Orphée aux Enfers

Un opéra-bouffe pour le 31 décembre

Pièce fondatrice du grand opéra-bouffe, Orphée aux Enfers est une nouvelle production de l’Opéra royal de Wallonie (ORW). Offenbach signe ici une œuvre d’une alchimie unique : une musique à l’emballement irrésistible, associée à un sens du pastiche de la critique sociale et du jeu sur les conventions de l’opéra, le tout en référence à un mythe considéré comme fondateur de l’opéra.

L’histoire est connue : le musicien, dont les accords charment toute la création, perd sa femme Eurydice emmenée dans la mort par Pluton, dieu des Enfers. Orphée décide alors d’y descendre pour rechercher sa dulcinée. Seule consigne : sur le chemin du retour, il ne doit pas la regarder. On sait moins peut-être que l’origine de la descente aux Enfers donne lieu à des interprétations diverses.

Le contact des vivants avec le monde des morts est une thématique omniprésente dans la littérature et la mythologie. Dans l’Odyssée déjà, Ulysse raconte l’évocation des morts, c’est-à-dire l’appel des défunts aux vivants; Enée par ailleurs, au chant VI de l’Enéide, rencontre Anchise, son père disparu, dans les Enfers, le but du voyage étant de recevoir des indications très précises sur le futur de Rome. Orphée enfin qui, par son aventure est devenu le personnage de légende le plus abondamment cité dans la littérature.

Aujourd’hui, le mythe d’Orphée et d’Eurydice fait référence aux récits tragiques de Virgile dans les Géorgiques et d’Ovide dans les Métamorphoses. Ce sont effectivement les deux textes canoniques sur lesquels se sont fondés la plupart des auteurs modernes pour adapter la légende au théâtre. Mais l’origine du mythe est beaucoup plus ancienne. Selon Bruno Rochette, chargé de cours au département des langues et littératures classiques, « le mythe a été élaboré par des théologiens et des poètes et se présentait à l’origine, sous une forme optimiste que les disciples d’Orphée ont imposée au grand public. Dans ce noyau primitif, Orphée apparaît comme le triomphateur de la mort. »

Parallèlement à cette version du triomphe sur la mort – certains auteurs chrétiens de l’Antiquité n’ont pas hésité à assimiler Orphée vainqueur au Christ ressuscité – se développe une toute autre interprétation mettant l’accent sur l’échec d’Orphée. C’est celle que Virgile et Ovide ont privilégiée. L’essentiel du récit des Géorgiques et des Métamorphoses met, en effet, en exergue la perte, pour la seconde fois, d’Eurydice. Bien que tous les textes pré-virgiliens présentent un Orphée victorieux, ce n’est pourtant pas le poète latin qui a substitué la tradition du succès à celle de l’échec. Il s’attache, en fait, à réunir les traits quelque peu épars de la figure d’Orphée afin de réconcilier et d’harmoniser le mythe. Deux témoignages au moins démontrent que la légende d’un Orphée vaincu existait bel et bien avant l’époque d’Auguste : Le Banquet de Platon et un bas-relief où Orphée fait figure de vaincu et à qui Hermès reprend Eurydice. « Mais, comme tient à le préciser Bruno Rochette, toutes ces histoires doivent être lues de manière allégorique. Il faut y voir plusieurs lectures possibles qui doivent impérativement tenir compte du contexte dans lequel elles s’inscrivent ! »

 

Sandrine Yodts

 

Les 22, 23, 26, 28 et 29 décembre à 20h, le 31 à 20h30.
Contacts : ORW, tél. 04.221.47.22, courriel location@orw.be