Sport en combinaisons

Pourquoi se cantonner à une seule discipline ?

Lorsque, dans l’histoire du sport, la tendance à pratiquer plusieurs disciplines à la fois s’est affirmée, l’individualisme sportif s’est trouvé renforcé. Cette affirmation, qui peut sembler paradoxale de prime abord, tend à rappeler que, au temps où l’exercice physique relevait de la réunion entre gentlemen en uniforme, la personnalité de chaque sportif était étouffée par la sujétion qu’inspiraient le maître et son enseignement.

Le rameur court aussi

Derrière les usages, les codes et les mentalités, chacun cherchait inconsciemment à se modeler sur ses camarades. Or, si l’on s’en réfère à Pierre de Coubertin (héraut des Jeux olympiques modernes) lorsqu’il s’exprimait sur la pratique sportive, « ce fut le premier bienfait de l’Olympisme [que] de remplacer les petites chapelles par une grande église. Pour se perfectionner, le rameur se sert de la course à pied et le footballeur de la boxe. (...) Chacun a, dès lors, son choix à faire, son programme à dresser, en tenant compte des circonstances d’une part et de ses propres ambitions d’autre part. » De toute évidence, le sport a bien évolué depuis l’année 1918. Mais il n’en reste pas moins que l’esprit qui se dégage de cet écrit demeure encore bien vivace. Car si les sportifs de haut niveau et leurs entraîneurs ont bien assimilé l’intérêt des confluences spécifiques entre certaines pratiques sportives pour augmenter les performances, ce même terrain reste une friche, en ce qui concerne la pratique “version loisirs”.


Photo: ULg - Jean-Louis Wertz

Dans une foule d’universités à travers le monde, l’offre est faite aux étudiants de pratiquer plusieurs sports. A l’ULg, plus de 50 activités différentes constituent la palette de l’étudiant qui souhaite conjuguer bien-être physique et efficacité intellectuelle. Mais en pratique, comment faire ? Car si l’offre est parfois pléthorique, le temps libre ne l’est pas. Et, a priori, les arguments qui existent en faveur de l’interdisciplinarité n’ont pas de quoi déclencher directement l’illumination.

« Le fait de combiner différentes activités permet d’avoir un corps bien fait et diversifié au niveau de ses actions motrices. Ainsi qu’une belle coordination entre le haut et le bas. Et plus on est habile de son corps, mieux on se sent dans la vie. Sans oublier que le sport développe l’intelligence, notamment à travers les sports d’équipe qui demandent des réactions rapides par rapport à un environnement qui change en permanence », souligne Catherine Theunissen, assistante au département des sciences de la motricité et joueuse de handball. Son collègue Stéphane Derome avance, lui, d’autres considérations : « Cela permet aussi de provoquer pas mal de rencontres et d’amitiés différentes. Et on évite la lassitude puisque le fait d’alterner différents sports permet de jouer sur l’attrait, tout en maintenant sa forme physique. »

Compatibilités horaires

Pourtant, l’exercice de la complémentarité entre différents sports pourrait reposer sur quelques principes simples. Tout ce qui est explosif (effort court de forte intensité) peut être complété par de l’endurance (intensité faible mais sur un temps plus long). Sur nos campus, il est possible de combiner, par exemple, la boxe et l’athlétisme à des horaires compatibles. Ou de s’y consacrer successivement le mercredi de 18 à 22h, sans autre coût que la cotisation annuelle au RCAE.

L’on pourrait encore, selon Catherine Theunissen, associer les disciplines en fonction de leur milieu (terrestre, aquatique ou aérien), par rapport à l’aspect individuel ou collectif et en fonction de la filière énergétique (aérobie ou anaérobie). Pourquoi pas, dès lors, cumuler plongée, yoga et natation, dont les horaires ne se chevauchent pas ? Ou aborder de front l’escalade, le squash et la musculation (power training), tout à fait compatibles. Comme cette dernière l’est aussi avec le tennis, ce qui semble même fortement recommandé par Pierre Masset, le responsable des cours pour qui « un seul sport, deux heures par semaine, ce n’est pas assez ». Les possibilités, via le RCAE, sont multiples. Mais certaines recommandations sont parfois iconoclastes : « Surtout pas de musculation pour le karaté, relève Jean-Luc Kusinda, moniteur de la section. Le style Wado-Ryu nous apprend à puiser la force ailleurs, ce qui rend inutiles les muscles bien durs. On travaille plutôt la souplesse, alors mieux vaut améliorer sa condition physique grâce à la course à pied, la natation ou le vélo. » Des spadassins des tatamis debout sur leurs pédales... En danseuse ?

 

F.T.

Contacts :
RCAE, tél. 04.366.39.34, courriel rcae@ulg.ac.be, site www.rcae.ulg.ac.be