Une maison pour le folklore

Le projet d’une véritable salle pour les étudiants ressort du placard


MEL
La salle pourrait être construite au Val-Benoît

La bonne blague ! Présentée comme l’arlésienne depuis une éternité, l’idée de voir un jour les étudiants disposer d’une salle pour organiser leurs manifestations festives a longtemps fait sourire. Décisions politiques contraires, problèmes de voisinage, normes de sécurité insuffisantes… Autant de soucis pour autant de pistes abandonnées. Pourtant, en décembre dernier, les représentants de l’Association générale des étudiants liégeois (Agel) semblent avoir fait un pas décisif pour que ce “rêve” devienne un jour réalité.

Il faut dire que le projet n’est pas nouveau. Dans les cartons depuis une quinzaine d’années, l’idée de construire une vraie “salle de guindaille” pour les étudiants se retrouve quasiment en tête des listes de leurs priorités chaque année. Car depuis le rassemblement des mouvements étudiants au début des années 80, le monde folklorique liégeois migre au gré des propriétaires et des autorisations, navigue entre les plaintes récurrentes et implante, depuis quelques années déjà, un chapiteau au Val-Benoît. Bien qu’étant aux normes de sécurité les plus élémentaires, cette installation provisoirement définitive est loin d’être pratique pour l’organisation des dites guindailles et donne une image pas toujours glorieuse.

Un projet double

Plusieurs projets d’implantation “en dur” ont pourtant déjà été envisagés. Sans succès. La Maison des étudiants liégeois (MEL) est née de ce combat. Elle vise à fournir aux étudiants de Liège des infrastructures de fête et de rencontre de qualité, accessibles et sécurisées. Fonctionnant sur fonds propres, l’asbl, qui a déjà connu toute une série de désillusions dans ce projet, a récemment mis sur pied un plan d’action solide—maquette à l’appui — pour que Liège ne reste pas la seule ville de la Communauté française sans aucune infrastructure digne de ce nom pour ses étudiants.

Localisée sur le site du Val-Benoît, cette grande salle (on parle d’une capacité de 3000 personnes) pourrait voir le jour dans un futur proche. Nouveauté majeure, l’hypothétique salle est dite “polyvalente” et a été pensée en ce sens. « Une salle ouverte uniquement trois mois par an, pour les guindailles et rien d’autre, ne nous est jamais apparu comme un projet viable, confesse Quentin le Bussy, président de la MEL. Nous voulons qu’elle puisse également accueillir d’autres manifestations pendant les trois-quarts de l’année. » Concerts, spectacles, expositions… Les possibilités ne manquent pas pour associer toutes les bonnes volontés autour du dossier afin d’en faire un projet d’envergure. De nombreux contacts ont déjà été pris avec différents investisseurs, les pouvoirs organisateurs et un architecte collabore même avec les représentants étudiants depuis bientôt deux ans. « 2007 sera décisif. On va devoir boucler un budget de près de 2 millions d’euros et obtenir toutes les autorisations nécessaires. La ville semble nous suivre et l’Université a déjà marqué son accord », poursuit Quentin le Bussy.

Un accord à trouver

In fine, c’est sans doute l’Université qui décidera de l’avenir de la salle. Si l’implantation au Val-Benoît s’inscrit dans la volonté manifeste de revitaliser cette partie de la ville, du côté des autorités académiques, on calme le jeu : « Le Recteur a montré son intérêt et sa sympathie pour le projet ainsi que pour sa localisation mais aucun accord n’a été signé, temporise Christian Evens, directeur de l’ARI. L’ULg est favorable a la création d’une salle polyvalente, mais on doit encore s’accorder sur la forme et l’emplacement de ladite salle. Il est en effet primordial de conserver la cohérence du site et toutes les propositions doivent être étudiées avec le plus grand sérieux. » Si le projet de la MEL a le mérite d’être bien ficelé et étudié, cela n’est pas nécessairement gage d’un “feu vert” sans condition de l’Université. « Toutes les propositions doivent être analysées, c’est certain, mais il faut également garder à l’esprit que l’ULg n’est pas la seule à décider dans l’histoire. Des accords avec la Ville, la Province, les investisseurs déjà présents sur le site… doivent notamment être trouvés », ajoute, prudent, Christian Evens.

Même s’il semble être passé à la vitesse supérieure, le projet comporte encore quelques incertitudes. 2007 sera donc l’année décisive, où tous les intervenants devront accorder leurs violons pour que, d’ici quelques années, l’éternel chapiteau ne soit plus qu’un lointain souvenir.

 

François Colmant

Entretien avec la responsable de l’Agel

Licenciée en droit, et actuellement en DES de criminologie, Audrey Bellens est la nouvelle responsable de l’Association générale des étudiants liégeois (Agel). Collier basique, pantalon en toile, veste en jeans et pull léger, celle qui cornaque aussi des tribus de baptisés braillards a le charme sobre et les jolis petits yeux bleus qui cadrent plus avec une farandole de moutons qu’avec un troupeau de bœufs. C’est une fois drapée de sa toge et d’une antipathie cultivée au premier abord que la future stagiaire du barreau devient vraiment la figure de proue des hussards du folklore estudiantin liégeois. Rencontre avec une présidente de 23 ans.

Le 15e jour du mois : Pourrais-tu rappeler quels sont les principaux protagonistes du folklore estudiantin liégeois ?

Audrey Bellens : Parmi les étudiants, on distingue les baptisés des non-baptisés. Ces derniers, que l’on appelle également poils ou plumes, font partie des comités de baptême de la Faculté ou de la Haute Ecole qu’ils ont choisie. Durant la période de leur baptême, on les appelle les “bleus”. Au sein de ces comités, les assistants aident les “togés” (ndlr : responsables desdits comités), qui sont élus au début de chaque année scolaire par les togés déjà en fonction. Parmi eux, un délégué Agel est désigné, qui aide au montage du chapiteau lors des gros événements et joue le rôle de relais avec l’association générale des étudiants. Au début de chaque année, chaque comité en choisit un autre à qui il déclare la guerre. Si celui qui est provoqué accepte, la guerre folklorique débute, ce qui offre en réalité des occasions pour faire connaissance. Cette année, par exemple, les membres du comité de droit ont débarqué à la séance de parrainages des ingénieurs déguisés en Hawaïens. Et une demi-heure plus tard, ils déversaient 250 kilos de sable dans la buvette de Robermont.

Le 15e jour  : C’est plutôt “bon enfant”, tout ça !

A.B. : Je pense qu’il est important de dédramatiser l’image d’humiliation que véhicule encore le baptême. C’est essentiellement ceux qui ne le connaissent pas qui en soulignent certains aspects extrêmes, et la presse s’en fait malheureusement l’écho. Certains prennent ce qu’ils ont l’occasion d’observer au premier degré. Or j’y ai assez participé pour savoir que c’est véritablement un jeu.

Le 15e jour  : Mais quel est le sens réel des baptêmes, alors ?

A.B. : C’est une sorte d’intronisation.Ca me fait penser aux mouvements de jeunesse, lorsque je m’en réfère à la solidarité qui s’installe entre les bleus. Les Isepk partent une journée à la mer et les ingénieurs organisent chaque année un jeu de nuit. Tout ça est beaucoup plus ludique qu’on ne le pense.

Le 15e jour  : Sauf lorsque les étudiants se bousculent à l’entrée du chapiteau comme lors de la dernière Saint-Nicolas. Tu es confiante quant au projet de salle qui vient d’être présenté par la MEL ?

A.B. : C’est vrai, il y a eu beaucoup de monde cette année et c’est la première fois qu’on comptait déjà 2000 personnes à 20h. A la Saint-Toré, nous prévoirons une entrée supplémentaire et nous réactiverons le système des préventes à l’A-Fond et à l’univ’. Tant pis pour ceux qui en profitent pour frauder en copiant les bracelets ! La sécurité passe avant le fait d’éviter les resquilleurs. Mais c’est vrai qu’on a vraiment besoin de cette salle. L’Agel soutient le projet qu’elle a finalisé avec la Mel. Reste à boucler le plan financier… On pourra la moduler avec un système de volets. Et puis, elle rappellera un peu le chapiteau dont on aperçoit au loin la lumière selon qu’il s’y déroule une activité ou pas, grâce à une grande fenêtre.

 

F.T.