The new Belgian Tiger

Retour d’Irlande


Jacques Verly
(c) ULG - Jean-Louis Wertz

Tôt le matin du lundi 8 octobre, les radios d’une société liégeoise de taxis annonçaient à tout qui voulait l’entendre que le recteur Bernard Rentier et sa délégation (Gustave Moonen, Michel Morant, et moi-même) devaient se rendre à Melsbroeck pour le départ de la visite d’Etat du Roi et de la Reine en Irlande. Après diverses péripéties et un trajet de deux heures et demie dans un brouillard et des embouteillages denses, le groupe arriva enfin sur un aéroport déjà en effervescence malgré sa chape de brume : motards, soldats alignés face à l’Airbus de la Force aérienne, fanfare, tapis rouge, etc. Dès le couple royal à bord, l’avion se mit en route dans la purée de pois. J’ai appris plus tard que l’appareil était heureusement équipé d’un système d’atterrissage CAT IIIb ne nécessitant qu’une visibilité horizontale de 50 m pour décoller ...

Qui se trouvait à bord ? Les suites officielle (18 personnes), technique (7), économique (22), académique (28) et presse (28); plus deux musiciens, dont le récent lauréat belge du concours Reine Elisabeth. Nous avions été conviés le vendredi précédent, à un briefing au Palais royal où l’on nous avait présenté le programme détaillé du voyage. Cette réunion avait été mise à profit par les membres de la délégation académique pour harmoniser leurs violons quant aux présentations qui seraient faites sur les thèmes de l’ingénierie biomédicale et la médecine regénérative, avec un accent sur les processus de valorisation industrielle de la recherche. La glace entre néerlandophones et francophones se brisait déjà : un accord pour mêler les communications afin de faire une présentation commune était vite trouvé.

Cette cohabitation forcée entre collègues des trois régions du pays, dans une retraite lointaine, a eu de retombées inestimables. Sans interférence politique aucune, les participants ont eu l’occasion de s’apprécier mutuellement et d’échanger quelques propos sur l’état du pays, dont les problèmes apparaissent bien mesquins vus de loin, et en particulier de l’Irlande qui a su surmonter problèmes et divisions.

Le ballet des réunions, réceptions et repas commença rapidement. Nous avons fait connaissance avec le “Celtic Tiger”, nom donné à l’essor économique sans précédent que connut l’Irlande dans les années 90  avant de s’essouffler après le 11 septembre 2001, et de reprendre son élan en 2003. De nombreux facteurs ont contribué à ce développement, qui a hissé l’Irlande en haut du classement des régions les plus riches d’Europe. Les plus importants sont probablement, pêle-mêle, une politique fiscale très avantageuse, des crédits européens, l’anglais comme langue nationale, les affinités particulières avec la diaspora irlandaise établie aux USA, l’accès privilégié aux capitaux américains, une habitude d’austérité, une politique agressive de développement de l’enseignement supérieur en collaboration étroite avec l’industrie, et le la mise en place d’une voie d’accès rapide entre Londres et les ports vers l’Irlande.

Est-ce une coïncidence si, depuis le début du boom en 1990, les présidents d’Irlande sont des femmes (Mary Robinson et Mary McAleese) ? Peut-être devrait-on plutôt parler de “Celtic Tigresses” ...

Le mercredi 10 octobre, dernier jour du voyage, cérémonie de départ, avec fanfare et coups de mousquet. Durant le vol aller vers Dublin, je m’étais dit que, si la Belgique pouvait fonctionner sans gouvernement, il n’était pas exclu que l’avion de la force aérienne puisse fonctionner sans pilote. Pour en avoir le cœur net, j’ai demandé à rencontrer les pilotes alors que nous attendions patiemment l’arrivée du couple royal. Après diverses discussions techniques et évocation de souvenirs, ils m’ont invité à faire le trajet de Dublin à Shannon dans le cockpit. Je crois que le recteur Rentier était soulagé de savoir que l’ULg veillait dans le cockpit sur la sécurité du couple royal et des Recteurs belges ...

A Shannon – la ville de l’Irish Coffee et du concept du hors-taxes – nous avons participé à l’inauguration de la nouvelle usine d’UCB et à des présentations organisées par le Shannon Development et l’université de Limerick. A l’issue de l’inauguration, les recteurs et industriels belges présents se sont engagés à redonner à la Belgique son aura en matière d’enseignement, de recherche et de développement industriel, et ceci par-delà les conflits linguistiques qui apparaissent une fois de plus bien ridicules vus de l’étranger. J’ai d’ailleurs suggéré au recteur Rentier de donner à cette initiative le nom de Belgian Tiger, ce qu’il s’est empressé de faire sur son blog.

 

Jacques Verly
Professeur à l’Institut Montefiore