Liège, Cité ardente

Huit siècles d'histoire au sein d'une Principauté indépendante de l'Empire germanique ont contribué à forger "l'esprit liégeois" : fier et tenace, volontiers railleur et frondeur, chaleureux et accueillant.

Une marionnette, célèbre dans la "Cité ardente", résume ces traits de caractère, c'est Tchantchès dont la verve caustique en a égratigné plus d'un avec sa langue qu'il ne sait pas tenir en poche, ce qui lui a valu à maintes reprises de se fourvoyer dans des situations inextricables. Tchantchès, à l'image des Liégeois...

Un peu d'histoire

Le destin de Liège s'est scellé le jour où Lambert, évêque de Tongres, y fut assassiné au début du VIIIe siècle. Liège n'est alors qu'un petit bourg sis au confluent d'un ruisseau, la Légia, et d'un des nombreux bras de la Meuse. Sur ce promontoire (aujourd'hui la fameuse place Saint-Lambert), à l'abri des crues, on trouve des traces d'activités humaines depuis plus de 80000 ans (raison pour laquelle les archéologues s'intéressent tant à ce site). Mais ce n'est qu'à la faveur de cet assassinat que Liège prend véritablement son essor. Très vite, en effet, les pèlerins se ruent à Liège, lieu du martyr de Lambert, à tel point que son successeur, Hubert, décide d'y transférer la capitale du diocèse. Conséquence : la bourgade se peuple de nombreux religieux entraînant dans leur sillage commerçants et artisans, les premiers clochers apparaissent dans son ciel, Liège grandit rapidement et prend l'allure d'une véritable petite ville ecclésiastique.

Puis, en 972, arrive Notger, son nouvel évêque. Selon les chroniqueurs, "Liège doit Notger au Christ et le reste à Notger". Avec lui, en effet, Liège n'est plus seulement la capitale d'un diocèse mais aussi celle d'un Etat, une Principauté, qui, quoique intégrée dans le Saint-Empire germanique, va gérer ses affaires en toute indépendance pendant plus de 800 ans ! A sa tête : un prince-évêque qui détient à la fois le pouvoir religieux et le pouvoir civil. A son heure de gloire, la Principauté de Liège couvrira près d'un tiers de la Wallonie actuelle avec des ramifications dans le Limbourg flamand et hollandais ainsi que dans les Ardennes françaises.

Notger, premier prince-évêque, est un bâtisseur. Autour de la ville, il fait construire une enceinte fortifiée tandis que sur ce qui ne s'appelait pas encore la place Saint-Lambert, un palais et une cathédrale voient le jour. Aujourd'hui, le palais trône toujours fièrement sur la place (mais il ne ressemble plus en rien au premier palatium), par contre, la cathédrale a subi les foudres des révolutionnaires français qui l'ont complètement dépecée. C'était pourtant, disent les historiens de l'art, une merveille de l'Occident... Deux siècles plus tard, telle une sanction de l'Histoire, la place est toujours en chantier. On lui promet un bel avenir mais elle est devenue, aux yeux des étrangers et des Belges, le lieu symbolique des discordes liégeoises.

Le mot liberté a toujours, il est vrai, résonné avec une sonorité particulière dans les oreilles des Liégeois. C'est en son nom qu'ils ont de tout temps revendiqué, contesté, résisté. Comme Tchantchès, leur tête est de bois mais leur langue ne l'est pas. Au point parfois de désunir leurs efforts... Mais c'est aussi cet entêtement qui leur a permis d'obtenir très tôt du prince-évêque des chartes garantissant des droits importants pour les personnes et pour les corporations de métiers. Le Perron, sur la place du marché, symbolise ainsi l'attachement des Liégeois à leurs libertés.

Au XVIIIe siècle, les idées libérales des "Lumières" ont trouvé en bord de Meuse un terrain fertile. Comment s'étonner dès lors que Liège ait vécu également en 1789 sa propre révolution, dite "heureuse" car, au contraire de sa mère parisienne, elle n'a pas fait rouler les têtes ?

Elle annonçait pourtant la fin de l'indépendance liégeoise. En effet, les territoires de la Principauté seront bientôt séparés et annexés successivement à la République française (1795-1815) et au Royaume des Pays-Bas (1815-1830). En 1830, de nombreux Liégeois participeront à une autre Révolution, celle qui donnera vie à la Belgique.

Une ville à dimension humaine

Aujourd'hui, Liège est la grande métropole wallonne et la troisième agglomération urbaine de Belgique. Elle compte 200 000 habitants (pour 620 000 dans l'agglomération et un million dans la province). Elle est au coeur de l'Euregio Meuse-Rhin, qui regroupe les villes de Maastricht, Aachen et Hasselt. Si Liège n'est plus la capitale d'un État, elle conserve néanmoins des missions importantes : politiques (chef-lieu de la Province), économiques (le site du Vertbois est le siège des institutions à vocation économique de la Région wallonne), judiciaire (Parquet, Cours et Tribunaux), éducative (réseau dense d'écoles secondaires et supérieures), culturelle, etc.

Le Palais des princes-évêques accueille dorénavant le Gouverneur de la province de Liège, une partie de son administration, ainsi que les services du ministère de la Justice. La présence d'un évêché perpétue la tradition religieuse de la ville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
Université de Liège
Mars 2005 - Cellule Internet