![]() |

Si la plupart des recherches dans le domaine des sciences humaines s’étalent rarement au-delà de cinq ans, l’étude “Grandir en l’an 2000” est un cas à part. Il faut dire que consacrer 20 ans à une seule et même recherche est une démarche assez surprenante. Viviane de Landsheere et Débora Poncelet commentent cette expérience unique en Europe, menée par l’actuelle unité d’analyse des systèmes et pratiques d’enseignement de la faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation.
« Cette durée se justifiait par l’objectif principal de l’enquête qui tente d’identifier quelles expériences sont propices ou au contraire préjudiciables au développement optimal de l’individu. Une étude longitudinale et de longue haleine s’imposait donc. » Les chercheuses pointent également l’autre particularité de l’étude : « On assure un suivi de près de 400 enfants depuis 1989. L’idée consiste à traiter conjointement les deux domaines essentiels de la vie de l’enfant, à savoir la famille et l’école. » A raison de deux rencontres par an avec chaque enfant au début de la recherche et d’informations recueillies de façon annuelle par la suite auprès des écoles et des familles, la somme d’informations recueillies est impressionnante et son traitement délicat.
Des résultats surprenants
Etalée sur deux décennies, l’étude – qui s’achèvera donc en 2009 – a vu défiler de nombreux chercheurs mais qui ont toujours gardé en ligne de mire trois objectifs principaux : analyser et expliquer le parcours scolaire et social des enfants, cerner les événements et les éléments qui stimulent ou freinent la trajectoire durant le cursus et identifier les expériences éducatives qui exercent l’influence la plus déterminante sur la réalisation des potentialités de l’enfant. Bien que n’étant pas encore terminée, la recherche a déjà permis de tirer plusieurs conclusions qui tordent le coup à quelques idées reçues. Ainsi, une large majorité des écoliers disent aimer l’école et ont même intériorisé son utilité. Dès l’école primaire, ils paraissent préoccupés de leur avenir professionnel sans toutefois bien cerner ce que leurs parents attendent d’eux. Autre élément mis en avant par l’enquête, la reproduction des schémas négatifs véhiculés par les parents justement. Dans la mesure où ceux-ci n’aimaient pas l’école et ne comprenaient pas son utilité, l’enfant réagira de la même manière et les relations avec les enseignants s’en trouveront affectées. Cette influence des parents renforce encore les disparités sociales qui continuent toujours à être reproduites au sein de l’école.
Dire ce qu’on pense
Si pour atteindre le mythe du “bon élève” les enfants avancent en premier lieu la discipline, la réflexion est reléguée au second plan. « Quelle est la place laissée à l’esprit critique, aux capacités d’observation et de résolution des problèmes, credo des socles de compétences ? Dans le milieu scolaire comme dans le milieu familial, le développement d’un enfant s’adaptant aux contraintes du monde extérieur semble primer sur sa capacité à créer des solutions alternatives aux problèmes rencontrés dans la vie quotidienne. » L’équipe de recherche pointe également “la pédagogie de l’erreur”, reliquat de la prédominance du contrôle dans les stratégies éducatives privilégiées par les adultes. En sanctionnant systématiquement l’erreur, en interdisant les essais personnels, on ne permettrait pas à l’enfant scolarisé de développer son autonomie, voire sa confiance en lui.
Partant du postulat que les enfants sont aussi capables d’introspection et d’esprit critique, l’étude “Grandir en l’an 2000” insiste sur la nécessité de donner la parole aux enfants, qui ne sont finalement que le centre des pratiques éducatives, pour leur permettre d’être des acteurs à part entière de leur propre formation.
François Colmant
|
|