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La Région wallonne et l’université de Liège s’apprêtent à livrer une bataille importante contre le cancer. Doté de 25 millions d’euros, le programme d’excellence Neoangio, le premier initié dans le cadre du Plan Marshall, vise à lutter contre l’angiogenèse tumorale. Son financement est assuré à parts égales d’ici à 2010 par la Région wallonne et l’ULg, avec des partenaires de l’ULB et de l’UCL. Au bout de la recherche, l’objectif est de parvenir à la mise au point de nouveaux moyens thérapeutiques valorisés par des entreprises en Wallonie.
Angiogenèse tumorale
Que va permettre de réaliser Neoangio, un programme bénéficiant d’un financement exceptionnel, sans doute l’un des plus importants jamais investis en Belgique francophone dans le domaine du cancer ? D’abord, lutter contre l’angiogenèse tumorale. De quoi s’agit-il ? Pour se multiplier, les cellules cancéreuses, comme les cellules normales, ont besoin d’apports énergétiques, de nutriments et d’oxygène. Ces “vivres” sont apportées par le sang. Autour des cellules cancéreuses, on voit donc se former de nouveaux vaisseaux sanguins. Depuis plusieurs années, les chercheurs essaient de trouver le moyen d’interrompre ce processus de vascularisation, ce qui conduirait à l’asphyxie des tumeurs. Cette approche est d’autant plus intéressante qu’elle offrirait un moyen complémentaire aux thérapies classiques (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie et hormonothérapie).
Dans le cadre de Neoangio, l’équipe du Pr Joseph Martial sera en charge de déterminer de nouvelles cibles moléculaires de l’angiogenèse afin de mettre au point des inhibiteurs spécifiques. Un autre volet consistera, sur la base des altérations épigénétiques, à identifier de nouveaux marqueurs très précoces des processus de cancérisation, car on sait que plus un cancer est détecté tôt, plus on a de chance de le guérir.
La mise au point en 2004 aux Etats-Unis d’un inhibiteur de l’angiogenèse dans le cas du cancer colo-rectal a spectaculairement stimulé l’intérêt des sociétés pharmaceutiques, tout en validant le concept thérapeutique.
Un autre axe du programme Neoangio concerne la mise au point de nouveaux traitements contre les cancers et pré-cancers du col de l’utérus et du poumon. Le cancer de l’utérus est la deuxième cause de mortalité par cancer chez la femme (après le cancer du sein) et faut-il rappeler les ravages du tabac, première cause du cancer pulmonaire ? Cet axe sera poursuivi par l’équipe du Pr Jean-Michel Foidart.
L’infection par le virus HPV (Human PapillomaVirus) est responsable de plus de 90% des cancers du col de l’utérus. C’est un problème de santé publique majeur car, dans les pays occidentaux, 75% des femmes sont ou seront infectées un jour ou l’autre par le HPV. L’infection disparaîtra spontanément dans la plupart des cas, mais elle persistera chez 3 à 10% des femmes infectées, pouvant ainsi donner lieu à un processus précurseur du cancer du col. Ce cancer touche principalement des femmes jeunes, entre 30 et 40 ans. Chaque année, il provoque la mort de 230 000 femmes dans le monde. En Europe, on recense 25 000 nouveaux cas par an.
Des essais pour un vaccin prophylactique contre l’infection par le HPV sont aujourd’hui en phase finale, mais ce vaccin sera destiné aux jeunes filles avant leur vie sexuelle. L’équipe du Pr Foidart s’intéresse à l’élaboration d’un nouveau moyen thérapeutique destiné aux femmes adultes. Le principe est basé sur la stimulation de la réponse immunitaire anti-HPV grâce au recrutement de cellules présentatrices d’antigènes. De ces recherches devrait découler à moyen terme la mise au point d’une crème virucide, efficace et sûre à appliquer localement.
Avec les entreprises wallonnes
De par l’ampleur des moyens mis en œuvre, le programme Neoangio est un évident signe de confiance aux équipes scientifiques liégeoises, reconnues internationalement, et un soutien important aux chercheurs du Giga (la Grappe interdisciplinaire de génoprotéomique appliquée), lesquels ont reçu la confirmation de la signature de la convention en décembre dernier, quelques jours après leur installation dans la tour du CHU. Un beau cadeau de fin d’année !
Inscrit dans le Plan Marshall, le programme Neoangio comporte un important volet de collaboration avec les entreprises wallonnes actives dans le secteur biopharmaceutique. Plusieurs d’entre elles sont des spin-offs de l’ULg ou des entreprises installées dans l’espace entreprises du Giga. Une manière de démontrer la pertinence du concept basé sur l’interaction entre la recherche, l’innovation et la valorisation.
Didier Moreau
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