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Rétif à toute définition digne de ce nom, l’art contemporain reste un continent méconnu pour le commun des mortels. Le fait est encore plus patent pour celui qui s’épanouit dans les endroits où se côtoient les styles des autochtones et de différents autres groupes culturels, comme c’est le cas de l’Australie contemporaine. Il y aurait donc là-bas une floraison artistique particulièrement dynamique et intéressante dont nous n’aurions pas ou que peu conscience… ?
La revanche des genres
« Tout à fait, répond Lucienne Strivay, spécialiste de l’anthropologie de la nature et des systèmes symboliques, enseignante à l’ULg. Longtemps méconnu, ou tout au mieux considéré comme une production artisanale folklorique et locale, l’art des Aborigènes émergea en Australie il y a quelque 60 000 ans et, depuis, n’a jamais cessé d’évoluer au gré de l’Histoire. » Deux siècles d’oppression coloniale et de politique d’acculturation ont beau avoir profondément modifié les groupes aborigènes, toute une culture autochtone s’est maintenue, grâce à leurs extraordinaires capacités d’adaptation et de création. « Au point que, de nos jours, l’art aborigène contemporain est devenu un des courants artistiques les plus importants », constate Lucienne Strivay. Raison pour laquelle, en étroite collaboration avec Géraldine Le Roux (de l’association Diff’Art Pacific), de Stéphane Pennec (d’Ainu) et de Dominique Mathieu (Les Brasseurs, espace d’art contemporain), elle a tenu à mettre sur pied l’exposition “La revanche des genres. Approche de l’art contemporain australien”, événement qui aura pour cadre, du 13 octobre au 10 novembre prochains, l’Espace Brasseurs à Liège.
Pourquoi ce titre ? L’expo remet en cause les catégories en vigueur – arts premiers, arts traditionnels, arts contemporains –, lesquelles sont à cette occasion littéralement démontées et mises en dialogue. C’est que les artistes australiens sont en interaction, qu’ils soient aborigènes, métis, anglo-saxons ou issus des diasporas samoanes, maori et vietnamiennes.
C’est notamment grâce aux peintures du désert, faites sur le sol et figurant des cartes topographiques, qu’ils ont pu attester de leur très ancienne présence et partiellement récupérer des portions de territoire “colonisées”. Dans les communautés, des artistes
– autant femmes qu’hommes – se sont réappropriés des pratiques anciennes pour affermir leur place et leur présence sur la scène politique. La peinture aborigène s’est mise à compter vraiment sur le marché international de l’art à partir des années 70. Après avoir transposé les peintures sur sol et sur corps sur de nouveaux supports comme des toiles de jute et de vieux panneaux, les artistes ont adopté l’acrylique et de nouvelles gammes de couleurs. Au sable, au corps et à la roche sont même venus s’ajouter la photographie, la vidéo et le net, signe tangible d’un décloisonnement des genres faisant progressivement évoluer un art ancestral jusque-là “réservé” par la tradition.
Multimédias
Porteurs d’une conception de l’espace-temps où tout est mouvement, où l’on ne trouve pas un seul point nodal organisateur, où dedans et dehors, dessous et dessus ne sont pas simplement opposés et exclusifs ou même en relation dialectique, mais pensés comme simultanément continus et discontinus, les Aborigènes se sont coulés “naturellement” dans le multimédias. L’exposition aux Brasseurs témoignera de cette évolution : des œuvres de 24 artistes de l’avant-garde océanienne y seront présentes. « Mieux qu’un catalogue, un livre collectif bilingue illustrera la richesse et la dynamique de ces parcours croisés, loin des stéréotypes stérilisants. Autant que l’expo, il s’adresse aussi bien aux simples curieux qu’aux amateurs les plus exigeants », conclut Lucienne Strivay, cheville ouvrière liégeoise de cette prometteuse initiative.
Henri Deleersnijder
L’exposition “La revanche des genres. Approche de l’art contemporain australien” est accessible à l’Espace Brasseurs (rue des Brasseurs 6, 4000 Liège) du 13 octobre au 10 novembre, du mercredi au samedi de 15 à 18h et sur rendez-vous. Différentes activités et manifestations sont prévues en rapport avec la thématique abordée par l’exposition. Elles auront lieu à l’université de Liège, salle académique et salle Gothot, ainsi qu’aux cinémas Le Parc et Churchill. Contacts : tél. 04.221.41.91,
courriel les.brasseurs@skynet.be, |
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