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Après deux mois en Antarctique, l’océanologue Anne Goffart regagne la terre ferme et son bureau à l’université de Liège. Passionnée par le travail en mer et l’environnement exceptionnel qu’offre le continent polaire, elle en est à son sixième voyage au pays des glaçons et des manchots. Elle nous fait part de ce qui motive ses recherches polaires…
Etat des lieux
Le Traité de l’Antarctique (1959) protège le continent de toute revendication territoriale pendant 50 ans. Depuis, l’Antarctique fait l’objet d’une attention croissante de la part des scientifiques, des autorités politiques et du grand public dans l’espoir de préserver son patrimoine exceptionnel. Les conditions extrêmes qui y règnent amènent les organismes présents à développer des adaptations au froid et à l’isolement tout à fait extraordinaires, lesquelles intéressent au plus au point les scientifiques. Mais la biodiversité de l’Antarctique est menacée par les changements climatiques. Les pôles seront très touchés par toute variation de température : la libération d’eau douce dans l’eau de mer par la fonte de glaces perturbera le fonctionnement de tout l’écosystème polaire. Aussi est-il urgent de dresser un état des lieux de l’Antarctique, notamment du point de vue de sa biodiversité, afin de transmettre aux générations à venir un point de référence permettant des comparaisons futures.
La perspective de cet instantané est à l’origine d’une grande mobilisation scientifique. À l’échelle de notre pays, citons le projet interdisciplinaire “Pelagant” financé par la Politique scientifique belge et réunissant des chercheurs de l’ULg et de la KUL. Il se focalise sur l’étude de la dynamique biologique des systèmes marins en Antarctique et peut se décliner suivant trois objectifs. Dans un premier temps, l’analyse de la biodiversité du plancton permettra de déceler des traceurs biologiques de la qualité des masses d’eau; en particulier, il s’agira de déterminer l’influence des facteurs environnementaux sur la séquence de la production planctonique. Ensuite, il faudra mettre en lumière les relations entre les zones riches en plancton et la reproduction et le développement des poissons. Une fois ces deux objectifs atteints, il deviendra possible de modéliser le fonctionnement de l’écosytème pélagique antarctique et de tester sa sensibilité aux variations climatiques.

Photo: Anne Goffart
« Depuis quatre ans, nous collaborons également étroitement avec des chercheurs français dans le cadre du programme “Icota” financé par l’Institut polaire français, explique Anne Goffart. Cela nous permet d’être invités sur l’Astrolabe, un bateau océanographique français travaillant en Antarctique. » Les missions belgo-françaises délaissent les destinations très prisées que sont les mers de Ross et de Weddell, pour étudier la zone côtière de Terre Adélie. « Cette région présente des caractéristiques idéales pour y étudier le rôle de la glace sur le développement du plancton et des larves de poissons. »
L’Astrolabe est un bateau polyvalent sur lequel des équipes de 10 à 20 scientifiques travaillent de façon concertée. Les plus gros bateaux déplacent jusqu’à 75 scientifiques et embarquent du matériel très sophistiqué… mais l’organisation des prélèvements à la mer exige aussi une logistique beaucoup plus lourde et plus rigide. « Les deux types de mission se complètent. Dans le cadre de l’année polaire internationale, l’Astrolabe collaborera en 2008 avec deux autres bateaux beaucoup plus gros, un japonais et un australien, poursuit Anne Goffart. Ceci nous permettra de réaliser des prélèvements dans tous les compartiments de l’écosystème. »
Banques de données
Au niveau international aussi, les projets en Antarctique abondent. La mise au point d’observatoires devrait permettre l’acquisition de données sur de longues périodes dans des sites clés. En effet, avant de pouvoir identifier des effets de changement climatique, il importe de fixer les limites des variations naturelles des phénomènes. L’intégration de toutes les données est une autre préoccupation internationale : il faut les rendre accessibles non seulement à toute la communauté scientifique, mais aussi aux générations futures. À plus long terme, les instances internationales cultivent une volonté de biorégionalisation, par la création en Antarctique de zones maritimes protégées sur base de critères biologiques.
Elisa Di Pietro
| Contacts : tél. 04.366.50.76, courriel A.Goffart@ulg.ac.be |
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