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Photo Jean-Louis Wertz
Le 15e jour du mois : La santé, est-ce une priorité à l’ULg ?
Jean-Olivier Defraigne : Certainement. Parmi ses multiples missions, l’Université joue aussi un “rôle citoyen” et, dans cette mesure, se soucie de la santé et du bien-être de son personnel et des étudiants. Cela se traduit déjà dans bon nombre d’initiatives prises au sein de l’administration de l’enseignement et des étudiants, comme “Univ’Air santé”, “T’as tout en mains”, “ULg dialogue” ou par la mise en place d’asbl liées à l’Université : je pense au Sips notamment. Mon rôle, au sein du collège rectoral, devrait être de donner une plus grande ampleur à la démarche en fédérant les bonnes idées, sans automatiquement ajouter de cellule administrative ou de structure particulières.
Par ailleurs, j’ai aussi un rôle d’impulsion et je compte bien proposer des actions permanentes ou ponctuelles. Je pense notamment à la santé des étudiants. J’ai été très frappé par les résultats d’une enquête nationale réalisée en France l’an dernier. Manifestement, l’hygiène alimentaire, les soins dentaires et d’optique sont sacrifiés, principalement pour des raisons financières. 43% des étudiants ne prendraient pas de petit déjeuner en semaine et 23% d’entre eux disent avoir renoncé à des soins médicaux parce qu’ils sont trop chers. Le tabac reste une question préoccupante : un tiers de la population étudiante fume quotidiennement. D’autre part, les jeunes souffrent d’un mal-être chronique : 77% des étudiants disent s’être “sentis déprimés” dans les 12 derniers mois et si le rapport souligne que le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans, il relève aussi un taux d’IVG très élevé dans cette tranche d’âge. Ces quelques données sont très inquiétantes et, avec l’accord du Recteur et de Monique Marcourt, directrice générale, nous allons lancer avec le Pr Krezinski du CHU une grande enquête en nos murs pour dresser un état des lieux de la santé de nos étudiants.
Le 15e jour : Quels thèmes souhaitez-vous traiter en priorité ?
J-O.D. : On sait déjà que l’alimentation des jeunes n’est guère équilibrée. Or le respect de nos besoins quotidiens en protides, lipides et glucides est indispensable pour être en forme ! Lors de la “Semaine Santé”, organisée en octobre 2006 et que nous répéterons cette année, nous avons mis l’accent sur quelques principes élémentaires de diététique, par le biais de conseils, de menus spéciaux et de distribution de brochures. Je voudrais travailler davantage avec les restaurants universitaires afin qu’ils proposent, le plus souvent possible, un repas diététique : c’est très important dans la prévention, non seulement des maladies cardio-vasculaires mais aussi de l’obésité… Le terme “diététique” doit ici se comprendre davantage dans le sens d’un repas équilibré que dans un sens de restriction calorique. Dans la même logique, il me paraît souhaitable de rappeler – de façon ludique peut-être – les bienfaits du sport sur la santé.
Par ailleurs, les aspects liés à la protection des stagiaires sont importants. Lorsque les stagiaires sont soumis aux mêmes risques que l’employé au sein d’une entreprise, la législation en vigueur en Communauté française prévoit la réalisation d’examens médicaux et une évaluation des risques. Le caractère est, par exemple, plus aigu en facultés de Médecine et de Médecine vétérinaire. Il y a là tout un travail de coordination administrative et de gestion des problèmes lorsqu’ils se posent. Enfin, il est nécessaire également de savoir quelle attitude adopter lorsqu’un problème particulier surgit, comme cela a été le cas récemment (cas de méningite chez un étudiant ou contact avec un animal tuberculeux…) Trop souvent, on réfléchit aux mesures à prendre lorsque l’on est confronté au problème et je crois qu’il serait utile d’établir un “manuel” de références reprenant les différentes situations potentielles (les plus fréquentes, cela va de soi) et les mesures à prendre dans chaque cas afin d’anticiper les problèmes et de permettre une réaction plus rapide.
Un autre domaine m’inquiète également, celui de l’alcoolisme. Consommer trois ou quatre verres de bière par jour est nuisible pour notre état de santé. Plus de trois verres de vin aussi ! Les gens n’en sont pas toujours conscients et je crois qu’il faut absolument rappeler ces normes et sensibiliser l’ensemble de notre communauté au problème. Car si les plus jeunes (étudiants) sont concernés, le personnel l’est aussi. A cet égard, il me paraît urgent de mettre en place un processus qui viendrait en aide à ces personnes dépendantes de l’alcool. De plus, l’entourage est souvent impliqué, en tant que complice dans un premier temps puis victime dans un second. Trop souvent les démarches se sont inscrites dans une perspective de sanction, alors que l’attitude adéquate serait de proposer une aide. J’aimerais instaurer cette démarche positive, offrir aux personnes concernées un suivi médical, avec implication directe de l’entourage. Un peu comme ce que nous avons mis en place pour les fumeurs : l’ULg et le CHU s’étaient associés pour proposer des consultations gratuites dans le cadre d’Univ’air santé.
La création d’un site internet “santé” intégré dans celui de l’ULg ou d’un blog où les membres du personnel et les étudiants pourraient dialoguer et trouver la réponse à certaines de leurs questions est aussi à envisager. Il ne s’agit pas évidemment de se substituer au médecin traitant, mais de discuter de différents points en rapport avec le bien-être et la santé au travail ou pendant les études.
Les Français, au vu des résultats de l’enquête, ont opté pour des solutions facilitant la couverture sociale des jeunes et l’accès à la mutuelle. Peut-être devrions-nous étudier une solution comparable ?
Le 15e jour : Ce genre de décision concerne à la fois l’ULg et le CHU…
J-O.D. : Effectivement, un grand nombre de dossiers ressortissent à la fois de l’ULg et du CHU. Les autorités universitaires sont d’ailleurs représentées au sein du conseil d’administration du CHU et des représentants du CHU siègent au conseil d’administration de l’ULg. Contribuer aux bonnes relations entre ces deux grandes institutions, distinctes mais très liées, fait partie des missions potentielles d’un conseiller du Recteur aux affaires hospitalières. Avoir un hôpital universitaire est un plus pour l’Université et réciproquement être universitaire est un plus pour un hôpital.
Le CHU et l’Université ont besoin l’un de l’autre. Parmi les dossiers qui doivent être traités en commun figurent notamment le renouveau pédagogique et ses implications pour l’hôpital, la gestion et l’entretien des parkings ou de certains bâtiments, etc. L’objectif est d’instaurer une cohérence dans la façon de traiter les dossiers qui ont des implications académiques et hospitalières.
Propos recueillis par Patricia Janssens
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