Littérature Caraïbes

L’écrivain Caryl Phillips au cœur d’un colloque

La première pièce de Caryl Phillips, Strange Fruit, fut publiée il y a tout juste 25 ans. Pour célébrer cet événement, Bénédicte Ledent et Daria Tunca, respectivement chargée de cours et assistante au département de langues et littératures germaniques, et toutes deux membres du Centre d’enseignement et de recherche en études post-coloniales, organisent au début décembre un colloque qui sera consacré à cet écrivain d’origine caribéenne. La littérature post-coloniale de langue anglaise, dont fait partie la littérature des Caraïbes, est encore méconnue aujourd’hui du grand public. Il faut néanmoins rappeler qu’elle a produit deux des dix derniers prix Nobel de littérature – en 2001
V.-S. Naipaul (Trinité-et-Tobago) et en 2003 J.-M. Coetzee (Afrique du Sud). La littérature des Caraïbes englobe à l’origine les écrits produits dans ces sociétés fondées sur la plantation. Elle est aujourd’hui principalement issue de la diaspora et bon nombre de ses auteurs sont des descendants d’immigrés : parmi eux, Caryl Phillips est l’un des plus en vue de sa génération.
De nombreux spécialistes internationaux interviendront lors de ce colloque. Parmi eux, deux chercheurs liégeois : Lucie Gillet et Imen Najar.

Identité atlantique

Caryl Phillips est né sur l’île de St. Kitts, à l’est des Caraïbes, en 1958. Dès sa naissance, ses parents émigrent en Angleterre, à Leeds où il grandira. Après une licence en littérature anglaise à l’université d’Oxford, il écrit son premier roman, The Final Passage (1985), qui reçut le prix Malcolm X. Caryl Phillips est par ailleurs un globe-trotter : il a enseigné dans des universités d’Europe, d’Afrique, d’Asie et aux Caraïbes. Actuellement, il est en poste à Yale. Ses origines, le pays de son enfance et la contrée où il réside lui ont permis de se forger une identité qui tourne autour de l’Atlantique. Pour rendre compte de cette forme moderne de cosmopolitisme, il parle d’“identité inclusive” où les différentes identités s’additionnent sans que l’une l’emporte sur les autres et les exclue.

Par les thématiques qu’il aborde, Caryl Phillips est un auteur engagé. Prolifique, il est actif dans plusieurs genres d’écriture : romans mais aussi essais (A New World Order), pièces de théâtre, scénarios de films (The Mystic Masseur) et anthologies. Il écrit également pour le prestigieux journal anglais The Guardian. Bénédicte Ledent, chercheuse en littératures post-coloniales de langue anglaise et spécialiste de l’œuvre de Caryl Phillips, qualifie son style littéraire d’élégant, d’accessible et de clair. C’est dans ce style épuré qu’il aborde les souffrances et les questionnements identitaires du migrant. Ses ouvrages, qui présentent une structure fragmentée, nous font voyager dans le temps et l’espace afin de faire sortir de l’ombre certains événements historiques. Il fait ainsi coexister des hommes et des événements qui n’ont pas toujours été liés dans le temps et l’espace. « Cette structure fragmentée, précise Bénédicte Ledent, est le reflet de son identité plurielle. L’auteur joue sur l’émotion pour nous sensibiliser au fait que, si on sait d’où on vient, on comprend mieux qui on est et où on va. »

Un écrivain polyvalent

Le colloque s’axe sur quelques thèmes majeurs : la notion de race, l’histoire et la mémoire, la diaspora et la question de l’identité. A travers la littérature, c’est donc la culture et quelques-unes des grandes questions de ce début de siècle qui seront au cœur de cette rencontre. Car l’art et la vie, contrairement à ce que l’on voudrait parfois nous faire croire, ne s’ignorent jamais.

 

Julie Duro et Jean-Christophe Debouchez

 

Colloque “Caryl Phillips 25 ans d’écriture”, les 1er et 2 décembre.
Théâtre universitaire, quai Roosevelt 1b,
4000 Liège, et salle académique,
place du 20-Août 7, 4000 Liège.

Contacts : courriel : B.Ledent@ulg.ac.be et dtunca@ulg.ac.be, site www.ulg.ac.be/facphl/uer/d-german/L3/carylphillips/