Aperçu historique de Malmedy

par Robert CHRISTOPHE

Depuis 1920, Malmedy fait partie de la Belgique (de la Belgique au sens moderne du terme évidemment) et voilà plus de septante ans maintenant que — il faut bien l’avouer, Malmedy et Malmédiens sont méconnus des " anciens belges " — pour utiliser une expression qui fut longtemps en usage ici pour désigner ceux desquels nous devînmes les compatriotes après la grande guerre 1914-1918.

Certes, nous sommes appréciés — notre territoire surtout — de la plupart des "vrais belges" (ceux d’origine), mais l’esprit malmédien, notre mentalité en quelque sorte, est jugée de maintes façons, rarement — sinon jamais — à sa juste valeur.

On a raconté et écrit beaucoup de bêtises à notre sujet et on en débite encore tous les jours.

Notre histoire est tout à fait particulière, c’est vrai ! Mais elle n’est pas aussi compliquée qu’on l’imagine souvent. Nous ne constituons pas une " curiosité historique " ! Même si nous nous distinguons par le fait de n’avoir jamais fait partie des Pays-Bas, de n’avoir jamais subi ni le joug bourguignon, ni la domination espagnole, ni l’administration autrichienne. Nous n’avons pas participé à la révolution de 1830, ni connu la joie de recevoir le Congo en cadeau de Léopold Il.

Je ne vais pas vous retracer en détails l’histoire de l’abbaye et de la Principauté de Stavelot-Malmedy. Vous la connaissez ! Je crois cependant utile, pour la bonne compréhension de ce que j’exposerai dans la suite, de préciser certaines grandes lignes de ce qui fut le décor de la vie quotidienne de nos ancêtres.

Au milieu du VIIe siècle, Remacle — un moine aquitain — fonde, grâce à Sigebert III et à Childéric Il, l’abbaye de Stavelot-Malmedy dont l’institution allait traverser onze siècles de vicissitudes diverses.

Cette abbaye bénédictine se composait de deux monastères théoriquement sur pied d’égalité, établie à cheval sur la limite de deux diocèses. Stavelot se trouvait dans celui de Tongres (plus tard Liège), Malmedy dans celui de Cologne. C’est ainsi que, si le pouvoir temporel sur l’ensemble était détenu par l’abbé, le pouvoir spirituel était dans les mains de "vestis " dont l’un dépendait de l’évêque de Tongres et l’autre de l’archevêque de Cologne.

Le monastère de Malmedy doit être de quelques années antérieur à celui de Stavelot, c’est en tout cas ce que les historiens et hagiographes admettent généralement, car, outre le fait que les premières chartes citent Malmedy avant Stavelot, c’est du monastère de Malmedy (de Monasterjo Malmunderio...) qu’en 670 la commission nommée par la chancellerie du roi Childéric Il pour définir de manière précise les limites territoriales, partit pour se rendre au Siccus Campus et per viam Mansueriscam entamer un parcours dont les jalons ont déjà fait couler beaucoup d’encre. Cette délimitation du territoire incluait une restriction par rapport à la donation initiale (in stipendiis) mais lui accordait les privilèges de l’immunitaset de l’integritas, soit les caractéristiques de l’alleu.

Les accroissements territoriaux qui allaient suivre se produisirent exclusivement à l’Ouest, Stavelot acquit donc une position plus centrale que Malmedy et devint petit à petit la capitale.

Existait-il ne serait-ce qu’un embryon d’habitat à Malmedy lors de la création de l’abbaye ?

C’est probablement le cas. Le toponyme existait, l’endroit était donc connu et pouvait être habité bien que l’étymologie de " Malmundarium "me paraisse désigner un endroit à éviter. Mal(u)m- und(a)-arium (endroit où règnent des eaux capricieuses) ou plus probablement Malmund-arium (le mauvais confluent par rapport à un autre lieu-dit "hâmôdi", le haut-confluent situé quelques 1500 mètres en amont a l’embouchure du Winborû dans la Warchenne), Malmedy était, en effet, pour ainsi dire impraticable avant la fixation des berges de la Warchenne et son dédoublement, le bief. Ces deux cours d’eau allaient constituer les limites de la " franchise ", terrain gagné sur les eaux et qui de ce fait, avait un statut foncier tout à fait particulier (Inter duas Warchinnas). Nous y reviendrons plus loin. 

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