Aperçu historique de Malmedy

par Robert CHRISTOPHE (II)

Qu’avant la création de l’abbaye, la région de Malmedy ait été germanique, voire germanophone, comme certains l’affirment, c’est possible. La toponymie n’apporte rien de définitif à ce sujet, ni dans un sens ni dans l’autre. Le fait que nous nous soyons trouvés dans l’archidiocèse de Cologne ne démontre rien non plus. On est réduit à de pures conjectures. L’activité, le rayonnement, l’influence bénédictine ont pu facilement jouer un rôle romanisateur, c’est vrai Quoi qu’il en soit, aussi loin que les archives nous permettent de remonter, notre langue et notre mentalité sont romanes

L’existence du monastère entraîna la formation proprement dite et le développement de la cité. Au Xème siècle, la population s’était accrue au point qu’il fallut construire une église paroissiale: Saint-Géréon; c’était en 1007. Jusqu’alors, on s’était contenté d’une absidiole de l’abbatiale, la chapelle Saint-Laurent.

Ce n’est cependant qu’au milieu du XVIe siècle que l’on peut trouver des indices valables sur l’importance de la population. En I 544, Malmedy (la ville) comportait 216 ménages, soit environ 1000 habitants. C’est précisément au cours de ce XVIe siècle que le développement de la cité s’accentua grâce à l’essor de la tannerie. C’est à cette époque que remonte la création de la rue Neuve par exemple. Toujours est-il qu’en 1635, on recensait déjà 633 maisons.

L’essor de notre ville allait cependant être stoppé pour longtemps. Le 4 octobre 1689, un incendie général, allumé par des troupes françaises de la garnison de Luxembourg, sous les ordres du marquis de Catinat, réduisit Malmedy en cendres. Sur six cent soixante maisons qu’elle comportait, six cents furent détruites. Il fallut attendre plus d’un siècle avant que tout ne soit reconstruit.

Pourtant, dès la fin du XVIe siècle, pour obvier aux attaques et incursions de pillards (1587 par ex.), les bourgeois avaient décidé d’entourer leur ville d’une haute muraille complétée de tours et de sept portes. Les travaux débutèrent en 1601 et furent menés rondement puisqu’en 1603,

Malmedy était entièrement fortifiée. Malheureusement, les ouvrages furent en grande partie démantelés par des troupes françaises dès 1658.

Certains historiens ont cru que les fortifications délimitaient la " franchise ". Il n’en était rien. Il est peut-être opportun, sinon utile, de donner un aperçu de la situation juridique de la ville et de ses habitants.

Si l’ensemble du territoire abbatial avait, dès 670, acquis la qualité d’immunitas, par rapport aux autres possessions royales, le monastère constituait, avec ses dépendances immédiates et attenantes, une " immunité " à l’intérieur de la ville elle-même et ce, à l’encontre des habitants.

C’est ainsi que ce qui porte, encore à l’heure actuelle, le nom de " Châtelet " (Tchèslée - castellata - castra) était autrefois entouré d’une muraille de protection: " l’encloître du monastère ". Le " Châtelet " comprenait les bâtiments claustraux, l’abbatiale, les jardins, les communs (ferme, forge, brasserie, moulin etc.), le vivier et s’étendait entre le chemin qui longe le bas de la colline de Livremont (podri l’moustîr), la rue Maîgrave, la Chemin-rue et le Marché.

Le statut d’immunité s’étendait parfois (aux XVIIe et XVIIIe siècles) à la " maison Saint-Quirin " (d’abord hôtel du Saint-Esprit et, actuellement " Le Chambertin ") pour autant qu’elle soit encore occupée par les moines.

La maison Saint-Quirin était une sorte d’hostellerie où, de temps à autre, le chapitre logeait et entretenait jusqu’à leur mort des personnes qui, en échange, avaient fait du monastère leur légataire universel. Cette maison s’élevait à l’angle Est de la Chemin-rue et de la rue Steinbach, là où se trouvait la porte Saint-Quirin par laquelle les pèlerins, réunis sur la Place de Rome, accédaient au Châtelet et à l’abbatiale. Cette porte n’était ouverte qu’à certaines occasions bien précises.

En dépit de l’immunité qui couvrait le Châtelet, le public pouvait le traverser d’Ouest en Est par l’allée actuelle, beaucoup plus étroite à l’époque et qui s’étendait entre deux portes, l’une donnant sur le quartier du vivier, l’autre sur le Marché, et qui étaient fermées, en principe, chaque nuit et systématiquement en période de carnaval.

La " franchise " s’étendait entre les deux Warchennes. Un texte de la fin du XIIe siècle (ou du début du XIIIe) parle de la condition particulière de Quicum que manent Ma/m undarii inter duas Warchinnas (STIENNON, Le Scriptorium). Au XVIe siècle, " la Franchise de Malmedy est confirmée et bornée des deux ruisseaux de la Vaulx et de sur le Faz ", c’est ce que révèle un registre de l’abbaye (A.E.L. Stavelot-Malmedy, 1/582, p.I6).

Ce ruisseau de la Vaulx, c’est le bief qui quitte le cours principal de la Warchenne au bout de la rue Jos.Werson, â Pouhon do /‘Vâ et qui coulait au milieu de la Vaulx, actionnait le moulin du Monastère, alimentait le vivier et regagnait l’eau-mère au confluent Warche- Warchenne.

Le ruisseau dit " du Faz ", c’est l’actuel cours de la Warchenne.

Les ruisseaux se situent tous deux à un niveau sensiblement supérieur au terrain qu’ils confinent. Voilà qui démontrent bien que ce terrain a été en grande partie gagné sur les eaux grâce au travail de fixation des berges. Ce terrain représente une superficie d’environ quinze hectares dont un peu plus d’un hectare et demi se situent en " immunité " (jardins du monastère).

Le bief qui formait la limite Nord de la franchise subsista jusqu’à la fin du XIXe siècle. Il servait d’égout.

Des quartiers anciens tels que Outrelepont, Rahier (rue Cavens), rue Devant l’Etang, le côté Nord de la Vaulx, la Haute Vaulx, étaient " hors franchise ".

Quelques fiefs parsemaient l’ensemble: la cour de Rahier, celle de Waimes, une partie de la maison Villers qui fut la propriété de la famille de Bellevaux, la maison des Podestats. 

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