Le 15e jour du mois : C’est la rentrée. Pour le Centre de didactique supérieure (CDS) aussi ?
Bernadette Mérenne : C’est en fait sa deuxième rentrée déjà ! Le CDS est né, je le rappelle, au sein de l’Institut de formation et de recherche en enseignement supérieur (Ifres) de l’université de Liège, à l’automne 2005. Mais il fut porté sur les fonts baptismaux par notre Académie Wallonie-Europe selon la volonté exprimée par le décret “Bologne”. C’est d’ailleurs le Pr Jean-Louis Closset des Facultés universitaires des sciences agronomiques de Gembloux (Fusagx) qui assure, actuellement, la présidence du comité d’accompagnement. Je bénéficie moi-même d’une charge à mi-temps pour le CDS et Laurent Leduc y est assistant à temps plein. Notre mission ? Conseiller, encadrer et former les enseignants en charge des étudiants de première génération. Ce qui s’inscrit tout à fait dans les souhaits de la ministre Marie-Dominique Simonet, laquelle plaide pour une meilleure transition entre le secondaire et le supérieur. A l’ULg, nous avons 24 “assistants pédagogiques”, professeurs du secondaire qui accompagnent les étudiants au cours de leur première année et, en plus, nous organisons des formations pédagogiques pour les enseignants de première année. L’idée est en effet de fournir à l’ensemble de ces encadrants des outils pédagogiques de pointe, tout en valorisant leur savoir-faire et leurs initiatives. Dans un premier temps, il nous a semblé pertinent de mener une grande enquête auprès de ces 185 personnes afin de répertorier leurs difficultés et leurs attentes. C’est ainsi que nous avons rencontré les membres des jurys de 1re année de l’ULg et de la Fusagx (125 personnes exactement), sur base volontaire bien entendu.
Le 15e jour : Quelles sont les difficultés majeures relevées ?
B.M. : Les enseignants se plaignent fréquemment du décalage entre les exigences du milieu universitaire et la représentation que les étudiants en ont. Le fossé se creuse, semble-t-il, et les professeurs constatent dès lors un découragement assez rapide de leur public et une démotivation qui s’installe bien avant les examens. Par ailleurs, et c’est peut-être plus étonnant, l’ensemble des encadrants – toutes Facultés confondues – s’inquiètent de la médiocre culture générale des nouveaux inscrits, en histoire notamment. Tous regrettent également l’absence de prérequis disciplinaires, et une méconnaissance majeure du français. Les professeurs pointent aussi du doigt le manque d’autonomie des nouveaux venus, leur manque d’esprit d’initiative et... de travail. De nombreuses voix stigmatisent encore une certaine passivité des étudiants, lesquels manifesteraient plutôt un comportement de spectateurs-clients plutôt que d’acteurs de leur formation. Ils relèvent ainsi que les occasions offertes (répétitions, tutorat, exercices en ligne, etc..) trouvent peu d’écho en première année... sauf chez les très bons éléments ! Enfin, les encadrants soulignent aussi le très grand stress des étudiants lors des examens. Cette liste ressemble un peu à une litanie... Mais il ne faut pas croire qu’elle constitue un alibi pour les enseignants, lesquels se remettent en cause bien souvent et prennent des initiatives personnelles pour résoudre tel ou tel problème. Néanmoins, ils sont demandeurs d’une aide ponctuelle et efficace.
Le 15e jour : Quelles sont les propositions du CDS ?
B.M. : Le CDS est au service des enseignants et plus largement de tous les encadrants. C’est donc très logiquement que nous sommes partis de l’enquête pour établir notre programme de modules. D’emblée, nous avons mis en place celui de “ maîtrise du français”, mais d’autres thèmes ont été retenus (“simulation des examens”, “prérequis”, “e-learning”, etc.). Chacun des thèmes choisis donne lieu à une séance présentielle mensuelle de sensibilisation à la problématique, constituée de témoignages, d’une intervention d’un expert en la matière et d’un débat. Car – les enseignants l’ignorent – il existe une recherche en pédagogie. Pas besoin d’inventer l’eau chaude à toute heure ! De nombreux travaux ont été menés par des pédagogues et didacticiens qui, en publiant les méthodes et résultats, mettent leur savoir à disposition de tous. Dans un double souci de gain de temps et d’efficacité, nous invitons donc à chaque rencontre un expert pour évoquer certains points de la recherche, en liaison avec les témoignages recueillis. C’est ainsi que Jean-Marc Defays (Institut supérieur des langues vivantes) est intervenu dans le module “français” tandis que le Pr Dieudonné Leclercq (faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation) s’est impliqué dans la séance consacrée à la “motivation des étudiants”. Les participants – une trentaine en général – avaient aussi tout le loisir d’échanger leurs impressions et expériences.
Mais ceci ne constitue qu’une première étape. Notre ambition est de poursuivre la formation plus avant et de mettre des “séminaires de suivi” en ligne, lesquels pourraient déboucher sur un “certificat CDS”, petit plus sur le curriculum vitae. Par définition, ce suivi en ligne s’inscrit dans le prolongement d’une séance thématique et dans un processus de remédiation adaptée à une difficulté personnellement identifiée. Ces activités sont organisées sous forme de séminaires à la fois virtuels et présentiels, mini-parcours de formation qui aboutissent à la conception d’une activité, d’un outil pédagogique ou d’un autre dispositif d’apprentissage. Elles offrent à chacun l’assurance que le temps investi l’est pour une réalisation concrète à l’intérieur de son cours. Intervenant cette fois en qualité de tuteurs, consultants ou personnes ressources, les experts garantissent la présence d’une autorité en la matière et valident ainsi préalablement chacun des dispositifs de suivi. Via le forum, le chat ou même de courtes séances de travail, le CDS souhaite par ailleurs favoriser au maximum les échanges entre enseignants. Le portail e-Agora, versant enseignant du “Campus virtuel” de l’ULg développé et géré par le Laboratoire de soutien à l’enseignement télématique (Labset), constitue le lieu privilégié des échanges à distance entre participants et tuteurs dans le cadre des activités de suivi en ligne du CDS.
Quelques professeurs ont décroché leur certificat en 2006, mais nous espérons attirer plus de monde dès demain, notamment le personnel scientifique qui assure bien souvent une partie importante de l’encadrement en première année.
Propos recueillis par Patricia Janssens
site www.cds.auwe.be
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