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On connaît le dynamisme culturel, particulièrement dans le domaine des arts, dont fait preuve avec une remarquable régularité la Société libre d’Emulation. On sait peut-être moins qu’elle comporte aussi une section MusiqueS, laquelle a repris depuis peu le fil d’une histoire déjà longue. En décembre dernier, en effet, fut organisé par ses soins un concert Franz Liszt, écho d’un récital que le compositeur hongrois donna à Liège peu avant sa mort en 1886.
Le samedi 27 janvier prochain, c’est dans la salle académique de l’université de Liège que seront jouées, à l’occasion du 62e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, des compositions de Pavel Haas et Viktor Ullmann. Nés respectivement en 1899 à Brno et en 1898 à Teschen, ces deux grands formats de la musique de l’ex-Tchécoslovaquie mourront tous les deux en 1944, victimes de l’entreprise meurtrière du nazisme. Avant leur mise à mort, ils avaient composé dans le camp de Terezin, à 60 km de Prague, des œuvres majeures dont on pourra entendre de poignants extraits.
La période d’avant-guerre sera évoquée par la musique de Pavel Haas, interprétée par le Quatuor à cordes Thaïs, tandis que celle de l’univers concentrationnaire renaîtra avec la soliste soprano Laure Delcampe et le pianiste Patrick Leterme, qui mettront leur talent au service de Viktor Ulmann dont les créations sont autant de témoignages de résistance. Avant qu’il ne soit transféré vers les chambres à gaz. Cette issue fatale de deux coreligionnaires considérés comme des témoins de l’“art dégénéré” offrait une occasion tout indiquée de réfléchir aux liens existant entre la créativité de l’artiste et la phobie que nourrit l’extrême droite à son égard.
Raison pour laquelle Jérôme Jamin, chercheur au Cedem de l’ULg, ouvrira cette soirée musicale par un exposé introductif sur le thème “Le fascisme à l’épreuve de l’art et inversement”. Partant du principe que l’existence quotidienne – faite de croyances, de conventions et de codes – dépend de normes héritées du passé mais sans cesse recréées, il estime que l’artiste et le fasciste ont des perceptions à la fois proches et éloignées :
« Mais si le premier crée pour le simple plaisir de créer, sans que la perspective utilitaire ne prédomine dans ce choix, le second a, quant à lui, une position tout à fait contraire : il est effrayé par l’aspect indéterminé de l’acte créateur, terrifié même par l’extrême instabilité potentielle que ce surgissement intempestif révèle. » D’où la tentative récurrente de vouloir évincer la création au profit d’un ordre soi-disant naturel et hiérarchique.
Est-ce à dire que l’extrême droite n’admet aucune forme artistique ? « Loin de là, répond Jérôme Jamin qui prépare une thèse sur cette idéologie antidémocratique. Quand il glorifie une norme investie d’une dimension définitive, inconditionnelle et indiscutable, régissant le monde depuis la nuit des temps, alors, et alors seulement, l’art est admissible. » Mais peut-on encore parler d’art lorsque la grâce fait place à la pesanteur ? Et que la race et la nature sont appelées à la rescousse comme seuls fondements sociaux acceptables ? L’histoire des totalitarismes fasciste et nazi fournit, hélas, une cinglante réponse à ces questions…
Henri Deleersnijder
| Société libre d’Emulation – Section MusiqueS Concert Pavel Haas – Viktor Ullmann Salle académique de l’université de Liège Le samedi 27 janvier 2007, à 19h30 Contacts : tél. 04.223.60.19, courriel soc.emulation@swing.be |
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