Des chiffres et des lettres

Carnet de bord pour le système éducatif

L’enseignement occupe une place prépondérante dans la société actuelle. Nul ne remet en cause son importance, ni le fait que l’investissement public dans l’éducation entraîne un bénéfice social et économique indiscutable. Pour assurer à chaque jeune, quel qu’il soit, un accès aux études et à une éducation efficace et équitable, le développement d’outils d’analyse et de prospective s’avère nécessaire.

Diagnostic

Le décret instituant la Commission de pilotage, voté en 2002, a prévu notamment l’élaboration d’un système d’indicateurs récurrents et réguliers apportant des informations sur l’enseignement. La ministre en charge de l’Enseignement obligatoire, Marie Arena, vient de rendre publique la première version des indicateurs de l’enseignement en Communauté française. « L’objectif est de réaliser un diagnostic de notre système éducatif », explique Dominique Lafontaine, professeure au département éducation et formation à l’ULg. Remplit-il ses missions ? Avec quels résultats? « L’idée est de regrouper en un seul document une série d’indicateurs significatifs permettant de piloter le système et de le comparer à ceux de nos voisins européens, mais aussi de nourrir le débat démocratique », commente de son côté Ariane Baye, assistante dans le même département.

Les indicateurs de l’enseignement en Communauté française sont destinés à éclairer non seulement les responsables politiques et les enseignants, mais aussi les parents d’élèves et les citoyens sur le contexte dans lequel évolue notre enseignement, sur son organisation et son fonctionnement, les parcours et les résultats des élèves. Publiées en février dernier, ces données mettent en évidence plusieurs réalités de notre système d’enseignement : la persistance d’importants taux d’échec scolaire, une proportion trop élevée d’élèves ne maîtrisant pas les compétences de base attendues en lecture, en mathématiques et en sciences, et les inégalités profondes qui le traversent. « Au fur et à mesure que l’on avance dans le secondaire, les différences de recrutement sociales, économiques et culturelles entre les filières s’accentuent. Manifestement, nous vivons dans un système éducatif inéquitable », analyse le Pr Lafontaine.

A épingler également, un indicateur relatif au taux de réussite, de redoublement et d’abandon des étudiants de première génération en première année de l’enseignement supérieur universitaire. Le taux de réussite est faible, on le savait (42,8 % de réussite en moyenne, pour 24,4 % d’abandons). Ce que l’on sait moins, c’est qu’à âge égal et filière d’origine égale (enseignement général ou technique), les filles réussissent sensiblement mieux que les garçons (46,9 % de réussite pour les filles contre 37,8 % pour les garçons). Mais le principal déterminant de la réussite en première année est l’âge d’entrée : un étudiant qui a connu un redoublement dans son parcours scolaire a nettement moins de chances de réussir sa première année à l’Université. La filière d’origine joue également un rôle de premier plan. Les élèves issus de l’enseignement technique sont très peu nombreux (7,2 %) à accéder à l’Université et proportionnellement encore moins nombreux à y réussir. « Si l’on relie ces chiffres à ce qui précède, ajoute Dominique Lafontaine, on met le doigt sur ce qui constitue une des spécificités de notre système éducatif : l’enseignement supérieur est totalement libre d’accès (pas de bac, pas d’examen d’entrée, sauf exception), il n’y a pas de filtre social à l’entrée, toute la sélection sociale s’opère en amont par le jeu des parcours scolaires, du redoublement et des filières. »

Thermomètre

Seule institution de la Communauté française à avoir contribué à la réalisation concrète de cette étude, l’université de Liège s’est occupée des indicateurs relatifs aux résultats des élèves.  « L’ULg s’est chargée de cette partie dans la mesure où elle avait assumé la responsabilité scientifique des enquêtes sur lesquelles se fondent ces indicateurs de résultats », commente Ariane Baye.

Chaque année, désormais, une brochure reprenant les indicateurs réactualisés, essentiels à la compréhension du système éducatif en Communauté française, sera élaborée. L’intérêt d’une telle publication est de rassembler une série de données-clés en quelques pages pour dresser un véritable tableau de bord de l’enseignement.

 

Samuel Ledoux

Photo: ULg-TILT Houet

Les indicateurs de l’enseignement en Communauté française, n°1, édition 2006, Bruxelles 2007.
Brochure téléchargeable sur le site
www.enseignement.be/prof/dossiers/indicateurs/index.asp