Doublé gagnant

La valeur n’attend pas le nombre des années

L’un est étudiant en dernière année de droit, l’autre chargé de cours et vice-doyen de la faculté de Sciences. Fort différents a priori, ils ont néanmoins une singulière particularité : tous deux viennent d’être élus bourgmestres dans leurs communes respectives aux élections d’octobre dernier. Ne provenant pas du sérail politique habituel – ils ont l’un et l’autre créé leur propre parti –, ils se sont engagés au sein de leur ville, mus par la volonté de faire bouger les choses. Tout simplement.

A 26 ans, alors jeune chercheur en chimie, Rudi Cloots décide de créer un nouveau parti, Defis. « J’ai préféré partir avec une structure neuve car je n’approuvais pas du tout la gestion de la commune, explique Rudi Cloots. Les organismes associatifs étaient totalement négligés et la politique de terrain inexistante. » Dès ses premières élections, il est élu au conseil communal non sans faire perdre la majorité absolue au parti dominant de l’époque. « En rentrant dans le conseil, j’ai pu apprécier la manière de fonctionner de la machine politique et prendre la mesure des lacunes dont la majorité d’alors souffrait. » Après une progression significative de son parti aux élections communales de 2000, c’est finalement le 8 octobre dernier que Rudi Cloots, avec 676 voix de préférence est devenu bourgmestre d’Hélécine, petite bourgade de 3000 habitants. Bien qu’ardue, la tâche qui l’attend ne l’impressionne pas : « Je ne débarque pas en politique, prévient le vice-doyen. Je connais les problèmes de ma commune et je sais que nous avons les moyens de les résoudre. La petite difficulté sera peut-être de jongler avec mes deux emplois du temps, car je ne compte pas mettre ma carrière scientifique entre parenthèses. Mais je suis confiant. »

Plus jeune élu

Si l’engagement de ce scientifique remonte à 12 ans, il est naturellement plus récent pour celui qui, le 4 décembre prochain, deviendra le plus jeune bourgmestre de Belgique. A 22 ans. Thierry Wimmer, qui termine ses études de droit, s’est lancé dans la politique à l’été 2005 en créant son propre parti, en opposition aux partis traditionnels locaux. La situation un brin chaotique du conseil communal de Plombières pèse alors lourdement sur la commune. Un immobilisme qu’il ne pouvait supporter davantage. « Les querelles internes et arrangements divers du conseil empêchaient toute prise de décision concrète. Un flottement permanent qui n’apportait aucune solution concrète pour les habitants. »

Très vite, de nombreuses personnes, d’âges et d’horizons différents, rejoignent le projet du jeune étudiant. Projet qui prendra tellement d’ampleur qu’il deviendra, le 8 octobre et en un an, le premier parti de la commune. Evénement imprévu pour les partis en place et surprise de taille lorsque, le dimanche soir, les résultats donnent Thierry Wimmer vainqueur des élections et donc futur bourgmestre : « On s’attendait à entrer au conseil. On espérait quatre sièges mais de là à devenir le premier parti avec le poste de bourgmestre... » Un chamboulement important que l’étudiant aborde cependant avec confiance et sérénité : « Espérant bien faire partie du conseil, j’avais déjà organisé mon horaire en prenant un maximum de cours au premier semestre et me ménageant ainsi pas mal de temps libre à partir de janvier. » Un “temps libre” bientôt comblé, tant les projets en chantier sont nombreux.

Enfin, en dépit de leur nouveauté, les responsabilités ne montent pas à la tête de nos deux néo-bourgmestres. Pas question pour eux de se lancer dans une carrière politique à un échelon provincial ou régional. « Je n’ai d’autre ambition que d’être proche de ma commune et à son écoute. Alors, à moins qu’on me propose un poste de ministre, je ne bougerai pas », conclut en boutade Rudi Cloots.

 

François Colmant