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Le Groupe infra-rouge de physique atmosphérique et solaire (Girpas) de l’ULg participe actuellement à l’élaboration du “rapport analytique sur l’état de l’environnement wallon”. Chargé de traiter de la question de l’ozone stratosphérique, le Girpas a été amené à faire le point sur cette problématique globale en intégrant un maximum d’aspects liés aux changements qui ont affecté la couche d’ozone, de même qu’à leurs impacts sur la biosphère et leurs implications en région wallonne.
De nombreux indicateurs environnementaux en relation avec l’ozone sont sous la surveillance de la communauté scientifique internationale. Ils permettent de caractériser de façon objective l’évolution que l’ozone et d’autres constituants qui l’influencent directement ont connue au cours des dernières décennies. La plupart de ces indicateurs montrent de façon concordante une amélioration sensible de la situation et les prémices d’une restauration de l’ozone aux latitudes moyennes de l’hémisphère Nord se confirment enfin.
Premier indicateur important : les émissions de “substances appauvrissant la couche d’ozone” (SAO) – dont les chlorofluorocarbones (CFC) et les hydrofluorocarbones (HCFC) – sont en réduction constante depuis la fin des années 80. Les organismes chargés d’établir les inventaires des émissions planétaires ont ainsi enregistré une chute de plus de 90% de ces dernières entre 1988 et 2003. Même si sa contribution aux émissions globales est faible, la région wallonne a participé à cet effort de réduction et les chiffres indiquent que les émissions ont été divisées par 3,5 au cours des dix dernières années. La mise en place de filières de récupération a également contribué à la diminution des émissions de substances nocives à l’ozone. Ces dernières années en Belgique, plusieurs dizaines de tonnes de CFC-11 et -12 provenant du démantèlement d’équipements frigorifiques ont été incinérées et ne contribueront donc pas à la destruction de l’ozone.
Ces efforts de réduction des émissions de SAO portent leurs fruits. La concentration totale en chlore dans la troposphère – région de l’atmosphère comprise entre 0 et 12 km – a culminé en 1993 après avoir augmenté de plus de 60% en 15 ans. Depuis, une diminution régulière de la charge en chlore a été enregistrée à toutes les stations de mesures réparties autour du globe. Sans nouvelles émissions massives, par ailleurs peu probables, on prévoit que les concentrations des SAO dans la troposphère vont continuer de décroître lentement, du fait de la très grande stabilité de ces substances accumulées dans la troposphère.
Sur base de l’analyse d’observations régulières enregistrées au cours des 30 dernières années à la station scientifique internationale du Jungfraujoch (Alpes suisses), le Girpas a pu démontrer que la diffusion progressive des SAO vers la stratosphère – entre 12 à 50 km d’altitude – a eu des répercutions sur sa composition. Après avoir augmenté de façon soutenue, la quantité totale de chlore stratosphérique s’est stabilisée vers 1996-1997. Depuis, nous notons une diminution lente mais significative – de l’ordre de 1% l’an – du chlore dans la stratosphère, compatible avec les observations effectuées dans les basses couches de notre atmosphère.
En parallèle, des mesures réalisées par l’Institut royal météorologique ont permis de déterminer l’évolution à long terme des concentrations d’ozone au-dessus d’Uccle. Malgré la grande variabilité naturelle qui caractérise ces données, des tendances moyennes ont pu être dégagées. Elles indiquent que l’ozone a diminué de près de 5% entre 1981 et 1996. Ensuite, une tendance à sa récupération s’est manifestée. Selon des projections réalistes, l’abondance de l’ozone stratosphérique devrait retrouver sous nos latitudes des niveaux conformes à la normale vers 2050.
Cette inversion de tendance salutaire résulte des décisions prises au niveau international dans le cadre du Protocole de Montréal de 1987. Après identification du rôle majeur joué par une série de composés halogénés, utilisés dans diverses applications industrielles et domestiques, ce traité a défini, et régulièrement adapté, un échéancier d’élimination de ces substances nocives pour l’ozone stratosphérique en interdisant progressivement leur production. La pertinence des mesures adoptées et leur mise en place efficace produisent aujourd’hui les effets escomptés. Ceci ne doit pas être prétexte au relâchement des efforts poursuivis jusqu’à présent. Il s’agira de maintenir une politique volontariste visant à limiter au maximum les émissions de SAO tout en continuant à suivre l’évolution des indicateurs mesurant la santé de la couche d’ozone.
Les résultats évoqués ici seront développés dans le rapport sur l’état de l’environnement wallon dont la parution est prévue pour mai 2007. Ce document traitera en outre d’un très large éventail de problématiques environnementales, parmi lesquelles le changement climatique, la qualité de l’air et des cours d’eau, l’érosion de la biodiversité, l’affectation et l’utilisation des sols… Les constats dressés par ce rapport permettront de caractériser l’état et l’évolution de la situation environnementale de la région et d’évaluer l’efficacité des politiques menées aux différents niveaux de pouvoir. Il s’agira ensuite de dégager des pistes permettant de garantir un développement durable, de sauvegarder et même d’améliorer notre environnement sous un maximum de ses facettes.
Dr Emmanuel Mahieu
chercheur au Girpas
département d’astrophysique, de géophysique et d’océanographie
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