Génie nucléaire

De mauvaise presse en bancs désertés

Depuis plusieurs années, les étudiants boudent la spécialisation en génie nucléaire proposée en faculté des Sciences appliquées. En cause ? La désaffection générale pour les études en sciences et en sciences appliquées, mais aussi la mauvaise presse subie par le nucléaire : Tchernobyl, énergies renouvelables, développement durable, possible fermeture des centrales, etc., ne favorisent pas le choix d’une telle spécialisation. Cette diminution du nombre d’étudiants entraîne une réduction progressive de l’effectif académique en ingénierie nucléaire puisque les universités investissent moins dans les filières qui n’ont pas la cote auprès des étudiants.

Kyoto

Face à ce constat, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les Etats membres de l’Union européenne, la Commission européenne et d’autres institutions internationales craignent une perte de compétence en Europe dans le domaine du nucléaire, alors que les besoins sont énormes. En Belgique par exemple, 55% de l’électricité provient du nucléaire. De plus, dans les pays de l’OCDE, le recours à l’énergie nucléaire permet de réduire d’un tiers les émissions de CO2 dans l’atmosphère, aidant ainsi à satisfaire les objectifs du protocole de Kyoto. C’est la raison pour laquelle Jacqueline Lecomte-Beckers, chargée de cours en sciences des matériaux à l’ULg et actuelle présidente du Belgian Nuclear Higher Education Network (BNEN), se montre catégorique :« Il est primordial de maintenir un savoir-faire en génie nucléaire. La majorité des centrales actuelles seront encore en activité pendant une à trois décennies et la gestion de leurs déchets s’étalera sur un plus long terme encore. Sans oublier que des centrales d’une nouvelle génération pourraient voir le jour. Il y a donc un besoin urgent de personnes dotées d’une formation de qualité en nucléaire. »

Des initiatives sont prises pour contrer cette érosion estudiantine. En Belgique, plusieurs universités francophones et flamandes se sont associées autour du Centre d’étude de l’énergie nucléaire (SCK-CEN) de Mol pour créer un programme de spécialisation en génie nucléaire attractif et de haut niveau. C’est ainsi qu’est né, en 2001, le BNEN qui regroupe aujourd’hui – en plus du SCK-CEN – six universités dont celle de Liège. Pour sa sixième année consécutive, le BNEN propose une maîtrise complémentaire (3e cycle) en génie nucléaire reconnue et financée par la Communauté française de Belgique, avec une possibilité de bourse pour les étudiants. Les cours sont donnés en anglais au centre de Mol, lequel met ses installations spécialisées à disposition. Il est en effet équipé de chambres blindées, de laboratoires spéciaux et de deux réacteurs expérimentaux qui permettent l’organisation des travaux pratiques spécialisés.

Audacieuse, la création du BNEN se révèle être une réussite : 14 étudiants s’étaient inscrits en première année, 26 en 2006-2007. « Notre master rencontre un public varié, souligne Jacqueline Lecomte-Beckers. La moitié de nos étudiants travaillent déjà dans des centrales nucléaires. D’autres proviennent d’organisations gouvernementales ou d’industries qui ne sont pas productrices d’électricité, comme les industries de transformation des déchets nucléaires. Les personnes sans travail au moment où elles entament le BNEN, comme les jeunes diplômés, représentent un tiers de nos étudiants. Le BNEN a une dimension internationale puisqu’il accueille chaque année plusieurs étudiants étrangers. Il est évident que nous refusons les étudiants venant de pays qui n’ont pas signé le traité de non-prolifération des armes atomiques. »

Un master belge

Le BNEN est un consortium interuniversitaire belge qui sert désormais de prototype à l’échelle européenne, notamment depuis la création en 2003 du Belgian Nuclear Higher Education Network (ENEN). Cette association d’universités et de centres de recherche de 16 pays européens œuvre également pour la préservation et le développement d’une formation et d’une expertise en sciences nucléaires. Financée par la Commission européenne, elle délivre un master européen (2e cycle) en génie nucléaire et promeut les échanges d’étudiants entre laboratoires.

 

Elisa Di Pietro

Contacts : tél. 04.366.91.93, courriel jacqueline.lecomte@ulg.ac.be