Vues sur Vidéo... gr@phie(s)

Un festival de quatre jours, dédiés à la vidéo et à la création numérique

A la fin des années 60, rue Sainte-Catherine à Montréal, des ouvriers québécois venaient dénoncer, face caméra, les dangers de l’amiante. Ils n’agissaient pas dans le cadre d’un reportage télévisé traditionnel, bien au contraire : ils s’adressaient au Vidéographe, une association qui mettait du matériel vidéo à disposition des militants et associations pour exprimer, par le biais des télévisions communautaires, leurs revendications. C’est de cette expérience québécoise, et de ses prolongements appliqués à la création vidéo, qu’est née, fin 1976, l’émission Vidéographie, produite par la RTBF-Liège. Durant dix ans, de 1976 à 1986, le Centre de Liège va ainsi aider à réaliser, produire et diffuser 135 émissions d’une heure environ, ensemble constituant une source irremplaçable pour qui s’intéresse à l’histoire de la vidéo, qu’elle soit liégeoise, belge ou internationale.

Née dans l’effervescence des idées post-soixante-huitardes, Vidéographie voulait à la fois court-circuiter la télévision traditionnelle, initier une réflexion sur les nouvelles possibilités offertes par “la télé qu’on fait chez soi”, amener des éléments critiques sur ce média aliénant qu’est la télévision, et, en écho, ouvrir largement l’écran cathodique à des créateurs innovants. Les figures emblématiques, à l’étranger, de ces nouvelles créations vidéo, combinant l’image et le son, seront notamment deux membres du groupe “Fluxus”, le Coréen Nam June Paik et l’Allemand Wolf Vostell, mais aussi l’Américain Bill Viola, Marina Abramovic, Bob Wilson, et d’autres qui sont ainsi passés très tôt sur les antennes de la télévision publique francophone belge. A Liège, la structure de production de Vidéographie repose sur la grande disponibilité de quelques personnes : Henri Vaume, Jean-Paul Tréfois, Paul Paquay, Annie Florkin-Lummerzheim, Christiane Philippe, Jacques Delcuvellerie... et Robert Stéphane, qui pérennise aujourd’hui l’esprit et les archives au sein de l’asbl Vidéogr@phie(s) qu’il préside.

Des archives qui recèlent ainsi de nombreux trésors, réalisés à l’époque par des artistes, créateurs et réalisateurs de notre communauté, qui n’avaient pas la renommée d’aujourd’hui. On citera notamment les frères Dardenne et le collectif Dérives, Jacques-Louis Nyst et sa femme Danielle, Jacques Lizène, Jacques Charlier, Thierry Michel...

Mais si en trois décennies l’eau n’a pas cessé de couler sous les ponts de la Meuse, il n’y avait pas de raison qu’elle engloutisse la vidéo avec elle. Et, en association avec l’asbl Transcultures, qui organise le festival “Transnumériques” cet automne à Bruxelles, Mons, Maubeuge et Paris, Vidéogr@phie(s) propose de souffler ses 30 bougies, à la fois en regardant dans le rétroviseur et en ouvrant l’œil sur la création numérique aujourd’hui. Le gâteau, ce sont quatre jours dédiés à la vidéo d’hier et aux créateurs contemporains, qu’ils se nomment Messieurs Delmotte ou Edith Dekindt. La recette a été concoctée par une série de partenaires liégeois, réunis autour de Vidéogr@phie(s) : la RTBF, la section vidéo de l’Académie des Beaux-Arts (ESAL), l’université de Liège avec son ciné-club Nickelodéon, l’Association liégeoise pour la promotion de l’art contemporain (Alpac), le Musée d’art moderne et d’art contemporain, les éditions Yellow Now, Le Comptoir du Livre... La liste n’est pas close, pas plus que le menu complet de ces quatre journées qui feront de “Vidéogr@phie(s) 06” une bonne cuvée.
La première d’une nouvelle série ?

 

Alain Delaunois
président de l’Alpac

 

Mercredi 11 décembre : “Le peu m’intéresse”, au Mamac, un clin d’œil et un hommage aux vidéastes Jacques-Louis et Danielle Nyst, présentés par la section vidéo de l’Académie des Beaux-Arts de Liège (ESAL).

Jeudi 12 décembre : au Palais des congrès, “Salade liégeoise”, une rétrospective de la vidéo liégeoise entre 1975 et 1985, avec Jacques Lizène, Jean-Claude Riga, les frères Dardenne, etc.. Organisé par le ciné-club Nickelodéon de l’ULg.

Vendredi 13 décembre : organisée par l’Alpac, une conférence-débat sur la vidéo d’hier et l’art numérique aujourd’hui. Avec, en invitée, Isabelle Arvers, commissaire de “La Villette numérique” (Paris).

Samedi 14 décembre : au Palais des congrès, “Midi-Minuit», projections en continu de sessions vidéo, présentant des réalisations historiques et contemporaines, par des créateurs francophones, flamands et étrangers, ainsi que différentes animations et rencontres : ouverture du studio Vidéographie, documents d’époque, vidéomaton...

Contacts : site : www.videographies.be