Echo

Cher Benoît XVI

S’il n’avait suscité la polémique dans le monde musulman en raison d’une formule associant l’islam à la violence, le discours du pape Benoît XVI à l’université de Ratisbonne en septembre 2006 serait probablement passé inaperçu. Mais Edouard Delruelle, professeur de philosophie morale et politique, a revu ce texte dans lequel le pape disserte longuement sur les liens entre foi et raison. Et pour lui, les arguments développés par le pape sont encore plus inquiétants que cette malheureuse citation de Manuel II Paléologue dont on vous fait grief. Il en fait état dans une carte blanche au Soir (28/12/2006) rédigée sous la forme d’une lettre adressée à Benoît XVI.
Dans son discours, le pape présentait la tradition chrétienne comme la synthèse heureuse d’Athènes et de Jérusalem, de la raison et de la foi. L’argument est d’une simplicité biblique : le Dieu des Evangiles s’est fait homme, or l’homme est raison et parole, donc Dieu agit avec raison, en vue d’un bien et d’une vérité qui nous sont accessibles, résume Edouard Delruelle. Le pape condamnait par ailleurs la “dés-hellénisation” de la religion chrétienne depuis la Réforme et invitait à retrouver l’osmose entre foi biblique et interrogation philosophique, “noyau” du christianisme, lui-même “fondement” de l’Europe. Si les Européens tiennent à la rationalité, qu’ils restent fidèles à l’Eglise catholique. CQFD,  résume à nouveau Edouard Delruelle, avant d’en venir à l’exposé de ses objections au discours papal.
La première : c’est grâce aux penseurs arabes que l’Occident chrétien a redécouvert la philosophie grecque. C’est dans la Cordoue musulmane du XIIe que l’osmose entre foi et raison a connu son apogée. Les chrétiens ont appris à philosopher en lisant Averroès (...) Votre discours, qui se veut docte et érudit, aurait pu en toucher un mot. Mais c’eût été reconnaître les origines plurielles (...) de l’Europe et de la Raison. Deuxième objection : la théologie n’a jamais toléré la philosophie qu’en en faisant sa “servante”  (...) Il y a dans la philosophie une puissance critique, une passion du doute, un refus de tout présupposé qui sont incompatibles avec les religions (et les idéologies). Or le meilleur de la tradition européenne n’est-il pas dans cette levée joyeuse de toutes les fondations, dans ce droit chèrement acquis de profaner et de saper les dogmes et les certitudes ? Edouard Delruelle de conclure : Sous votre style de théologien distingué, il y a un message clair : l’Europe est chrétienne, elle doit se garder à la fois de l’archaïsme irrationnel des Orientaux et du matérialisme aveugle des athées. Ainsi remise en perspective, votre tartine sur le “dialogue des cultures”, qui ponctue votre texte, paraît assez dégoulinante de mauvaise foi – si je puis dire...
 

D.M.