Télévie

Fondamentale recherche

Notre projet de recherche a pour objet l’étude de certains lymphomes, cancers dérivés des lymphocytes, un type de globules blancs qui assurent les réponses immunitaires contre les “agresseurs” étrangers que constituent principalement les agents infectieux. Les lymphomes se manifestent lorsqu’une erreur survient dans le programme de différenciation du lymphocyte : on assiste alors à la prolifération clonale de lymphocytes bloqués dans un état de différenciation donné (“clonale” veut dire que toutes les cellules tumorales dérivent d’une seule cellule qui a été cancérisée). En d’autres termes, et de façon schématique, une population de lymphocytes se divise de manière incontrôlée et donne naissance à un grand nombre de lymphocytes identiques qui forment une tumeur.

Il existe plusieurs lignées de lymphocytes qui jouent chacune un rôle spécifique dans la défense de l’organisme. Chaque lignée peut être à l’origine de plusieurs types de lymphomes qui se distinguent par leur aspect microscopique, leur vitesse de croissance et les effets de la tumeur sur l’organisme.

Notre projet est plus particulièrement consacré aux lymphomes dérivés des lymphocytes T. Ici encore, on peut subdiviser ces lymphomes en plusieurs types : leur point commun est cependant d’évoluer de manière très agressive et de mal répondre aux traitements. Étant donné la grande hétérogénéité des lymphomes T, nous avons choisi de restreindre notre étude aux deux types le plus fréquemment rencontrés dans nos pays. Nos travaux actuels sont centrés sur deux thèmes : d’une part, nous tentons de comprendre la signification fonctionnelle de l’infiltration de polynucléaires éosinophiles (une autre variété de globule blanc) observée chez certains patients au moment du diagnostic de lymphome T et son implication sur l’évolution de la tumeur.

D’autre part, nous analysons le profil d’expression des gènes des lymphomes T afin de déterminer les gènes particulièrement actifs ou non dans les cellules tumorales, quelles sont leurs particularités et leurs anomalies. Grâce à cette étude, nous avons mis en évidence une classification “moléculaire” (basée sur l’expression de certains gènes) des lymphomes T en accord avec la classification morphologique et l’origine cellulaire d’un type de lymphome. Ces résultats sont une étape dans la caractérisation les lymphomes T et permettront in fine de mieux cibler les traitements.

Ce travail de recherche associe des équipes de l’ULg, du CHU de Liège, de l’ULB, de l’Institut Bordet et des membres du Groupe d’étude des lymphomes de l’adulte (Gela, France). C’est un programme de recherche fondamentale, destiné à comprendre les altérations génétiques et les mécanismes qui sous-tendent la formation et l’évolution des lymphomes T, ce qui est la seule voie pour progresser et développer des traitements. Ce projet est soutenu par le FNRS, mais le coût de ce type de recherche est très élevé. Dès lors, l’aide complémentaire obtenue grâce à l’opération Télévie est indispensable pour le mener à bien. C’est la raison pour laquelle les chercheurs ont à cœur de remercier le public pour sa générosité en expliquant ce qu’ils font dans les laboratoires et en exprimant les espoirs qui se dégagent de leurs travaux. Chercher est important, mais communiquer sur cette recherche l’est également.

 

Caroline Thielen
collaborateur scientifique -FNRS-Télévie, service d’anatomie pathologique, CRCE

 

Cancer et communication

La relation médecin-malade est une relation humaine complexe, tout particulièrement lorsqu’elle implique des questions vitales, comme c’est le cas en oncologie. De nombreux facteurs de stress peuvent expliquer les difficultés des médecins à établir une bonne relation avec le patient. Il s’agit principalement de l’annonce de mauvaises nouvelles, du contexte hautement émotionnel des consultations avec les patients et leurs proches, et de problèmes éthiques divers. Par ailleurs, la relation médecin-patient a évolué d’une position paternaliste à une attitude prônant l’autonomie du patient. Dans ce modèle de prise en charge plus globale, il s’agit d’informer mais surtout d’interagir et de communiquer. Ainsi les patients sont-ils plus exigeants et en demande d’informations, n’hésitant pas dans le cas contraire à entamer des poursuites judiciaires à l’encontre des médecins. Tous ces facteurs de stress peuvent mener à des conséquences désastreuses : du côté des patients et de leurs proches, une détection insuffisante de leur détresse et une insatisfaction par rapport aux soins, et du côté des médecins, une insatisfaction professionnelle et de l’épuisement émotionnel. La communication est donc au centre de la pratique médicale.

Si l’on veut garantir aux patients et à leur famille la meilleure prise en charge, il paraît important d’optimiser la communication que les médecins établissent avec eux. Ceux-ci sont d’ailleurs de plus en plus sensibilisés à l’utilité de cette communication qui se veut optimale. Les formations à la communication devraient permettre d’améliorer les compétences relationnelles, la compréhension des besoins et le soutien offert aux malades et à leur entourage, ainsi que la satisfaction des patients et des médecins.

Dans ce cadre, notre équipe interuniversitaire (ULg-ULB-UCL) est soutenue depuis 1998 par le FNRS-Télévie. Notre première étude a permis de montrer l’efficacité d’une formation à la communication destinée aux médecins spécialistes sur l’amélioration des stratégies de communication utilisées, sur leur transfert vers la clinique et sur la satisfaction des patients cancéreux. Cependant, elle a montré une efficacité limitée au niveau de la communication avec un patient cancéreux accompagné d’un proche ainsi qu’au niveau du stress professionnel des médecins. Pour dépasser ces limites, une deuxième étude a testé l’impact d’une formation à la communication avec des patients cancéreux et leur famille et à la gestion du stress au niveau psychologique et physiologique chez des médecins candidats spécialistes. Cette étude, dont l’analyse des résultats est toujours en cours, a permis de former une centaine de médecins candidats spécialistes depuis octobre 2003. Enfin, la prise en charge d’un patient atteint d’un cancer implique la coordination de plusieurs disciplines. Dans ce cadre, une troisième étude vient de débuter. Elle vise la formation à la communication interdisciplinaire de quatre équipes de radiothérapie.

Parallèlement aux progrès de la recherche médicale concernant la lutte contre le cancer, des progrès ont été réalisés au niveau de la qualité de vie des patients et de leurs proches. L’impact est positif à la fois pour les patients et leur famille mais également pour les soignants. Cependant, des études sont encore nécessaires dans ce domaine, notamment concernant l’amélioration de la prise en charge interdisciplinaire.

 

Isabelle Bragard
doctorante en psychologie -FNRS-Télévie