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Gouverner sans gouvernement
Jamais l’absence de gouvernement n’aura autant mis en évidence l’importance de la question de la gouvernance ou de la “gouvernementalité” au sein de notre pays, constate Didier Vrancken, professeur de sociologie et président de l’Institut des sciences humaines et sociales, dans une carte blanche qu’il signe dans Le Soir (18/10). Il précise son propos : Nous vivons dans l’ère d’un “Etat à distance”, caractérisé par un mouvement apparent de retrait de l’Etat, mouvement appuyé sur un intense développement de ces acteurs intermédiaires de l’action publique [les communes, CPAS, intercommunales, services publics provinciaux, régionaux, les hôpitaux, universités, ASBL, fédérations de services, entreprises…]. La gouvernementalité de cet “Etat à distance” reposerait sur le développement considérable de services mais aussi de technologies sociales implantées dans la société libérale et invitant les individus à intervenir sur eux-mêmes, à s’ajuster les uns aux autres. Aujourd’hui, cet “Etat à distance” trouverait en Belgique un point d’orgue, à travers la crise que nous traversons et la figure tant décriée de “l’Etat absent”.
Immigration choisie
La Commission européenne propose l’instauration d’une “carte bleue” européenne qui permettrait aux Etats européens d’accueillir les travailleurs étrangers dont ils ont besoin, une “immigration choisie” en quelque sorte, comme elle se pratique déjà au Québec par exemple. A court terme, c’est une politique qui semble logique, parce que l’Union européenne recherche des travailleurs pour certains secteurs (…), observe Marco Martiniello, directeur du Centre d’études de l’ethnicité et des migrations (Cedem), interrogé dans La Libre Belgique (24/10). Le patronat part du principe que si on ne peut pas répondre à une demande en terme d’emploi, l’Europe ou le pays concerné risque de prendre du retard et d’être entraîné dans une spirale négative. Mais le sociologue invite aussi l’Europe à dépasser cette seule vision utilitariste. L’immigration se justifie aussi par des questions morales et humanitaires. Fixer des quotas de réfugiés, par exemple, est un détournement de la philosophie du droit international. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose que les Etats membres de l’UE favorisent l’immigration, mais ça le devient si cela limite les quotas de réfugiés ou le regroupement familial.
Mémoire de l’effroi
Philippe Raxhon, professeur de critique historique, interrogé par Le Soir (20/10) sur l’initiative du président française de faire lire dans les écoles la lettre d’adieu de Guy Môquet, jeune résistant communiste fusillé en 1941. Quand le dernier rescapé d’Auschwitz mourra – c’est demain –, si nous n’avons pas conservé et surtout transmis notre capacité d’effroi, si l’indifférence rampante a pris le pas sur une vigilance déclinante, alors je ne donne pas cher de la peau de nos enfants.
D.M.
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