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Nos humeurs auraient-elles des causes physiologiques ? Tomberait-on malade à la suite d’un déficit d’hormones ? Si Jean-Jacques Legros, chargé de cours en faculté de Médecine, ne peut répondre de façon irréfutable à ces questions, au moins a-t-il le mérite de se les poser ! « Dès le début de ma carrière, j’ai pensé qu’il fallait concevoir l’être humain de façon holistique, c’est-à-dire en tenant compte à la fois du corps et de l’esprit, explique-t-il. Tous mes travaux ont poursuivi ce but et je suis très heureux de constater que cette approche, mal comprise voire décriée dans les années 1970, est aujourd’hui partagée par nombre de mes confrères. »
Psycho-neuroendocrinologie
Admis au département de médecine interne dès la fin de ses études en 1967, Jean-Jacques Legros fut initié à l’endocrinologie par le Pr Paul Franchimont. A l’aube des années 1970, il crée alors le premier service de consultation d’endocrinologie à l’hôpital d’Ougrée. Responsable de l’organisation des Polycliniques d’endocrinologie de médecine A de 1978 à 1981, il participe à l’essor de la science des hormones en général. Un pied au CHR de la Citadelle et un autre au CHU, le chercheur a mené parallèlement des études très poussées en psycho-neuroendocrinologie. Il a également élaboré des méthodologies d’exploration neuroendocrinienne précises, reproductibles et utilisées dans le monde entier. En particulier la démonstration de la présence du précurseur de gros poids moléculaire de la vasopressine et de l’ocytocine, les neurophysines dans le sang circulant et l’utilisation de ce dosage en recherche fondamentale et en clinique, fut une première mondiale largement confirmée.
« C’est en 1967 que j’ai commencé à mener des recherches en psycho-neuroendocrinologie, précisément sur l’intégration des fonctions endocriniennes au sein des systèmes d’homéostasie avec ses répercussions neurologiques et psychologiques, poursuit-t-il. Je vous donne un exemple : un enfant déprisé affectivement, qui a très peu de contacts avec ses parents, ne grandira pas beaucoup, même s’il est bien nourri. » Pour quelle raison ? Parce que l’enfant n’a pas produit assez d’hormone de croissance, ce qui a freiné son développement. A contrario, un enfant vivant dans un milieu épanouissant, libérera une grande quantité d’hormones de croissance, ce qui permet une évolution physique harmonieuse.
Le domaine de recherche est vaste. En collaboration avec le Pr Christian Mormont, notamment, Jean-Jacques Legros travaille sur la relation neuroendocrinienne chez des patients souffrant d’impuissance sexuelle “psychogène” et avec le Pr Marc Ansseau, poursuit une recherche sur l’utilisation des tests neuroendocriniens en neuropsychiatrie.
Hormones et comportement
L’étude des conséquences psycho-neuroendrocriniennes de l’exposition aux champs électromagnétiques constitue encore une des spécificités de son laboratoire. Avec le service d’électricité de l’ULg – notamment avec le Pr Jean-Louis Lilien de l’Institut Montefiore – et sous la direction de Marion Crasson, chargée de recherche à la faculté de Médecine,
« nous réalisons des études sur l’hypersensibilité de certains patients aux champs électromagnétiques et nous nous interrogeons , sur le rôle que pourrait jouer la mélatonine (hormone épiphysaire) sur les conséquences possibles de l’exposition aiguë aux champs électromagnétiques ».
Ses toutes dernières recherches portent sur l’anxiété et la dépression : « Nous avons démontré scientifiquement qu’une élévation d’une hormone, l’ocytocine, a un effet sur la diminution du stress et sur le comportement. » De quoi intéresser psychologues, psychiatres et pharmaciens.
Plus de 300 publications sont à mettre à l’actif de J.-J. Legros et de son équipe ; la plupart dans des revues internationales telles que Lancet, Science ou Nature. « La revue internationale Psychoneuroendocrinology dans laquelle j’ai publié deux articles et dont je suis membre de l’Editorial Board a maintenant dépassé 35 ans d’âge et son facteur d’impact de 4,4 est tout à fait honorable. »
A l’heure où les pas du chercheur quittent l’Université, la psychoendocrinologie est véritablement une devenue une discipline à part entière, une nouvelle approche du cerveau et de la compréhension du comportement humain…
Samuel Ledoux
| Contacts : site www.famenoe.ulg.ac.be |
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