Questionner l’intime

Colloque autour des littératures canadienne et québécoise

« Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple », écrit Jean-Jacques Rousseau au début de ses Confessions, inaugurant ainsi une forme de littérature autobiographique appelée à de riches lendemains. Aujourd’hui en effet, et singulièrement depuis un quart de siècle, on ne compte plus les romans, recueils de poésies, pièces de théâtre et même essais qui font la part belle aux écritures de l’intime.

C’est la raison pour laquelle le Centre d’études canadiennes de l’université de Groningen, le Centre d’études québécoises de l’ULg et le Centre d’études canadiennes de l’ULB ont décidé d’organiser conjointement un colloque international consacré aux expressions littéraires du moi. « Le sujet est très fédérateur, constate le Pr Jean-Pierre Bertrand, doyen de la faculté de Philosophie et Lettres, co-organisateur de la rencontre, et il permet à des chercheurs européens et canadiens, spécialisés dans le domaine de la littérature francophone du Canada, de se réunir, de collaborer et de partager des projets – dont celui d’une publication commune. »

L’objectif des échanges annoncés ne manque pas d’ambition. Il s’agit de faire ressortir la manière dont le plus individuel peut s’exprimer dans un monde en voie de globalisation. Car le succès actuel des monologues intérieurs et journaux intimes – sans parler de la vogue que connaissent chroniques et mémoires – n’est vraisemblablement pas étranger à l’exacerbation d’un singulier qui a vu s’effondrer sous ses pieds maints socles de certitudes identitaires et voit maintenant s’éloigner à l’horizon de sa vie quotidienne quantité d’espérances collectives. D’où l’angoisse si souvent perçue dans cette quête éperdue d’une intériorité-danaïde, heureusement contrebalancée de temps à autre par un regard prenant l’extérieur comme champ de vision.

« Pour éviter la dispersion, nous sous sommes limités à un corpus de textes restreint, couvrant la période allant de 1980 à 2005, observe le Pr Bertrand, ce qui ne nous empêchera pas de questionner l’intime sous toutes ses représentations et par les moyens les plus appropriés : études de cas, approches transversales et comparatives, perspective historique, analyses de caractère idéologique, thématique ou sociologique, etc. » Quantité d’œuvres – en prose et en vers – d’auteurs habitant l’aire québécoise et franco-ontarienne ou qui en sont originaires seront ainsi auscultées, parmi lesquelles celles d’Anne Hébert, Dany Laferrière, Nelly Arcan et bien sûr Nancy Huston. Des intervenants viendront, eux aussi, du Canada, mais la plupart résident sur le Vieux Continent (Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Suède).

La Délégation générale du Québec à Bruxelles est très attachée à la dimension européenne des centres à l’origine du colloque. « Le choix de Groningen pour les journées des 26 et 27 avril ne fera que renforcer l’axe allant de la cité du nord de la Hollande à Bologne, en passant par Bruxelles, Liège et Sarrebruck, villes universitaires dont le point commun est de marquer un grand intérêt pour les littératures canadienne et québécoise, de langue française cela va de soi », se réjouit Jean-Pierre Bertrand.

 

Henri Deleersnijder

Colloque sur les écritures de l’intime dans la littérature francophone du Canada, université de Groningen, 26 et 27 avril 2007.

Contacts : courriels jp.bertrand@ulg.ac.be et J.M.L.den.Toonder@rug.nl