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Réunion des recteurs européens à Liège

L’université de Liège a signé la Déclaration de Berlin ainsi que la pétition pour l’accès libre (Open Access ou OA) aux résultats des recherches effectuées avec des fonds publics européens. L’ambition est d’utiliser les possibilités exponentielles d’internet pour véhiculer les résultats des recherches et ce, en conjuguant deux avantages appréciables : rapidité et absence de coût pour le lecteur. Le recteur Bernard Rentier souhaite effectuer un pas supplémentaire en ce sens.

Dorée ou verte

« Pour permettre un développement significatif de l’Open Access, il faut une implication réelle de chaque acteur concerné et ne pas laisser la responsabilité de ce choix sur le seul chercheur. C’est pourquoi nous avons invité au château de Colonster l’ensemble des recteurs et présidents d’université qui ont signé la Déclaration de Berlin ou la pétition européenne, explique Paul Thirion, responsable du réseau des bibliothèques. La réunion se tiendra le 18 octobre prochain et aura pour objectif de concrétiser les intentions déclarées en mettant en place un modèle européen en matière de dépôt institutionnel qui pourrait être adopté dans toutes les universités d’Europe. »

L’Open Access se décline en deux axes complémentaires. L’idéal (on dit aussi la “Voie d’or”) serait que désormais toute la production scientifique ayant reçu l’aval d’un comité scientifique, soit mise directement et gratuitement en ligne. Des milliers de périodiques fonctionnent déjà sur ce modèle. Et tandis que certains hésitent encore, on constate que les revues en OA, plutôt jeunes pourtant, ont un facteur d’impact très élevé. « Parfois autant, voire plus élevé que les revues traditionnelles, s’enthousiasme le directeur des bibliothèques. La visibilité dont jouissent ces publications induit inévitablement un très grand nombre de citations. Je pense que cet argument finira par convaincre les plus récalcitrants. » D’autant que les coûts des revues scientifiques s’envolent chaque année…

Qui, dans ce cas, assumerait les coûts inhérents à cette publication on line ouverte ? Soit des institutions publiques (FNRS, universités, etc.) qui financent ces revues, soit l’auteur lui-même. C’est ce qu’on appelle le modèle “à coûts inversés” qui pourrait être facilité si on veille à intégrer directement ces frais dans le financement de la recherche.

La “Voie verte” est sans doute plus facile à mettre en œuvre encore. Elle suppose que l’on mette en ligne en Open Access les articles acceptés par les revues sur des serveurs d’archives institutionnels ou serveurs thématiques. « Certains éditeurs imposent parfois un embargo, poursuit Paul Thirion, mais ce n’est pas un réel problème. L’essentiel étant que le plus grand nombre de papiers soient mis à la disposition des chercheurs du monde entier le plus rapidement possible et sans frais. »

Il existe déjà plus de 900 serveurs d’archives Open Access dans le monde, interopérables, ce qui permet leur recherche fédérée, évitant par là de devoir passer individuellement sur chacun d’eux pour repérer les documents que l’on cherche. Cela représente des millions de documents. Les estimations actuelles indiquent qu’environ 15% de la littérature scientifique mondiale seraient déjà disponible sous cette forme. Mais il faut encore aller plus loin pour rendre le mouvement irréversible.

Mandat européen

Pionnière dans ce combat qui vise à rendre aux savants le contrôle total de leurs recherches tout en mettant le savoir et le développement des connaissances à la portée de tous, l’université de Liège veut créer un mouvement dynamique en faveur de ce nouveau système de publications. « Si demain chaque chercheur européen mettait en ligne ses articles – comme l’imposent déjà le National Institutes of Health (NIH) américain, le Wellcome Trust anglais, le FWO en Flandre et (bientôt sans doute) le FNRS –, conclut Paul Thirion, la recherche en serait singulièrement facilitée ! »

Les recteurs sont attendus au château de Colonster le 18 octobre. « Concertées et unies dans une même revendication, les universités auront, c’est certain, plus de poids », poursuit Paul Thirion. Le fait que les universités européennes s’associent pour proposer aux scientifiques un modèle clair en matière de dépôt institutionnel de leurs publications placerait ceux-ci dans un cadre plus serein et faciliterait largement le véritable changement de paradigme du mode de communication scientifique auquel on est en train d’assister.

La réunion précèdera de quelques semaines le lancement de la digithèque de l’ULg qui répertorie non seulement les articles récents mais encore tous ceux parus depuis 2002. L’ULg, décidément, montre la voie…

 

Patricia Janssens