Oser l’hypnose

Les thérapies brèves au centre d’un forum

“Créativité et Interaction”, tels seront les thèmes du 5e forum organisé par la Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves qui se tiendra, pour la première fois à Liège, les 17, 18 et 19 mai prochains.

Ce n’est pas un hasard si notre ville accueille ce grand congrès réservé aux professionnels du soin : l’ULg est en effet une grande pionnière en matière d’hypnose. « Le CHU de Liège pratique couramment cette technique depuis 1992, explique Marie-Elisabeth Faymonville, professeur de clinique, anesthésiste spécialisée dans la pratique de l’hypnose. Nous sommes les premiers à avoir conceptualisé la technique de l’hypnose bien qu’elle existe depuis plusieurs siècles. » Et d’autres axes de recherche en la matière sont développés à l’ULg.

Approche psychologique

Anne-Sophie Nyssen, professeur d’ergonomie cognitive à la faculté de Psychologie et des Science de l’éducation, s’intéresse aux mécanismes de prise de décisions. Elle étudie le comportement humain en situations naturelle et virtuelle. « En tant que chercheur, mon objectif est de mieux comprendre comment l’homme contrôle son comportement et comment, pour cela, il se forme une représentation du monde, explique la psychologue. En tant qu’état modifié de conscience, l’hypnose permet par différence de mieux cerner les mécanismes conscients et inconscients du contrôle. »

Au-delà de ses recherches, Anne-Sophie Nyssen utilise l’hypnose depuis de nombreuses années, dans le cadre de psychothérapies. « Elle permet de canaliser le stress, les angoisses et toutes sortes de troubles névrotiques, continue la spécialiste. Dans les centres de la douleur, on apprend également l’auto-hypnose aux patients afin qu’ils puissent retrouver un équilibre après un traumatisme ou pour qu’ils puissent gérer la venue d’une importante crise d’angoisse. » Plus étonnant, la technique est également efficace dans le traitement de maladies dermatologiques telles que le psoriasis ou l’eczéma.

Avec ses 5600 opérations en 15 ans, Liège détient le record d’opérations pratiquées sous hypnose. Lorsque la technique est maîtrisée, l’éventail d’opérations réalisables avec hypnosédation devient en effet très large. Lifting, ablation de varices ou d’un adénome du sein, thyroïdectomie sont autant d’interventions qui peuvent aujourd’hui s’effectuer sans anesthésie générale. « Deux conditions doivent impérativement être réunies pour réaliser une opération sous hypnose : que médecins et patient soient d’accord et qu’une anesthésie locale soit faisable », explique l’anesthésiste. Grâce à son état de conscience modifié, le patient est détendu, ses pensées se détournent de l’opération. En plus de son pouvoir distrayant puissant, l’hypnose augmente l’efficacité des médicaments administrés pendant l’intervention et diminue la douleur. « Les patients sont toujours très satisfaits des résultats, continue Marie-Elisabeth Faymonville. Ils récupèrent rapidement et, surtout, ils ont le sentiment d’avoir contribué à la réussite. Il y a une réelle implication personnelle. » Si les témoignages sont encourageants, la méthode est encore trop peu connue : « Nous sommes encore bien loin du maximum de nos possibilités, s’étonne Marie-Elisabeth Faymonville. 2% seulement des opérations sont pratiquées sous hypnose alors que nous pourrions facilement atteindre 20 %. »

Une nouvelle crédibilité

Si le philosophe liégeois Joseph Delboeuf s’intéressait déjà, vers 1850, à l’hypnose, les médecins ont néanmoins longtemps hésité avant d’intégrer la technique à leurs pratiques, craignant de “tomber dans les médecines parallèles”. « Le courant pharmacologique est bien ancré dans la médecine actuelle, explique Marie-Elisabeth Faymonville. L’anesthésie générale est banalisée. Sensibiliser patients et médecins n’est pas donc pas toujours aisé. Depuis qu’on utilise l’hypnose en chirurgie, elle gagne de plus en plus en crédibilité, ce qui ouvre la voie à de nouvelles perspectives. »

Aujourd’hui, des patients viennent de France, de Suède ou d’Afrique pour se faire opérer sous hypnose ; des médecins étrangers viennent également se former à Liège. Marie-Elisabeth Faymonville et Anne-Sophie Nyssen, depuis 1996, dispensent une formation libre de 110 heures aux médecins, pédiatres, anesthésistes, psychologues, radiologues, gastro-entérologues ou dentistes. Elles ont désormais un objectif commun : proposer un apprentissage de l’hypnose dans le cursus des étudiants de la faculté de Médecine et de Psychologie. « Les études cliniques et les différentes recherches prouvent que l’hypnose est efficace pour lutter contre la douleur, conclut Marie-Elisabeth Faymonville. On ne peut donc plus nier sa place en médecine moderne ! »

 

Sophie Fafchamps

 

5e forum organisé par la Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves
au Palais des congrès de Liège les 17, 18 et 19 mai.
Programme sur le site www.cfhtb.org

Contacts : inscriptions auprès de Christine Goffinet, tél. 04.366.20.13,
courriel forumhypnose2007@misc.ulg.ac.be