La philanthropie d’entreprise

Piste pour un comportement socialement responsable

De nombreuses entreprises choisissent aujourd’hui d’apporter leur soutien à des projets sociétaux. Ce soutien peut prendre des formes très variées : apport financier, participation bénévole des employés et assistance technique aux associations, appui à des activités culturelles ou de formation, etc. Parce qu’elle témoigne d’une certaine sensibilité de l’entreprise aux enjeux de société, cette démarche philanthropique s’inscrit dans le contexte plus large et fort médiatisé de la responsabilité sociétale des entreprises. Une telle attitude, très courante outre-Atlantique, commence à se développer sur le continent européen. Ce qui soulève trois questions importantes, abordées lors du séminaire organisé conjointement par la chaire Cera de l’ULg et le Centre de philanthropie de la fondation roi Baudouin, le 14 mars.

L’action philanthropique est-elle garante d’un comportement socialement responsable ? La question appelle quelques nuances. « Une action philanthropique peut constituer un premier pas vers l’intégration de préoccupations sociales ou environnementales dans le chef des décideurs, explique Sybille Mertens, coordinatrice de la chaire Cera d’entrepreneuriat et management en économie sociale. Bien sûr, la philanthropie s’accommode parfois de comportements socialement irresponsables qu’elle cherche à masquer... » Il s’agirait alors pour l’entreprise de conserver, à un coût réduit, une image positive auprès de ses stakeholders (clients, travailleurs, fournisseurs, etc.). On note cependant qu’en attirant l’attention de l’opinion publique, l’action philanthropique expose l’entreprise à un risque important : elle l’oblige à présenter un profil cohérent.

Or, si la démarche philanthropique fait des adeptes, ses actions ne sont pas toujours intégrées dans la stratégie globale de l’entreprise. Leurs effets bénéfiques s’en retrouvent amoindris, tant en interne que vis-à-vis des projets qu’elles entendent soutenir. Enfin, il importe de situer le développement de la philanthropie d’entreprise dans le contexte plus large des soutiens dont bénéficie traditionnellement le secteur associatif. « Dans notre pays, précise Sybille Mertens, les associations ont été jusqu’à présent largement soutenues par des financements d’origine publique. Le soutien privé peut se révéler complémentaire, mais il peut aussi entraîner un effet de substitution en favorisant le désengagement progressif des pouvoirs publics. Par ailleurs, cet apport privé peut générer certaines contraintes (obligation de retour sur image, importance des actions visibles au détriment parfois de la qualité, etc.). » De l’intérêt de savoir clairement à quoi s’attendre...

 

Pa.J.