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UNIVERSITE CATHOLIQUE DE LOUVAIN |
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UNIVERSITE DE LIEGE |
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Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education |
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education |
Violence
à l’école :
Enquête
de victimation dans l’enseignement secondaire de la Communauté Française de
Belgique (2003).
Rapport
de recherche
Catherine Lecocq1, Christelle Hermesse², Benoît Galand1, Barbara Lembo², Pierre Philippot1, Michel Born².
Octobre 2003
Etude interuniversitaire commanditée par le Ministère de la Communauté Française de Belgique, à l’initiative de Monsieur Pierre Hazette, Ministre de l’Enseignement Secondaire et de l’enseignement Spécial (arrêtés du 28 octobre 2002 et du 20 mai 2003 du Gouvernement de la Communauté Française).
1 Unité de Psychologie Clinique : Emotion, Cognition, Santé, Université Catholique de Louvain, 10 Pl. Cardinal Mercier, 1348 Louvain-la-Neuve, tél. : 010/47.43.78., e-mail : pierre.philippot@psp.ucl.ac.be
² Service de Psychologie de la
Délinquance et du Développement Psychosocial, Université de Liège, B33, 3 bd du
Rectorat, 4000 Liège, tél.. : 04/366.22.72, e-mail : mborn@ulg.ac.be
Les auteurs tiennent à
remercier les établissements, les membres des équipes éducatives et les élèves
qui ont participé à cette enquête.
Merci à Pierre De Cocq pour son aide dans l’encodage des données.
Table des matières
1.1. Sélection des établissements scolaires
1.2.a. Sélection du personnel éducatif
2. Descriptif de l’échantillon
2.1. Nombre d’établissements visités
2.2.c. Nationalité des parents.
2.3.d. Statut dans l’enseignement
2.4.b. Type de cours enseignés.
4. Le questionnaire de victimation
4.1.a. Contexte institutionnel
· Inégalités de traitement entre
élèves
· Qualité des relations avec les
enseignants
4.1.b. Vécu personnel d’actes de victimation
4.1.c. Perception
du niveau de violence dans l’école
4.1.d. Conduites
asociales auto-révélées
4.1.f. Echelle
de dépression de Moos
4.1.g. Croyances
et attitudes favorisant le recours à l’agression
4.1.j. Relation
avec les parents
4.1.l. Comportements
prosociaux
4.2. Questionnaire de l’équipe éducative
4.2.a. Le
contexte institutionnel
· Relations avec les collègues
· Climat relationnel avec les élèves
4.2.b. Vécu
personnel d’actes de victimation
4.2.c. Perception
du niveau de violence dans l’école
4.2.d. Le
sentiment d’insécurité
4.2.e. Echelle
de dépression de Moos
4.2.f. Echelle
d’anxiété de Spielberger (STAI)
4.2.g. Echelle
de somatisation
· Pour les enseignants uniquement
4.2.i. Indiscipline
des élèves
4.2.j. Désengagement
professionnel
1. Résultats de l’enquête de 2003
· Les responsables des différents
actes de victimation
1.1.b. Conduites
asociales auto-révélée
1.1.c. Comportements
pro-sociaux
· Facteurs explicatifs des différentes
atteintes vécues par les élèves.
· Facteurs explicatifs des croyances
favorables à l’usage de la violence
· Facteurs explicatifs des
comportements prosociaux
· Facteurs explicatifs des conduites
asociales auto-révélées
· Facteurs explicatifs de la tendance
dépressive
· Les responsables des différents
actes de victimation
· Facteurs explicatifs des
différentes atteintes vécues
· Facteurs explicatifs des
indisciplines vécues
· Facteurs explicatifs de la relation
avec les élèves
· Facteurs explicatifs de la
perception de la violence et de l’insécurité
· Facteurs explicatifs de la tendance
dépressive, de l’anxiété et de la somatisation
· Facteurs explicatifs du
désengagement professionnel
· Fréquence du harcèlement moral
· Caractéristiques de personnes
harcelées moralement
· Profils des personnes harcelées
1.3. Analyses par établissement
2. Evolutions entre l’enquête de 2000 et
l’enquête de 2003
2.1.a. Evolution des victimations
2.1.b. Evolution des autres variables
2.2. Les membres de l’équipe éducative
2.2.a. Evolution des victimations
2.2.b. Evolution des autres variables
2.3. Analyses par établissement
Au cours de l’année scolaire 1999-2000, Monsieur le Ministre Pierre Hazette a commandité la première étude représentative sur l’ampleur des phénomènes de violence scolaire en Communauté française de Belgique. Les précédentes enquêtes réalisées sur la question se limitaient à certaines villes ou sous-régions de Belgique (Bruxelles, Charleroi, Liège) et ne portaient que sur des élèves. De plus, elles présentaient pour la plupart certaines faiblesses méthodologiques (questions, période couverte par l’enquête, analyses statistiques sommaires…) et ne prenaient en compte qu’un petit nombre d’antécédents ou de conséquences potentielles des faits de violence. La première enquête a donc tenté de pallier à ces lacunes pour rendre compte le plus fidèlement possible du phénomène de violence scolaire (Buidin, Petit, Galand, Philippot & Born, 2000).
Cette étude représente le second volet de celle menée en 2000. Elle a notamment pour objectif de déterminer, sur base d’une nouvelle mesure des actes de victimation, l’évolution des phénomènes de violence scolaire au cours des trois dernières années.
Cette enquête, commanditée par Monsieur le Ministre Pierre Hazette, vise à obtenir, d’une part, une nouvelle évaluation, la plus objective possible, de la victimation en milieu scolaire et d’observer, d’autre part, l’évolution des phénomènes de violence scolaire depuis la précédente enquête réalisée en 2000. L’évaluation de ces deux points devrait permettre de définir des priorités politiques pour faire face au problème.
Pour atteindre ces buts, une concertation entre le cabinet ministériel et les équipes de recherche a donné lieu aux objectifs suivants :
- Mesurer et spécifier les phénomènes de violence qui prennent place dans les établissements scolaires ;
- Mesurer et comparer les faits objectifs de violence et le sentiment de sécurité ;
- Comparer le point de vue des équipes éducatives (direction, enseignants, membres des centres PMS, médiateurs, éducateurs, personnel d’entretien) à celui des élèves ;
- Mettre en relation les faits de violence avec des processeurs explicatifs sur lesquels il serait possible d’agir ;
- Mesurer l’évolution des phénomènes de violence à l’école et en dehors de l’école entre la première enquête réalisée en 2000 et la présente enquête.
Afin de constituer un échantillon qui permette au mieux de faire des comparaisons entre les résultats de la présente enquête et celle réalisée en 2000, toutes les écoles ayant participé à la première étude ont été recontactées et invitées à participer à cette nouvelle enquête. Au total, 38 écoles ont donc reçu l’invitation et 24 d’entre elles ont accepté de reproduire l’expérience. L'échantillon ainsi constitué comprend des établissements de différents réseaux de la Communauté française, situés dans tout le territoire de la Communauté et proposant des cours dans les différentes filières à l’exception de l’enseignement spécial.
Pour tenter d’obtenir une évaluation objective du phénomène, l’étude s’intéresse à la fois au point de vue des élèves et à celui des membres de l’équipe éducative. L’enquête porte sur toutes les filières (générales, techniques et professionnelles), les filières artistiques étant exclues de la recherche. Pour des raisons pratiques, l’étude se limite aux niveaux scolaires suivants : 1ères (y compris 1B), 3èmes et 5èmes années secondaires ainsi que les CEFA.
L’enquête a été réalisée dans un souci de confidentialité vis-à-vis des établissements scolaires et des individus. En ce qui concerne les établissements scolaires, l’attaché du Cabinet (F. Stolz) responsable de l’enquête, a été informé de la liste des écoles, afin de pouvoir contacter ces dernières et leur présenter le second volet de l’enquête. Cependant, il a été convenu que, par la suite, le cabinet ministériel n’aurait pas accès aux résultats par école, mais uniquement aux résultats globaux, tous établissements confondus. En effet, le but de l’enquête n’était pas de classer les différents établissements de l’échantillon en fonction de leur niveau de violence mais plutôt de vérifier les hypothèses sur base de statistiques générales. La confidentialité vis-à-vis des participants a, quant elle, été assurée par l’anonymat des données.
L’étude a
fait l’objet d’une collaboration interuniversitaire entre l’UCL et l’ULg.
Pour le ministère :
- François-Gérard Stolz, attaché au Cabinet du Ministre Pierre Hazette
- Nicolas Sonville, attaché au cabinet du Ministre Pierre Hazette
Pour l’UCL :
- Pierre Philippot, Professeur à l’unité de recherche en psychologie
clinique : Emotion Cognition & Santé
- Benoît Galand,
assistant de recherche post-doctorant à la chaire de pédagogie universitaire et
à l’unité de recherche en psychologie de l’éducation et du développement
- Catherine Lecocq,
assistante de recherche à l’unité de recherche en psychologie clinique :
Emotion Cognition & Santé.
Pour l’ULg :
- Michel Born,
Professeur au service de psychologie de la délinquance et du développement
psychosocial
- Barbara Lembo, assistante de recherche au service de psychologie de
la délinquance et du développement psychosocial
-
Christelle Hermesse, assistante de recherche
au service de psychologie de la délinquance et du développement psychosocial
Afin de
constituer un échantillon le plus proche possible de celui de l’enquête de
2000, les établissements sélectionnés pour participer à cette dernière ont été recontactés. Cette précaution dans la sélection des écoles
a également pour objectif de permettre de meilleures comparaisons entre les
résultats observés en 2000 et la présente étude.
Rappelons
qu’en 2000, l’échantillonnage a été réalisé en deux étapes. Pour commencer, les
implantations ont été sélectionnées selon une probabilité proportionnelle à la
taille de celles-ci. Ensuite un nombre constant d'élèves était prélevé dans
chaque implantation retenue. Cette procédure a permis d'obtenir un échantillon
auto‑pondéré. Il a été assuré que chacune des filières, les grandes
villes de la Communauté (provinces), le milieu rural et urbain et les réseaux
d’enseignement soient représentés dans l’échantillon.
Concrètement,
cinquante implantations ont été sélectionnées de la manière précisée ci-dessus.
Quatre implantations supplémentaires ont été ajoutées afin d’assurer la
couverture des CEFA. 38 des 54 établissements ainsi sélectionnés ont accepté de
prendre part à l’enquête.
Rappelons
également qu’en 2000, le fichier de recensement des écoles, créé lors de
l’étude sur l’élaboration de critères pour la discrimination positive, a été
utilisé. Malgré la prise en compte de cette information, il n’a aucunement été
question de considérer la position des différents établissements par rapport à
ce critère de discrimination. L’utilisation de cette base de données était
simplement justifiée par l’intérêt d’avoir à disposition un outil d’information
qui couvrait les écoles visées par l’enquête.
Tout
comme pour cette enquête, il s'agissait d'un échantillon d'élèves et non
d'implantations ou d'écoles. C’est pourquoi, il ne sera pas possible, par la
suite, d'isoler des variables de stratification telles que les réseaux ou les
provinces, sur base de l’échantillon tel qu’il a été envisagé, même si celui-ci
comprend des écoles de tous les réseaux et couvre tout le territoire de la
Communauté française.
Pour
cette enquête, les chefs d’établissements qui ont participé à la recherche en
2000 ont été convoqués à une réunion au cours de laquelle l’attaché ministériel
a exposé les différents objectifs de l’enquête. C’est également au cours de
cette entrevue que les différents représentants des écoles ont été invités à
transmettre les listes complètes du personnel et des classes de leur
établissement scolaire, afin de pouvoir constituer l’échantillon. Pour
s’assurer du caractère aléatoire de l’échantillon, ce ne sont pas les
représentants des écoles, mais les chercheurs chargés de l’enquête qui ont
sélectionné les classes et les membres du personnel éducatif.
Cinquante
membres de l’équipe éducative ont été choisis au hasard dans la liste du
personnel de chaque école : les chefs d’établissement étaient sélectionnés
d’office, ensuite 40 personnes parmi le corps professoral étaient retenues et 8
personnes pour les autres fonctions. Les questionnaires destinés au personnel
de l’école ont été envoyés à chacun des chefs d’établissement. Ces derniers
étaient invités à les transmettre aux personnes sélectionnées et à les
récupérer sous enveloppes scellées pour le jour du passage des chercheurs dans
leur école, de manière à ce que ces derniers les reprennent.
Les
élèves ont été sélectionnés sur base des listes des classes fournies par les
chefs d’établissements de la manière suivante :
- La présence d'une
première B n'est pas simple à détecter a priori, c’est pourquoi, s'il existait
une classe de première B, elle était choisie (s'il en existait plusieurs, une
d’entre elles était désignée au hasard).
- La sélection des
classes de première a été effectuée aléatoirement de manière à ce que le nombre
d'élèves s'approche de 50.
- Les élèves de
troisième et de cinquième années d'enseignement secondaire ont été choisis de
la même manière, de façon à ce que l'échantillon comporte 25 élèves de chacune
des deux années et de chacune des trois filières (soit, théoriquement, 150
élèves, si les trois filières existaient).
- 25 élèves du CEFA (si
présent) ont été retenus.
Cette procédure de sélection a
peut-être conduit à une surreprésentation des classes comprenant un grand
nombre d’élèves, celles-ci permettant d’atteindre les critères fixés sans trop
alourdir la passation.
Un
certain nombre d’établissements compris dans l’échantillon n’ont pas pu être
visités, car ils n’ont pas répondu à l’invitation à la réunion d’information
qui était organisée en vue de présenter ce second volet de l’enquête. L’attaché
ministériel avait pour mission de re-contacter les représentants des écoles qui
n’avaient pas donné suite à cette invitation et de leur envoyer une lettre afin
de les encourager à prendre part à ce second volet de l’enquête.
Malheureusement, très peu ont répondu positivement à cette requête. De plus, un
des établissements qui avait accepté de participer à l’enquête a, par la suite,
décidé d’interrompre sa collaboration : le Directeur souhaitant obtenir
les données de la précédente enquête, les chercheurs se sont vus obligés, pour
des raisons de confidentialité des données, de refuser cette requête. Ce refus
a motivé le désistement de cet établissement. Par conséquent, 24 établissements
sur les 38 contactés ont été visités. Certaines écoles semblent ne pas avoir
voulu participer au deuxième volet de cette enquête car un retour des résultats
obtenus dans leur établissement lors de la première enquête réalisée en 2000
n’avait pu être organisé pour des raisons budgétaires. Pour la présente
enquête, il leur a donc été certifié qu’un retour individuel des résultats
était budgétisé et serait assuré pour chaque établissement.
Au total, le taux de réponse s’élève à 63%, ce qui est élevé pour ce genre d’enquête. Il permet de répondre aux objectifs fixés pour l’échantillonnage en terme de filières, de réseaux et de répartition géographique. Nous avons également vérifié que les caractéristiques des échantillons utilisés pour cette enquête étaient semblables à celles des échantillons de l’enquête de 2000, sans quoi les comparaisons entre les résultats des deux enquêtes auraient été moins fiables. La comparaison des caractéristiques des échantillons a été réalisée au moyen de tests t au niveau des moyennes par établissement. Les résultats n’indiquent aucune différence significative dans la composition moyenne des groupes interrogés dans chaque établissement entre les deux vagues d’enquête.
Une autre question est de savoir si les écoles ayant participé à cette enquête sont encore représentatives de l’ensemble des écoles de la Communauté française. Celles qui ont participé aux deux enquêtes ne présentent aucune caractéristique distinctive par rapport à celles qui ont participé uniquement à la première enquête, ce qui suggère que l’échantillon présenté ici offre une certaine représentativité. Cependant, comme pour des raisons techniques nous n’avons pas pu avoir accès au fichier reprenant l’ensemble des établissements secondaires de la Communauté, il nous est impossible de vérifier directement la représentativité du présent échantillon.
L’échantillon
se compose de 2921 étudiants de l’enseignement secondaire. Les caractéristiques
socio-démographiques de cet échantillon sont les suivantes.
|
|
n=2896 |
|
|
Garçons |
52.5% |
n=1521 |
|
Filles |
47.5% |
n=1375 |
|
|
n=2896 |
|
|
12-13 ans |
27.7% |
n=803 |
|
14-15 ans |
30.3% |
n=878 |
|
16-17 ans |
29.9% |
n=867 |
|
18 ans et plus |
12% |
n=348 |
|
|
n=2857 |
|
|
2 belges |
63.7% |
n=1821 |
|
1 belge et 1 européen |
11.5% |
n=328 |
|
1 belge et 1 non-européen |
8.1% |
n=231 |
|
2 européens |
9.7% |
n=278 |
|
1 européen et 1 non-européen |
0.9% |
n=26 |
|
2 non-européens |
6.1% |
n=173 |
|
|
n=2826 |
|
|
Ouvrière |
8.2% |
n=233 |
|
Employée |
35.7% |
n=1010 |
|
Cadre |
1.8% |
n=50 |
|
Indépendante |
8.8% |
n=247 |
|
Sans emploi |
27.4% |
n=775 |
|
Autre |
18.1% |
n=511 |
|
|
n=2783 |
|
|
Ouvrier |
21.7% |
n=603 |
|
Employé |
29% |
n=807 |
|
Cadre |
5.8% |
n=161 |
|
Indépendant |
16.6% |
n=462 |
|
Sans emploi |
7.4% |
n=207 |
|
Autre |
19.5% |
n=543 |
|
|
n=2876 |
|
|
Général |
59.9% |
n=1722 |
|
Technique de transition |
5.2% |
n=151 |
|
Technique de qualification |
15.4% |
n=442 |
|
Professionnel |
18.1% |
n=520 |
|
CEFA |
1.4% |
n=41 |
|
|
n=2885 |
|
|
1ère année |
33.9% |
n=979 |
|
3ème année |
35.1% |
n=1012 |
|
5ème année |
29.9% |
n=863 |
|
CEFA |
1.1% |
n=31 |
L’échantillon
se compose de 655 membres des équipes éducatives de l’enseignement secondaire,
dont les caractéristiques socio-démographiques sont les suivantes :
|
|
n=648 |
|
|
Hommes |
40.9% |
n=265 |
|
Femmes |
59.1% |
n=383 |
|
|
n=651 |
|
|
Moins de 30 ans |
13.5% |
n=88 |
|
Entre 30 et 45 ans |
35.6% |
n=232 |
|
45 ans et plus |
50.9% |
n=331 |
|
|
n=650 |
|
|
Belge |
98% |
n=637 |
|
Européen |
1.8% |
n=12 |
|
Autre |
0.2% |
n=1 |
|
|
n=651 |
|
|
Membre de la Direction |
6.6% |
n=43 |
|
Médiateur |
0.2% |
n=1 |
|
Membre du personnel du centre PMS |
0.9% |
n=6 |
|
Enseignant |
74.8% |
n=487 |
|
Educateur |
7.2% |
n=47 |
|
Personnel administratif |
4.5% |
n=29 |
|
Personnel d’entretien |
5.8% |
n=38 |
|
|
n=486 |
|
|
Enseignement de transition (Général ou
technique de transition) |
39.9% |
n=194 |
|
Enseignement de qualification (Technique de
qualification, professionnel ou CEFA) |
34.2% |
n=166 |
|
Les deux (enseignement de transition et de
qualification) |
25.9% |
n=126 |
|
|
n=487 |
|
|
Général |
61.4% |
n=299 |
|
Spécial |
7% |
n=34 |
|
Technique |
8.4% |
n=41 |
|
Pratique professionnelle |
7.4% |
n=36 |
|
Deux de ceux-ci |
15.8% |
n=77 |
|
|
n=492 |
|
|
Inférieur |
35.6% |
n=175 |
|
Supérieur |
33.5% |
n=165 |
|
Les deux |
30.9% |
n=152 |
Cette
enquête de victimation a été menée durant les mois d’avril et de mai 2003. Les
questionnaires de l’équipe éducative ont été remis aux écoles quelques temps
avant le passage des chercheurs dans les établissements. La direction était
chargée de les distribuer aux personnes sélectionnées (cfr.
sélection de l’équipe éducative) afin que les enquêteurs les reprennent
complétés lors de leur visite.
Les
chercheurs se sont rendus personnellement au sein de chaque établissement
scolaire pour présenter l’enquête aux élèves et donner les instructions
relatives à son bon déroulement. Ils sont restés présents tout le long de la
passation du questionnaire et se sont tenus à la disposition des participants
afin de répondre à leurs éventuelles questions.
La récolte des données a été réalisée au moyen de deux questionnaires à choix multiples (un pour l’équipe éducative et l’autre pour les élèves)[1]. Ces derniers ont été créés de manière à pouvoir être décodés par un scanner optique. Lors de leur élaboration, la même structure a été préservée, dans la mesure du possible, afin de permettre par la suite d’effectuer des comparaisons entre les élèves et l’équipe éducative. Le choix des questions a été déterminé en fonction de plusieurs critères. Ces derniers devaient respecter dans un premier temps les objectifs de la recherche, mais aussi tenir compte de la durée de passation (fixée à une période de cours pour les élèves).
Pour la plupart, les questions étaient identiques à celles des questionnaires utilisés lors de la première enquête. Toutefois, au regard des résultats obtenus en 2000, certaines questions ont été supprimées ou modifiées : les variables dont l’évaluation longitudinale ne présente pas d’intérêt et les questions dont l’analyse a montré qu’il s’agissait de questions isolées par rapport aux autres (et donc des questions peu fiables). Ainsi, les questions concernant l’importance accordée à certaines valeurs ou objectifs de vie, celles évaluant les stratégies de protection, et celles relatives aux personnes auxquelles les participants se confient suite à un acte de victimation ont été supprimées du questionnaire car leur étude longitudinale présentaient peu d’intérêt aux yeux de l’équipe de recherche. De même, quatre questions relatives au contexte institutionnel (« Je suis en conflit avec certains professeurs », « Dans cette école, il y a de l’agressivité entre les élèves et les professeurs », « Les éducateurs prennent le temps de discuter avec les élèves qui rencontrent des problèmes dans les établissements », « On peut compter sur un membre de la Direction pour discuter des problèmes que l’on rencontre dans les écoles ») ont été supprimées car l’analyse pratiquée lors de l’enquête de 2000 a démontré qu’il s’agissait de questions isolées par rapport aux autres. Certaines questions ont également été ajoutées afin d’évaluer certaines variables qui ne l’avaient pas été lors de la première enquête :
- Dans le questionnaire des élèves : des questions relatives aux comportements pro-sociaux dont les élèves peuvent faire preuve, une mesure auto-révélée des conduites asociales et une question relative aux moqueries sexistes dont sont victimes certains élèves.
- Dans le questionnaire de l’équipe éducative : des questions relatives au harcèlement moral dont peuvent être victimes certaines personnes et une question évaluant l’absentéisme des membres de l’équipe éducative.
Ce type
d’enquête se fonde sur ce que les participants rapportent. Elle reflète donc en
partie la façon dont les participants perçoivent les choses, ce dont ils se
souviennent, la manière dont ils ont compris ou interprété les questions ainsi
que l’image qu’ils souhaitent donner d’eux-mêmes (c.-à-d. généralement celle de
quelqu’un de coopératif et d’honnête dans ses réponses, mais qui ne souhaite
pas trop s’étendre sur ses côtés négatifs). Une question est par conséquent
rarement une mesure « pure » de la thématique que l’on souhaite
investiguer, mais est entachée d’une part d’erreur qui peut provenir des
différents facteurs que nous venons d’énumérer. En l’absence de biais systématique,
l’influence de ces facteurs fluctue aléatoirement d’une personne à l’autre.
Autrement dit, si l’on prend un échantillon assez large, théoriquement ces
différentes sources d’erreur s’annulent mutuellement et l’on obtient une
estimation fiable de ce que l’on désire mesurer. C’est pourquoi les questions
sont rédigées avec le plus grand soin, en s’inspirant de recherches existantes,
et sont ensuite pré-testées. Une thématique est généralement mesurée par
plusieurs questions qui se recoupent. On procède ensuite à des tests
statistiques qui nous informent sur le niveau de risque d’erreur que nous
prenons en considérant un résultat comme vrai. Enfin, on examine si les
résultats obtenus sont conformes sur certains points à ceux obtenus dans
d’autres recherches. Ces précautions prises, les réponses des élèves et des
membres des équipes éducatives constituent la meilleure source d’information
dont nous disposons pour répondre aux objectifs de cette enquête.
La figure ci-dessous présente un modèle dans lequel figurent les différentes variables du questionnaire destiné aux élèves. Ces variables ont été regroupées en trois grandes catégories en fonction de l’influence qu’elles pourraient avoir dans le processus de victimation. Les flèches dessinées entre ces groupes de variables indiquent l’ordre dans lequel les différentes variables s’insèrent au sein de ce modèle.
Figure 1 : Variables reprises dans le questionnaire des élèves
|
Age Sexe Profession du père Profession de la mère Nationalité des parents Type d’enseignement Année scolaire ** Contexte institutionnel Développement et créativité Inégalités de traitement entre les élèves Qualité de la relation avec les enseignants ** Nombre de copains dans
l’école Nombre de copains en dehors
de l’école ** Sentiment de rejet *** Relations avec les parents *** Résultats scolaires *** Comportements prosociaux |
|
Actes de victimation :
|
|
Croyances favorisant le
recours à la violence ** Score à l’échelle de
dépression |
|
|
Rumeurs Insultes racistes Moqueries Menaces verbales Racket Vols Vandalisme Menace avec objet ou arme Coups Proposition de drogue Attouchements sexuels non désirés *** Conduites asociales
auto-révélées *** Perception du niveau de
violence dans l’école ** Sentiment d’insécurité à
l’école |
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Il était
demandé aux sujets de se positionner par rapport à des affirmations relatives
au contexte organisationnel et pédagogique de leur l’école (Galand & Philippot, 2003). Trois groupes de questions leur étaient
posés. Le premier portait sur des pratiques pédagogiques susceptibles de
favoriser l’apprentissage et le développement optimal des capacités de tous les
élèves. Le deuxième portait sur des pratiques pédagogiques focalisées sur la
sélection et la promotion des élèves les plus performants. Pour le troisième,
il était demandé aux élèves dans quelle mesure les membres de l’équipe
éducative de leur école se comportaient envers eux de manière respectueuse,
équitable et soutenante. Ces questions ont été
retenues car, d’après les résultats d’une précédente enquête, elles apparaissent
déterminantes pour le vécu scolaire des élèves (Galand & Philippot, 1999). Les items correspondants à ces questions
sont les suivants :
-
Dans cette école, on nous donne la chance de faire du travail créatif et
intéressant.
-
Quand c'est possible, on nous donne des travaux où chacun peut choisir un sujet
qui l'intéresse.
-
Les professeurs essayent que les élèves puissent travailler à leur propre
rythme.
-
Dans cette école, on peut faire des erreurs du moment qu'on apprend.
-
Les professeurs sont attentifs à nos progrès personnels.
-
Quand les professeurs posent des questions, c'est surtout aux bons élèves
qu'ils demandent de répondre.
-
Dans cette école, les professeurs comparent les élèves entre eux.
-
Dans cette école, les professeurs s'occupent surtout des élèves qui ont de bons
résultats scolaires.
-
Dans cette école, seuls quelques élèves peuvent avoir de très bons points
-
Dans cette école, les idées des élèves sont écoutées et prises en
considération.
-
Dans cette école, les professeurs traitent les élèves avec respect.
-
Les professeurs de cette école font leur possible pour aider les élèves.
-
Dans cette école, les professeurs s'intéressent à nos problèmes.
-
Les professeurs prennent le temps de discuter de l'organisation des cours avec
les élèves.
-
Dans cette école, les professeurs traitent certains élèves mieux que d’autres.
-
Les professeurs de cette école se moquent parfois des élèves.
-
Les professeurs sont justes dans leur manière de donner les points.
-
Les sanctions ou les punitions qui sont données par les profs sont justes.
-
Les punitions sont les mêmes pour tous les élèves.
Une liste de
12 actes de victimation a été établie : les rumeurs, les insultes
racistes, les insultes sexistes (fait de victimation ajouté par rapport au
questionnaire utilisé en 2000), les moqueries, les intimidations verbales, le
racket, le vol, la dégradation volontaire de matériel, les menaces avec objets
ou armes, les coups, la proposition de drogue, les attouchements ou actes
sexuels non désirés. Chacun des actes était défini le plus clairement possible,
en se basant si possible sur sa définition légale. Les participants étaient
priés de rapporter la fréquence à laquelle ils y avaient été confrontés depuis
les vacances de Noël (de jamais à quatre fois et plus). Ceux qui avaient été
victime au moins une fois d’un fait étaient amenés par la suite à préciser le
ou les responsable(s) de ce dernier. Une distinction a été réalisée entre les
faits qui se produisaient dans l’école et en dehors de l’école. Il a paru
important de ne pas définir plus précisément les lieux extérieurs à l’école. En
effet, le but de cette enquête n’est nullement de s’immiscer dans le milieu
familial et extra-scolaire des élèves.
Il nous a paru essentiel de délimiter dans le temps les questions de victimation. En effet, plus le temps passe, plus les souvenirs des participants risquent de souffrir d’une série de biais - oubli, sélection, reconstruction, contamination, suggestion, etc. - (Schwartz, 1996), au point que certaines informations fournies par les participants peuvent perdre toute validité. C’est pourquoi nous avons pris pour option de limiter certaines questions à une période de cinq mois, ce qui correspondait à une période s’étendant depuis les vacances de Noël jusqu’au moment de la passation de l’enquête (période identique à celle utilisée en 2000). Cette procédure limite certes la portée de cette étude approximativement à une demi-année scolaire, mais elle garantit une certaine validité des renseignements recueillis.
Pour
faciliter la lecture des données, nous avons également regroupé les différents
actes de victimation énumérés dans le questionnaire en quatre catégories (que
nous utiliserons dans la plupart des analyses) :
-
La première, relative aux atteintes
verbales, regroupe les insultes racistes et sexistes, les rumeurs, les
moqueries et les intimidations verbales.
-
La seconde, relative aux atteintes
aux biens, regroupe les vols et la dégradation du matériel.
-
La troisième, relative aux atteintes
physiques, regroupe le racket, les menaces avec objets ou armes, les coups
et les attouchements ou actes sexuels non désirés.
-
La quatrième concerne la proposition
de drogue. Cet acte ne s’inscrivant dans aucune des catégories citées
ci-dessus, il nous a semblé préférable de le garder isolément.
Il était demandé aux participants d'évaluer la fréquence à laquelle dix faits de violence se produisent dans leur établissement scolaire. Ces différents actes de violence sont les suivants : vandalisme, insultes, menaces, vols, agressions sexuelles, racket, coups et blessures, bagarres, drogue ou alcool, menaces avec objets usuels ou armes.[2]
Ces items ont été ajoutés par rapport au questionnaire utilisé en 2000. Il était demandé aux participants de rapporter la fréquence avec laquelle ils ont commis des faits de délinquance depuis les vacances de Noël (de jamais à quatre fois et plus). Dans la perspective que nous avons adoptée, la délinquance est conçue comme un ensemble de comportements déviants. Par conséquent, une liste d’actes de délinquance de conduites asociales a été établie. Elle contient des actes divers qui ont pour caractéristique commune de transgresser les règles communément admises : provocation d’autres élèves, menaces pour obtenir de l’argent ou un objet, coups, blessure de quelqu’un avec un objet ou une arme, vandalisme, insultes racistes, achats d’objets volés, vente d’objets volés, consommation de drogues douces ou dure, vol d’objets d’une valeur inférieure ou supérieure à 25 euro.
Les questions de cette échelle avaient pour but d’évaluer dans quelle mesure les participants se sentent en sécurité dans leur école et aux alentours de celle-ci. Ces questions sont les suivantes :
- Je me sens en sécurité dans mon école.
- Je crains des comportements violents de la part de
certains élèves.
- Je suis stressé(e) à l’idée de venir à l’école.
- Je me sens en sécurité aux alentours de mon école.
- J’ai peur de me faire agresser quand j’arrive ou
quitte l’école.
- Je ne suis pas rassuré(e) lorsque je dois rester
tard à l’école.
Il s’agit
d’un ensemble d’items qui mesurent la fréquence de symptômes dépressifs chez
les participants (Born & Gavray 1995). La dépression est un trouble
émotionnel majeur qui a de nombreuses conséquences négatives, dont le fait
d’être un facteur de risque pour les tentatives de suicide. Les items inclus
dans cette enquête sont les suivants :
-
se sentir mal dans sa peau
-
douter de sa valeur
-
perdre l’appétit
-
se sentir sans énergie, mal reposé(e)
-
n’avoir confiance en personne
-
avoir des idées noires, penser à des choses désagréables
-
avoir des idées de suicide
-
se sentir incapable de se concentrer
-
se sentir incapable de prendre une décision
-
pleurer facilement
-
être irritable
-
ne se sentir aimé(e) de personne
-
se sentir bon(ne) à rien
Les
participants étaient priés de marquer leur accord ou désaccord sur un certain
nombre d’items relatifs à l’usage de la violence physique. Cette échelle a été
choisie car des recherches antérieures ont montré que ces croyances prédisent
les conduites agressives (Guerra, Huesmann,
Tolan, Van Acker & Eron, 1995), y compris le port d’arme (Paschall
& Flewelling, 1997), et sont caractéristiques des
personnes délinquantes (Slaby & Guerra, 1988). Les items inclus dans cette enquête sont les
suivants :
-
Si on refuse de se battre, tout le monde va penser
qu’on est un trouillard
-
Le recours à la force ne résout jamais les problèmes
-
C’est normal de donner des coups à quelqu’un si l’on
est très en colère
-
Parfois on n’a que deux choix : frapper le
premier ou attendre que les autres attaquent
-
Quelqu’un qui ne réplique pas quand les autres lui
marchent sur les pieds risque de ne plus être respecté
-
On se sent grand et fort quand on domine quelqu’un
-
Devenir
violent est signe de faiblesse, c’est la preuve qu’on est dépassé par la
situation et qu’on perd le contrôle de soi-même
Quatre questions portaient sur la
manière dont les élèves se sentent intégrés au sein de leur école :
-
A
l’école, je me sens seul(e).
-
Je
sens qu’à l’école les gens m’acceptent comme je suis.
-
Dans
cette école, je me sens exclu(e) par certaines personnes.
-
Dans
cette école, certaines personnes me rejettent.
Il était
aussi demandé aux élèves de rapporter le nombre de copains qu'ils avaient à
l'école et en dehors de celle-ci.
Il était
demandé aux participants de qualifier les relations qu'ils entretiennent avec
leur père et leur mère. Cinq modalités de réponse, allant de tout à fait
mauvaises à très bonnes, leur étaient présentées.
Une
question demandait aux participants de situer leurs résultats scolaires par
rapport à la moyenne de leur classe.
Il s’agit d’un ensemble d’items, ajoutés au questionnaire utilisé en 2000, qui mesure la fréquence des comportements d’aide envers d’autres élèves ou des comportements réalisés au bénéfice d’autres personnes (Eisenberg, 1990). Il était demandé aux élèves de rapporter la fréquence à laquelle ils ont fait preuve d’une série de comportements prosociaux (de jamais à très souvent) :
- J’aide les
autres à faire leur travail scolaire
- J’essaie que
personne ne soit exclu
- Je vais parler
à ceux qui sont seuls
- Je prête mes
affaires aux autres
- J’essaie de ne
pas blesser les autres par ce que je dis ou ce que je fais
- J’essaie que
chacun ait sa place dans la classe
- J’explique le
cours à ceux qui ne l’ont pas compris
- J’encourage
les autres quand ils ont des difficultés
Comme pour les élèves, la figure présentée ci-dessous est un modèle dans lequel figurent les différentes variables du questionnaire destiné aux membres des équipes éducatives. Ces variables ont été regroupées en trois grandes catégories en fonction de l’influence qu’elles pourraient avoir dans le processus de victimation. Les flèches dessinées entre ces groupes de variables indiquent l’ordre dans lequel les différentes variables s’insèrent au sein de ce modèle.
Figure
2 : Variables reprises dans le questionnaire de l’équipe éducative

Il
s’agissait pour les participants d’émettre un avis sur le contexte général de
leur école. Les questions se regroupent en trois facteurs : la façon dont
la fonction de leadership ou de management est assurée dans l’établissement, la
nature des relations entre collègues, et la qualité du climat relationnel qui
règne entre élèves et adultes. Ces items sont les suivants :
- La
direction se préoccupe de la discipline et du climat de l’école.
- La
direction se préoccupe de la qualité de vie du personnel de l’école.
- Si
vous avez un problème, vous savez que vous pouvez compter sur l’appui de la
direction.
- La
coordination des équipes pédagogiques est encouragée.
-
Les membres du personnel de l’établissement scolaire sont consultés lorsqu’il
faut prendre une décision importante au sein de l’école.
-
Vous avez le sentiment qu’il y a un projet éducatif cohérent.
- Le
règlement de l’école est systématiquement et rapidement appliqué.
-
Vous avez le sentiment de bénéficier d’une structure d’encadrement adéquate.
-
Vous avec le sentiment de faire partie d’une équipe éducative ou pédagogique.
-
Vos collègues vous soutiennent si un élève se montre agressif envers vous.
- Il
y a des conflits entre les membres de l’équipe éducative.
-
Vous êtes personnellement satisfait(e)s de vos relations avec vos collègues.
- Il
y a une confiance réciproque entre les élèves et les adultes de
l’établissement.
-
Les élèves respectent les adultes de l’établissement.
-
Les élèves sont agressifs envers les adultes de l’établissement.
-
Vous êtes personnellement satisfait(e)s de vos relations avec les élèves.
Il s’agit des mêmes actes de victimation que pour le questionnaire élèves, excepté le fait que les menaces avec objet usuel et les menaces avec armes ont été distinguées dans le cas présent et que les insultes sexistes n’ont pas été évaluées pour les membres de l’équipe éducative. Les membres de l’équipe éducative qui avaient été eux-mêmes confrontés au moins une fois à un fait particulier devaient également par la suite préciser le ou les responsable(s) de ces actes. La même distinction a également été établie entre les faits se produisant à l’école et en dehors de l’école.
Comme
pour les élèves, afin de
faciliter la lecture des données, nous avons regroupé les différents actes de
victimation énumérés dans le questionnaire en quatre catégories (que nous
utiliserons dans la plupart des analyses) :
-
La première relative aux atteintes contre les biens regroupe les
vols et la dégradation de matériel ;
- La deuxième relative aux atteintes verbales regroupe les rumeurs, les moqueries, les insultes racistes et les menaces verbales ;
- La troisième relative aux atteintes physiques regroupe le racket, la menace avec objet, la menace avec arme, les coups et les attouchements sexuels imposés ;
- La quatrième est relative à la proposition de drogue.
Les
questions sont les mêmes que pour les élèves.
Les
questions sont le mêmes que pour les élèves.
Les
questions sont les mêmes que pour les élèves.
Il s’agit
d’un ensemble d’items qui mesure la présence de symptômes anxieux chez les
participants (Spielberger, 1994). Les items sont les
suivants :
-
être de bonne humeur
-
se sentir nerveux(se) et inquiet(e)
-
être content(e) de soi
-
être aussi nerveux(se) que les autres semblent l’être
-
avoir le sentiment de manquer de tout
-
se sentir reposé(e)
-
se sentir maître de soi
-
avoir l’impression que les difficultés s’accumulent à un tel point qu’on ne
peut plus les surmonter
-
trop s’inquiéter à propos de choses peu importantes
-
être heureux(se)
-
être tracassé(e) par des idées dérangeantes-
-
avoir confiance en soi
-
se sentir en sécurité, à l’aise
-
prendre facilement des décisions
-
ne pas se sentir à la hauteur de ce que l’on attend de nous
-
être satisfait(e) de sa vie
-
avoir des idées qui trottent dans la tête et dont on ne peut se libérer
-
prendre des problèmes rencontrés tellement à cœur qu’on éprouve des difficultés
à les surmonter
-
être quelqu’un de calme, de posé, de solide
-
être complètement agité(e) et troublé(e) lorsque l’on pense à ses soucis
Il s’agit
d’un ensemble d’items qui mesurent la fréquence d’apparition de certains
symptômes physiques tel que maux de tête, difficultés à dormir etc. Les items
sont les suivants :
-
avoir mal à la tête
-
avoir mal au ventre
-
avoir mal au dos
-
avoir des difficultés à dormir
-
avoir des vertiges
Ces items, qui ont été ajoutés au questionnaire utilisé pour l’enquête précédente, permettent de voir si la personne a été victime de harcèlement moral, c’est-à-dire de comportements et d'attitudes hostiles manifestés au moins une fois par semaine pendant au moins trois mois. Les participants qui en ont été victimes étaient amenés par la suite à préciser le ou les responsable(s) et les conséquences de ce harcèlement.
Il est
important de prendre en compte dans la notion de violences vécues, les petites
transgressions mineures du règlement de l’école, qui sont capables de pourrir
littéralement la vie des enseignants lorsqu’elles sont constamment répétées.
Dans le questionnaire, il s’agissait pour les enseignants d’indiquer à quelle
fréquence dans leur classe se produisent une série de petits incidents
disciplinaires suscités par les élèves (p.ex. manger ou boire en classe, venir
au cours sans les fournitures scolaires nécessaires, garder sa veste ou sa
casquette durant les périodes de cours, etc.).
Le désengagement professionnel des enseignants a été mesuré par leur réponse à quatre questions
-
J’aimerais changer de métier
-
J’ai
le projet de quitter l’enseignement aussi vite que possible
-
Si l’on me proposait un autre emploi, j’arrêterais d’enseigner
-
J’ai l’impression d’être fait(e) pour ce métier
Les résultats sont présentés en deux étapes. Les résultats de l’enquête 2003 proprement dites sont présentés en premier. Les résultats relatifs à l’évolution entre l’enquête de 2000 et celle de 2003 sont présentés ensuite. Pour l’enquête de 2003, les analyses concernant les élèves sont présentées en premier, viennent ensuite les analyses concernant les membres des équipes éducatives, suivent enfin les analyses par établissements.
Il était demandé aux élèves de se positionner par rapport à 12 actes de victimation énumérés dans le questionnaire. Quatre modalités de réponses leur étaient proposées : soit cela ne leur était jamais arrivé (0), soit il y avaient été confrontés une fois (1), deux à trois fois (2-3), ou quatre fois et plus (4 & +). Rappelons que les différents actes font référence au vécu des cinq derniers mois. Le tableau 1 présente les fréquences (en pourcentage) de confrontation aux différents actes de victimation.
A la lecture du tableau 1 et du graphique 1, on peut observer que, aussi bien à l’école qu’en dehors, les violences les plus fréquemment rapportées par les élèves sont les rumeurs (34.7% des élèves disent en avoir été victimes au sein de l’école au moins une fois depuis les vacances de Noël) et les moqueries (65.8% des élèves en ont subi au moins une fois au sein de l’école). Les violences les plus fréquentes sont donc de type verbal. A l’inverse les victimations les plus graves sont les moins souvent rapportées : le racket (2.9% des élèves disent avoir été victime au moins une fois au sein de l’école), les menaces avec un objet ou une arme (3.5% disent en avoir reçu au sein de l’école) et les caresses ou attouchements sexuels imposés (6.4% en ont subi au sein de l’école).
Tableau 1 : Fréquence des actes de victimation subis par les élèves (en pourcentage)
|
|
Dans l’école |
En dehors de l’école |
||||||||
|
|
0 |
1 |
2-3 |
4 & + |
n |
0 |
1 |
2-3 |
4 & + |
n |
|
Depuis les vacances de Noël, a-t-on déjà fait
courir des rumeurs à ton sujet (raconter des histoires fausses à ton
sujet) ? |
65.3 |
21.1 |
8.9 |
4.7 |
2888 |
72.7 |
15.4 |
6.6 |
5.3 |
2875 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été
victime d’insultes racistes ? |
81.9 |
9.9 |
3.9 |
4.3 |
2884 |
83.7 |
7.5 |
4.1 |
4.7 |
2860 |
|
Depuis les vacances de Noël, s’est-on déjà moqué
de toi ? |
44.2 |
26.1 |
15.2 |
14.5 |
2870 |
64.4 |
17.5 |
9.6 |
8.5 |
2837 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été
victime d’insultes sexistes ? |
88.9 |
5.6 |
2.8 |
2.7 |
2864 |
90.2 |
5.2 |
2.1 |
2.5 |
2835 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été
victime d’intimidations, de menaces verbales, de pressions morales ? |
77.8 |
13.4 |
4.8 |
3.9 |
2866 |
82.0 |
9.5 |
4.3 |
4.2 |
2842 |
|
Depuis les vacances de Noël, t’es-tu déjà fait
racketter (être obliger de donner de l’argent, un objet, … sous la
menace) ? |
97.1 |
1.8 |
0.5 |
0.6 |
2890 |
95.2 |
3.4 |
0.7 |
0.6 |
2862 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été
victime de vol(s) ? |
77.9 |
16.5 |
4.1 |
1.6 |
2886 |
86.3 |
10.2 |
2.0 |
1.5 |
2856 |
|
Depuis les vacances de Noël, a-t-on déjà
volontairement abîmé des objets t’appartenant (vélo, veste, walkman,
cartable,…) ? |
84.8 |
11.5 |
2.4 |
1.3 |
2885 |
90.7 |
5.7 |
1.7 |
1.9 |
2857 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été menacé
avec un objet usuel (couteau, cutter, ciseaux, …) ou une arme (poignard,
coup-de-poing américain, arme à feu, …) ? |
96.5 |
2.0 |
0.5 |
0.9 |
2880 |
93.2 |
4.2 |
1.4 |
1.1 |
2859 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà reçu des
coups (gifles, poing, pied, genoux, …) ? |
71.0 |
15.5 |
6.4 |
7.1 |
2878 |
75.0 |
11.1 |
6.4 |
7.5 |
2849 |
|
Depuis les vacances de Noël, t’a-t-on déjà proposé
de la drogue ? |
80.6 |
7.1 |
3.5 |
8.8 |
2878 |
74.0 |
8.7 |
5.3 |
12.0 |
2861 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà subi des
caresses ou attouchements sexuels imposés ? |
93.6 |
2.9 |
1.4 |
2.1 |
2886 |
93.2 |
3.3 |
1.4 |
2.0 |
2863 |
Graph. 1 : Pourcentage d’élèves victimes au moins une fois d’un acte de violence dans l’école

Lorsque les élèves rapportaient avoir vécu au moins une fois un acte de victimation, il leur était également demandé de préciser quel était le ou les auteur(s) de cet acte : un ou plusieurs élèves de l’école (1), une ou plusieurs personnes extérieures à l’école (2), un ou plusieurs adultes de l’école (3), ou une personne inconnue (4). Pour ceux qui auraient été victimes plusieurs fois du même acte, on leur demandait l’auteur du dernier acte en date. Le tableau 2 présente (en pourcentage) les responsables des différents actes de victimation.
Au regard du tableau 2, nous pouvons constater que les actes de violences se produisant au sein de l’école sont majoritairement perpétrés par des élèves de l’école, et ce pour la totalité des victimations. Dans une petite proportion des cas, les élèves mettent en cause les adultes travaillant dans l’école. Pour les faits de violence se produisant en dehors de l’école, les auteurs sont principalement des personnes extérieures à l’école. Une proportion importante de ces actes est également commise par des personnes inconnues. Ces constats rejoignent ceux de la première enquête.
Tableau 2 : Auteurs des actes de victimation à l’encontre des élèves (en pourcentage)
|
|
Dans l’école |
En dehors de l’école |
||||||||
|
|
1* |
2* |
3* |
4* |
N |
1* |
2* |
3* |
4* |
n |
|
Depuis les vacances de Noël, a-t-on déjà fait
courir des rumeurs à ton sujet (raconter des histoires fausses à ton sujet) ? |
72.41 |
6.21 |
5.72 |
15.66 |
1207 |
22.62 |
48.67 |
2.66 |
26.05 |
902 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été
victime d’insultes racistes ? |
76.12 |
7.41 |
5.93 |
10.54 |
607 |
16.76 |
42.56 |
3.21 |
37.47 |
531 |
|
Depuis les vacances de Noël, s’est-on déjà moqué
de toi ? |
86.37 |
4.52 |
3.49 |
5.62 |
1636 |
25.84 |
53.59 |
3.06 |
17.51 |
1045 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été
victime d’insultes sexistes ? |
77.69 |
8.21 |
5.64 |
8.46 |
390 |
29.28 |
44.05 |
4.35 |
22.32 |
345 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été
victime d’intimidations, de menaces verbales, de pressions morales ? |
74.78 |
6.45 |
11.58 |
7.19 |
682 |
20.19 |
54.18 |
3.5 |
22.13 |
515 |
|
Depuis les vacances de Noël, t’es-tu déjà fait
racketter (être obliger de donner de l’argent, un objet, … sous la
menace) ? |
61.03 |
11.03 |
7.35 |
20.59 |
136 |
26.59 |
27.66 |
4.79 |
40.96 |
188 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été
victime de vol(s) ? |
48.83 |
3.37 |
2.35 |
45.45 |
682 |
15.94 |
29.23 |
1.45 |
53.38 |
414 |
|
Depuis les vacances de Noël, a-t-on déjà
volontairement abîmé des objets t’appartenant (vélo, veste, walkman,
cartable,…) ? |
76.70 |
4.45 |
4.02 |
14.83 |
472 |
21.84 |
48.12 |
3.75 |
26.28 |
293 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà été menacé
avec un objet usuel ( couteau, cutter, ciseaux, …) ou une arme (poignard,
coup-de-poing américain, arme à feu, …) ? |
66.42 |
8.76 |
7.3 |
17.52 |
137 |
16.36 |
38.64 |
5.91 |
39.09 |
220 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà reçu des
coups (gifles, poing, pied, genoux, …) ? |
88.42 |
5.15 |
1.87 |
4.56 |
855 |
22.7 |
60.31 |
1.95 |
15.04 |
718 |
|
Depuis les vacances de Noël, t’a-t-on déjà proposé
de la drogue ? |
72.25 |
12.69 |
4.4 |
10.66 |
591 |
20.5 |
56.88 |
2.78 |
19.84 |
756 |
|
Depuis les vacances de Noël, as-tu déjà subi des
caresses ou attouchements sexuels imposés ? |
71.83 |
7.98 |
12.68 |
7.51 |
213 |
29.22 |
43.38 |
5.94 |
21.46 |
219 |
* 1 = un ou plusieurs élèves de l’école ; 2 = une ou plusieurs personnes extérieures à l’école ; 3 = un ou plusieurs adultes de l’école ; 4 = une personne inconnue
La
nouvelle enquête présentée ici comprenait aussi des questions relatives aux
conduites asociales auto-révélées adoptées par les élèves eux-mêmes. Les
pourcentages d’élèves de notre échantillon déclarant avoir commis ces faits au
moins une fois au sein de l’école figurent dans le graphique 2, les
pourcentages hors de l’école figurent dans le graphique 3. De manière générale,
on peut relever que ces faits sont commis par une plus grande proportion
d’élèves hors de l’école qu’à l’école. Dans les deux cas de figure, les faits
perpétrés par la plus faible proportion d’élèves sont la menace de quelqu’un
pour obtenir de l’argent ou un objet, la consommation de drogue dure et le fait
de blesser quelqu’un avec un objet ou une arme; et ceux perpétrés par la plus
forte proportion d’élèves sont la provocation d’autres élèves, la dégradation
d’objet ou de matériel et la consommation de drogue douce.
Graph.2 :
Pourcentage d’élèves déclarant avoir commis ces faits au moins une fois au sein
de l’école

Graph.3 :
Pourcentage d’élèves déclarant avoir commis ces faits au moins une fois en
dehors de l’école

Il était également demandé aux élèves de dire dans quelle mesure (de jamais à très souvent) ils estimaient présenter un certain nombre de comportements prosociaux : aider les autre dans leur travail (1), expliquer le cours à ceux qui n’ont pas compris (2), essayer que personne ne soit exclu (3), parler à ceux qui sont seuls (4), prêter ses affaires aux autres (5), essayer de ne pas blesser quelqu’un par ce que l’on dit ou fait (6), essayer que chacun ait sa place dans la classe (7), encourager ceux qui ont des difficultés (8).
Comme l’indique la lecture du graphique 4, tous les comportements ont été manifestés au moins une fois par plus de 80% des élèves. Nous pouvons également voir que ceux-ci sont nettement plus fréquents que les conduites asociales.
Graphique 4 : Pourcentage de personnes ayant répondu manifester au moins une fois les comportements prosociaux

Comme pour l’enquête de 2000, nous avons réalisé une série de régressions multiples afin de dégager les liens qui existent entre les différentes variables mesurées grâce au questionnaire. Cette manière de procéder va notamment nous permettre d’identifier les facteurs qui permettraient de prédire les différentes victimations rapportées par les élèves et les autres variables mesurées. En comparant ces résultats à ceux obtenus lors de l’enquête réalisée en 2000, nous pourrons également voir si les relations entre les variables mises en évidence en 2000 se trouvent ou non confirmées par les résultats de cette enquête.
L’analyse en régression multiple permet d’identifier les prédicteurs les
plus puissants parmi un ensemble de prédicteurs potentiels, et d’évaluer le
poids de chacun des prédicteurs identifiés. Si un prédicteur n’est pas retenu,
cela signifie que sa prise en compte n’ajoute rien à la prédiction de la
variable prédite une fois que l’on tient compte des prédicteurs retenus.
Dans une régression multiple, l’indice Beta
indique à la fois le sens et la force de la relation entre un prédicteur et la
variable prédite ; les « pas » indiquent dans quel ordre ont été
rentrée les variables, c.-à-d. leur poids relatif dans l’explication de la
variance de la variable prédite ; le R2 indique quant à lui le
pourcentage de la variance de la variable cible dont rend compte l’ensemble des
prédicteurs retenus.
Dans toutes
les analyses portant sur les élèves un seuil de signification de .001 a été
adopté, ce qui signifie que les résultats rapportés n’ont qu’une chance sur
mille d’être dus au hasard.[3]
Les analyses présentées
ci-dessous concernent les atteintes vécues par les élèves dans les murs de
l’établissement scolaire. Le
but de l’enquête étant principalement d’étudier la victimation à l’école, nous
ne présenterons pas d’analyses pour les atteintes extérieures à celle-ci. Les
lieux extérieurs à l’école faisaient surtout partie de l’enquête pour permettre
d’effectuer certaines comparaisons en termes de prévalence.
Nous avons tout d’abord voulu vérifier l’effet de l’âge et du sexe des élèves sur le taux de victimations dont ils rapportent avoir été victime.
Comme dans l’enquête précédente, les analyses réalisées indiquent que ce sont les élèves les plus jeunes qui rapportent le plus de victimation au sein des écoles, que ce soit contre leurs biens, au niveau verbal ou au niveau physique. Comme dans la première enquête, la fréquence de ces victimations semble diminuer avec l’âge, mais cette tendance est spécifique à l’école, les victimations en dehors de l’école semblent plutôt stables, avec une légère augmentation chez les élèves les plus âgés. On constate par contre, comme dans l’enquête de 2000, que l’exposition à des propositions de drogue augmente avec l’âge, que ce soit dans l’école ou en dehors.
Il ressort également des analyses que le nombre d’atteintes dont sont victimes les élèves varie selon leur genre. Ainsi, les élèves sont d’avantage victimes d’atteintes verbales, physiques ou contre les bien s’ils sont de sexe masculin. On peut aussi noter une interaction entre le sexe et l’âge en ce qui concerne la proposition de drogue. Comme on peut le voir dans le graphique 5, au plus les garçons sont âgés, au plus ils sont confrontés à des propositions de drogue, alors que cet effet de l’âge apparaît de manière moins forte chez les filles.
Graphique 5 : Fréquence moyenne des propositions de drogue en fonction du sexe et de l’âge

Tableau 3 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur les différentes atteintes comme variables dépendantes.
|
|
Atteinte contre les biens |
Atteintes verbales |
Atteintes Physiques |
Proposition de drogue |
||||
|
|
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
|
Sexe |
-0.12 |
2 |
-0.10 |
4 |
-0.15 |
2 |
-0.13 |
3 |
|
Age |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
0.18 |
2 |
|
Profession du père |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Profession de la mère |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
0.08 |
4 |
|
Nationalité |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Année scolaire |
-018 |
3 |
-0.14 |
3 |
-0.19 |
3 |
. |
. |
|
Filière |
0.09 |
5 |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Relation avec la mère |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Relation avec le père |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
-0.07 |
5 |
|
Nombre d’amis à l’école |
. |
. |
. |
. |
-0.09 |
5 |
. |
. |
|
Nombre d’amis en dehors de
l’école |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Résultats scolaires |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Contexte pédagogique |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
- Relation avec les professeurs |
-0.14 |
4 |
-0.16 |
2 |
-0.16 |
4 |
-0.23 |
1 |
|
- Développement |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
- Inégalités entre les
élèves |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Sentiment de rejet |
0.21 |
1 |
0.45 |
1 |
0.21 |
1 |
. |
. |
|
R² |
0.10 |
0.25 |
0.13 |
0.15 |
||||
Note. N = 1955 ; sexe : garçon = -1, fille
= 1, seuls les coefficients significatifs à p < .001 sont présentés.
Nous pouvons constater que les résultats obtenus avec les données de la présente enquête sont sensiblement identiques à ceux obtenus lors de l’enquête de 2000. Ainsi, à la lecture du tableau 3, nous pouvons remarquer que les trois premiers types d’atteintes, les atteintes verbales, physiques et contre les biens, sont expliqués principalement par les mêmes facteurs. Comme nous l’avions déjà remarqué lors de l’enquête de 2000, le sentiment de rejet, c’est-à-dire le fait que l’élève se sente seul, isolé et exclu par d’autres personnes, est le prédicteur le plus puissant pour ces trois atteintes : les premières victimes d’actes de violence verbale, physique ou d’atteinte contre les biens, sont les élèves isolés. L’année scolaire et la relation instaurée entre les élèves et les professeurs sont également des prédicteurs importants pour les quatre types d’atteintes : plus les élèves sont dans des années scolaires élevées et plus ils subissent des faits de violence au sein de l’école. De même, au moins ils estiment que les relations entre les professeurs et les élèves sont de qualité, au plus ils subissent des faits de violence au sein de l’école. Le sexe fait également partie des facteurs explicatifs des quatre types de violence : les garçons sont davantage victimes de faits de violence que ne le sont les filles.
Les autres effets identifiés sont plus faibles et sont limités à un seul type de faits. On peut constater que les élèves qui ont moins d’amis au sein de l’école subissent un peu plus de violences physiques au sein de l’école. Les analyses font également ressortir un faible effet de filière sur les atteintes contre les biens : les élèves dans des filières qualifiantes en sont un peu plus souvent victimes. Enfin, la profession de la mère et la relation que l’élève entretient avec son père semblent jouer un petit rôle dans le fait que l’élève soit confronté à des propositions de drogue : au plus l’élève entretient de mauvaises relations avec son père et au plus la mère exerce une profession socialement élevée dans la société, au plus l’élève est susceptible d’être confronté à des propositions de drogues.
Après la
victimation, voyons quels sont les facteurs explicatifs de la perception des
faits de violence et du sentiment d’insécurité au sein de l’établissement
scolaire. Il s’agit d’examiner si les faits de
violence vécus par les élèves à l’école permettent d’expliquer l’estimation de
la violence dans les établissements scolaires et l’insécurité, et de voir ceux
qui s’avèrent les prédicteurs les plus puissants (tableau
4).
Tableau 4 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur l’insécurité et la perception de la violence au sein de l’établissement scolaire comme variables dépendantes.
|
|
Perception du niveau de
violence |
Insécurité |
||
|
|
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
|
- Sexe |
. |
. |
0.09 |
6 |
|
- Age |
. |
. |
|
|
|
- Profession du père |
. |
. |
|
|
|
- Profession de la mère |
. |
. |
|
|
|
- Nationalité |
. |
. |
|
|
|
- Année scolaire |
0.10 |
6 |
-0.17 |
3 |
|
- Filière |
. |
. |
0.16 |
4 |
|
Nombre d’amis à l’école |
. |
. |
. |
. |
|
Nombre d’amis en dehors de
l’école |
. |
. |
. |
. |
|
Résultats scolaires |
. |
. |
. |
. |
|
Relation avec la mère |
. |
. |
. |
. |
|
Relation avec le père |
. |
. |
. |
. |
|
Contexte pédagogique |
|
|
|
|
|
- Relation avec les
professeurs |
-0.23 |
1 |
|
|
|
- Développement |
. |
. |
|
|
|
- Inégalités entre les
élèves |
. |
. |
0.09 |
9 |
|
Sentiment de rejet |
. |
. |
0.28 |
1 |
|
Atteintes vécues |
|
|
|
|
|
Atteintes verbales |
0.17 |
2 |
0.11 |
5 |
|
Atteintes contre les biens |
0.10 |
7 |
. |
|
|
Atteintes Physiques |
0.13 |
4 |
0.11 |
7 |
|
Proposition de drogue |
0.14 |
3 |
-0.10 |
8 |
|
Perception du niveau de
violence |
- |
- |
0.19 |
2 |
|
R² |
0.26 |
0.43 |
||
Note. N =1955 ; sexe : garçon = -1, fille = 1, seuls les
coefficients significatifs à p < .001 sont présentés.
A nouveau, les résultats obtenus avec l’échantillon de la présente enquête concordent avec ce que nous avions déjà trouvé lors de l’enquête réalisée en 2000.
- Perception du niveau de violence : Les analyses de régressions mettent en évidence que le vécu des quatre types d’atteintes semble déterminer en partie la perception du niveau de violence au sein de l’école. Parmi celles-ci, les atteintes verbales sont légèrement plus prédictives que les autres. Viennent ensuite les atteintes physiques et la proposition de drogue et enfin les atteintes contre les biens. Mais, outre l’impact de ces victimations, nous pouvons constater que la qualité de la relation entre les professeurs et les élèves joue un rôle important. Il s’agit d’ailleurs du prédicteur le plus puissant du niveau de violence perçu : au plus les élèves estiment que leurs relations avec leurs professeurs sont négatives, au plus ils perçoivent de violences au sein de l’école. Enfin, on peut remarquer que les élèves des années scolaires supérieures perçoivent davantage de violence au sein de l’école que les plus jeunes.
-
Insécurité :
Six questions demandaient aux élèves de dire dans quelle mesure ils se
sentaient en sécurité dans leur établissement scolaire. Cette insécurité ressentie
est tout d’abord influencée par le sentiment de rejet de l’élève : au plus
il se sent seul et exclu, au moins il se sent en sécurité dans son école. Sans
surprise, l’insécurité est également fonction de la violence que les élèves
perçoivent dans les murs de l’école, des atteintes verbales et physiques vécues
et de la confrontation à des propositions de drogue. L’année, la filière et le
sexe de l’élève sont également des variables prédictrices
de l’insécurité ressentie par les élèves : les filles, les élèves plus
jeunes et les élèves dans des filières plus qualifiantes se sentent moins en
sécurité au sein de leur établissement. Enfin les élèves qui se disent
confrontés à des pratiques pédagogiques axées sur la compétition se sentent
moins en sécurité dans leur école.
Il était également demandé aux élèves de marquer leur accord ou désaccord sur un certain nombre d’items relatifs à l’usage de la violence physique. Il nous a donc paru intéressant de voir quelles sont les variables qui permettent d’expliquer le fait que certains élèves estiment que l’usage de la violence est bénéfique et moralement justifié (tableau 5).
Tableau 5 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur les croyances pro- violence comme variable dépendante.
|
|
Croyances pro-violence |
|
|
|
Beta |
Pas |
|
Sexe |
0.29 |
1 |
|
Age |
. |
. |
|
Profession du père |
. |
. |
|
Profession de la mère |
-0.10 |
6 |
|
Nationalité |
. |
. |
|
Année scolaire |
. |
. |
|
Filière |
. |
. |
|
Nombre d’amis à l’école |
. |
. |
|
Nombre d’amis en dehors de
l’école |
. |
. |
|
Résultats scolaires |
. |
. |
|
Relation avec la mère |
-0.10 |
5 |
|
Relation avec le père |
. |
. |
|
Contexte pédagogique |
|
|
|
- Relation avec les
professeurs |
-0.15 |
2 |
|
- Développement |
. |
. |
|
- Inégalités entre les
élèves |
0.11 |
5 |
|
Sentiment de rejet |
. |
. |
|
Atteintes vécues |
|
|
|
Atteintes contre les biens
dans l’école |
. |
. |
|
Atteintes physiques dans
l’école |
. |
. |
|
Atteintes verbales dans
l’école |
. |
. |
|
Proposition de drogue à
l’école |
. |
. |
|
Perception de la violence |
0.12 |
3 |
|
Insécurité |
. |
. |
|
Atteintes contre les biens
hors de l’école |
. |
. |
|
Atteintes physiques hors
de l’école |
. |
. |
|
Atteintes verbales hors de
l’école |
0.10 |
4 |
|
Proposition de drogue hors
de l’école |
0.11 |
7 |
|
R² |
0.25 |
|
Note. N = 1955 ; sexe : garçon = -1, fille
= 1, seuls les coefficients significatifs à p < .001 sont présentés.
Le facteur explicatif le plus important de cette variable est le sexe : les garçons pensent plus facilement que les filles que le recours à la violence est parfois nécessaire. Le type de relation établi avec les professeurs et le fait que les professeurs traitent ou non les élèves de manière égale joue également un rôle sur cette croyance. La perception de violences amène également les élèves à développer des croyances en faveur de la violence. Le fait d’être victime de violences verbales ou de propositions de drogue à l’extérieur de l’école influence également le développement de ces croyances. Enfin, la profession de la mère est également un facteur explicatif. Ces résultats sont tout à fait cohérents avec ceux de l’enquête précédente.
Par rapport au questionnaire des élèves utilisé en 2000, nous avons ajouté une évaluation des comportements prosociaux dont font preuve les élèves. Pour rappel les comportements prosociaux sont « des comportements d’aide envers d’autres élèves ou des comportements réalisés au bénéfice d’autres personnes » (Eisenberg, 1990). Une des hypothèses que nous avions émises est que les élèves qui manifestent davantage de comportements prosociaux sont également ceux qui ont le moins recours à la violence.
Tableau 6 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur les comportements prosociaux comme variable dépendante.
|
|
Comportements prosociaux |
|
|
|
Beta |
Pas |
|
Sexe |
0.17 |
3 |
|
Age |
. |
. |
|
Profession du père |
. |
. |
|
Profession de la mère |
. |
. |
|
- Nationalité |
. |
. |
|
Année scolaire |
0.14 |
5 |
|
Filière |
-0.16 |
4 |
|
Nombre d’amis à l’école |
. |
. |
|
Nombre d’amis en dehors de
l’école |
. |
. |
|
Croyance favorisant le
recours à la violence |
-0.12 |
1 |
|
Résultats scolaires |
0.10 |
6 |
|
Relation avec la mère |
. |
. |
|
Relation avec le père |
. |
. |
|
Contexte pédagogique |
|
|
|
- Relation avec les
professeurs |
0.13 |
7 |
|
- Développement |
0.14 |
2 |
|
- Inégalités entre les
élèves |
. |
. |
|
Sentiment de rejet |
. |
. |
|
Atteintes vécues |
|
|
|
Atteintes contre les biens
dans l’école |
. |
. |
|
Atteintes physiques dans
l’école |
. |
. |
|
Atteintes verbales dans
l’école |
0.09 |
8 |
|
Proposition de drogue à
l’école |
. |
. |
|
Perception de la violence |
. |
. |
|
Insécurité |
. |
. |
|
Atteintes contre les biens
hors de l’école |
. |
. |
|
Atteintes physiques hors
de l’école |
. |
. |
|
Atteintes verbales hors de
l’école |
. |
. |
|
Proposition de drogue hors
de l’école |
. |
. |
|
R² |
0.17 |
|
Note. N = 1955 ; sexe : garçon = -1, fille
= 1, seuls les coefficients significatifs à p < .001 sont présentés.
Les analyses ont permis de mettre en évidence que les filles rapportent davantage de comportements prosociaux, de même que les élèves dans les années supérieures ou ceux effectuant leurs études dans des filières de transitions (tableau 6). Les élèves jugeant le recours à la violence comme étant parfois nécessaire rapportent également moins de comportements prosociaux. On peut également constater que certaines pratiques pédagogiques sont associées à la fréquence des comportements prosociaux : les élèves rapportent davantage ce type de conduites s’ils jugent pouvoir bénéficier d’interactions de qualité avec les enseignants et que ces derniers leur donnent l’occasion de faire du travail créatif, les laissent travailler à leur rythme, apprendre de leurs erreurs, … Cette dernière constatation semble relativement logique car ce type de pédagogie laisse très certainement davantage de possibilités à l’élève d’aider les autres en comparaison à une pédagogie centrée sur le rendement. De plus, les élèves ayant de meilleurs résultats scolaires disent faire preuve de plus de comportements prosociaux. Enfin, on note que les comportements prosociaux sont faiblement associés à une plus forte probabilité d’être victime d’atteintes verbales.
Une analyse de régression multiple pas à pas a été réalisée dans l’objectif de déterminer les facteurs les plus fortement associés aux conduites asociales.
Le prédicteur le plus puissant des conduites
asociales est le score de croyances qu’ont les élèves concernant la
violence : plus les élèves pensent que l’usage de la violence est positif
et peut résoudre les problèmes, plus ils commettent d’actes asociaux. Le
deuxième prédicteur des conduites asociales est le vécu d’atteintes physiques
en dehors de l’école. Le sens du Beta indique que
plus les élèves rapportent avoir été victime d’atteintes physiques en dehors de
l’école, plus les élèves prétendent commettre des conduites asociales. Il semble
ainsi que le fait d’être victime de violences physiques ait un impact
spécifique sur les conduites asociales, plutôt que le fait d’être victime de
violences d’autres types. Le troisième prédicteur des conduites asociales est
la qualité des relations entre les professeurs et les élèves. Ainsi, les élèves
qui perçoivent des rapports positifs entre enseignants et élèves rapportent
adopter moins de conduites asociales que ceux qui perçoivent des rapports de
faible qualité. On peut également noter que l’âge a un impact significatif sur
les conduites asociales. Ainsi, plus les élèves sont âgés et plus ils disent
adopter des comportements asociaux. De plus, les résultats indiquent que les
garçons rapportent davantage de comportements asociaux que les filles. Les comportements
prosociaux sont quant à eux négativement associé aux
conduites asociales. Assez logiquement, plus un élève adopte des comportements
d’aide envers les autres, moins il y a de chance qu’il adopte des conduites
asociales. La perception du niveau de violence dans l’école et le sentiment
d’insécurité à l’école sont tous deux liés à la fréquence des conduites
asociales, mais dans des directions opposées. Une perception plus élevée de
violence à l’école est positivement liée aux conduites asociales tandis qu’un
sentiment élevé d’insécurité est négativement lié à ces conduites. Une
interprétation possible de ces résultats est que les comportements asociaux
sont une façon de lutter contre le sentiment d’insécurité qui pourrait résulter
de la perception d’un niveau élevé de violence au sein de l’école. On peut
aussi noter que les élèves des filières qualifiantes rapportent légèrement plus
de conduites asociales.
Tableau 7: Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur les conduites asociales comme variable dépendante.
|
|
Conduites asociales |
|
|
|
Beta |
Pas |
|
Sexe |
-0.09 |
8 |
|
Age |
0.10 |
4 |
|
Profession du père |
. |
. |
|
Profession de la mère |
. |
. |
|
Nationalité |
. |
. |
|
Année scolaire |
. |
. |
|
Filière |
0.09 |
9 |
|
Nombre d’amis dans l’école |
. |
. |
|
Nombre d’amis en dehors de
l’école |
. |
. |
|
Résultats scolaires |
. |
. |
|
Relations avec le père |
. |
. |
|
Relations avec la mère |
. |
. |
|
Comportements prosociaux |
-0.09 |
7 |
|
Croyances favorisant le
recours à la violence |
0.21 |
1 |
|
Contexte pédagogique |
|
|
|
- Relation avec les
professeurs |
-0.14 |
3 |
|
- Développement |
. |
. |
|
- Inégalités entre les
élèves |
. |
. |
|
Sentiment de rejet |
. |
. |
|
Atteintes vécues |
|
|
|
- Atteintes verbales dans
l’école |
. |
. |
|
- Atteintes verbales en
dehors de l’école |
. |
. |
|
- Atteintes contre les
biens dans l’école |
. |
. |
|
- Atteintes contre les
biens en dehors de l’école |
. |
. |
|
- Atteintes Physiques dans
l’école |
. |
. |
|
- Atteintes Physiques en
dehors de l’école |
0.29 |
2 |
|
Perception du niveau de
violence |
0.21 |
5 |
|
Sentiment d’insécurité |
-0.14 |
6 |
|
R² |
0.43 |
|
Note. N = 1955 ; sexe : garçon = -1, fille = 1, seuls les coefficients significatifs à p < .001 sont présentés.
Les résultats nous ont également permis de mettre en évidence les variables influençant la tendance dépressive des élèves (tableau 8). Celles-ci se sont révélées être quasiment identiques à celles trouvées lors de l’enquête de 2000. La variable prédisant le plus la tendance dépressive est le sentiment de rejet : au plus l’élève est isolé, au plus il présente de symptômes dépressifs. Le sexe et l’année scolaire sont deux autres variables explicatives de la tendance dépressive : les filles et les élèves des années supérieures sont davantage dépressifs. Le fait de présenter des comportements asociaux et d’avoir de mauvaises relations avec ses parents joue également un rôle : la tendance dépressive est plus importante chez les élèves estimant avoir de mauvaises relations avec leurs parents et chez les élèves manifestant plus de comportements asociaux. Le fait d’avoir été victime d’atteintes verbales dans et hors l’école, de percevoir davantage de violence dans l’école et de s’y sentir insécurisé sont également associés à une plus grande tendance dépressive. Nous pouvons également constater que les élèves manifestant plus de comportements prosociaux présentent plus de symptômes dépressifs. Enfin, le fait d’avoir de mauvais résultats scolaires entraîne également plus de symptômes dépressifs.
Tableau 8 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur la tendance dépressive comme variable dépendante.
|
|
Tendance dépressive |
|
|
|
Beta |
Pas |
|
Fiche signalétique |
|
|
|
Sexe |
0.28 |
2 |
|
Age |
|
|
|
Profession du père |
|
|
|
Profession de la mère |
|
|
|
Nationalité |
|
|
|
Année scolaire |
0.17 |
6 |
|
Croyance favorisant le
recours à la violence |
|
|
|
Comportements prosociaux |
0.12 |
8 |
|
Résultats scolaires |
-0.09 |
9 |
|
Relation avec la mère |
-0.11 |
7 |
|
Relation avec le père |
-0.12 |
4 |
|
Nombre d’amis à l’école |
|
|
|
Nombre d’amis en dehors de
l’école |
|
|
|
Filière |
|
|
|
Contexte pédagogique |
|
|
|
- Relation avec les
professeurs |
|
|
|
- Développement |
|
|
|
- Inégalités entre les
élèves |
|
|
|
Sentiment de rejet |
0.24 |
1 |
|
Atteintes vécues et
insécurité |
|
|
|
Atteintes verbales à
l’école |
0.15 |
5 |
|
Atteintes contre les biens
à l’école |
|
|
|
Atteintes Physiques à
l’école |
|
|
|
Proposition de drogue à
l’école |
|
|
|
Atteintes verbales en
dehors de l’école |
0.07 |
12 |
|
Atteintes contre les biens
en dehors de l’école |
|
|
|
Atteintes Physiques en
dehors de l’école |
|
|
|
Proposition de drogue en
dehors de l’école |
|
|
|
Conduites asociales |
0.15 |
3 |
|
Perception du niveau de
violence |
0.08 |
11 |
|
Insécurité |
0.08 |
10 |
|
R² |
0.45 |
|
Note. N = 1955 ; sexe : garçon = -1, fille = 1, seuls les coefficients significatifs à p < .001 sont présentés.
Tout comme les élèves, les enseignants devaient se positionner par rapport au vécu personnel des actes de victimation présentés dans le questionnaire. Le Tableau 10 présente (en pourcentages) les fréquences selon lesquelles les membres des équipes éducatives sont confrontés aux actes de victimation, de jamais (0) à quatre fois et plus (4&+).
Les résultats présentés dans le tableau 9 et le graphique 6 indiquent que les violences les plus souvent vécues par l’équipe éducative au sein de l’école sont les violences verbales : les moqueries qui sont vécues au moins une fois au sein de l’école par 24.4% des personnes interrogées ; les rumeurs (17.7% des personnes rapportent en avoir été victime au moins une fois dans l’école) ; et les intimidations ou menaces verbales (vécues par 19% des personnes au sein de l’école).
Graphique 6 : Pourcentage de membres de
l’équipe éducative victimes au moins une fois d’un acte de violence dans
l’école

Tableau 9 : Fréquence des actes de victimation subis par les membres de l’équipe éducative (en pourcentage)
|
|
Dans l’école |
En dehors de l’école |
||||||||
|
|
0 |
1 |
2-3 |
4 & + |
n |
0 |
1 |
2-3 |
4 & + |
n |
|
Depuis les vacances de Noël, a-t-on déjà fait
courir des rumeurs à votre sujet ? |
82.3 |
9.5 |
6 |
2.2 |
632 |
93.6 |
3.8 |
1.3 |
1.3 |
625 |
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
victime d’insultes racistes ? |
90.6 |
6 |
2.9 |
0.5 |
647 |
95.1 |
3.3 |
1.3 |
0.3 |
636 |
|
Depuis les vacances de Noël, est-il arrivé qu’on
se moque de vous ? |
75.6 |
8.9 |
10.8 |
4.7 |
632 |
89.3 |
4.9 |
3.9 |
1.8 |
608 |
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
victime d’intimidations, de menaces verbales ? |
81 |
11.8 |
5.4 |
1.7 |
643 |
94.5 |
3.9 |
0.8 |
0.8 |
622 |
|
Depuis les vacances de Noël, vous êtes-vous déjà
fait racketter (être obliger de donner de l’argent, un objet, … sous la
menace) ? |
99.8 |
0 |
0 |
0.2 |
648 |
100 |
0 |
0 |
0 |
635 |
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
victime de vol(s) ? |
92.5 |
6.5 |
0.6 |
0.3 |
644 |
95.5 |
4 |
0.3 |
0.2 |
625 |
|
Depuis les vacances de Noël, vous a-t-on déjà
volontairement abîmé des objets vous appartenant (veste, voiture,…) ? |
95.7 |
3.4 |
0.8 |
0.2 |
644 |
92.9 |
5.7 |
1.4 |
0 |
634 |
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
menacé avec un objet usuel ( couteau, cutter, ciseaux, …) ? |
99.5 |
0.5 |
0 |
0 |
652 |
99.7 |
0.3 |
0 |
0 |
638 |
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
menacé avec une arme (poignard, coup-de-poing américain, arme à feu,
…) ? |
99.7 |
0.3 |
0 |
0 |
648 |
99.7 |
0.2 |
0.2 |
0 |
639 |
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà reçu
des coups (gifles, poing, pied, genoux, …) ? |
98.8 |
1.1 |
0.2 |
0 |
650 |
98.8 |
0.9 |
0.3 |
0 |
640 |
|
Depuis les vacances de Noël, vous a-t-on déjà
proposé de la drogue ? |
99.2 |
0.3 |
0.5 |
0 |
647 |
98.4 |
1.1 |
0.5 |
0 |
641 |
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà subi
des caresses ou attouchements sexuels imposés ? |
99.7 |
0.3 |
0 |
0 |
651 |
99.5 |
0.3 |
0.2 |
0 |
635 |
Tableau 10 : Auteurs des actes de victimation à l’encontre des membres de l’équipe éducative (en pourcentage)
|
|
Dans l’école |
En dehors de l’école |
|
|||||||
|
|
1* |
2* |
3* |
n |
1* |
2* |
3* |
n |
||
|
Depuis les vacances de Noël, a-t-on déjà fait
courir des rumeurs à votre sujet ? |
33.8 |
61.9 |
4.3 |
139 |
20 |
32.3 |
47.7 |
65 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
victime d’insultes racistes ? |
84.9 |
11 |
4.1 |
73 |
19.5 |
4.9 |
75.6 |
41 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, est-il arrivé qu’on
se moque de vous ? |
77.5 |
21.3 |
1.3 |
160 |
32.4 |
4.2 |
63.4 |
71 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
victime d’intimidations, de menaces verbales ? |
80.6 |
13.7 |
5.6 |
124 |
30 |
7.5 |
62.5 |
40 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, vous êtes-vous déjà
fait racketter (être obliger de donner de l’argent, un objet, … sous la
menace) ? |
88.9 |
0 |
11.1 |
9 |
50 |
0 |
50 |
4 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
victime de vol(s) ? |
85.1 |
6.4 |
8.5 |
47 |
14.3 |
0 |
85.7 |
28 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, vous a-t-on déjà
volontairement abîmé des objets vous appartenant (veste, voiture,…) ? |
86.5 |
8.1 |
5.4 |
37 |
26.7 |
0 |
73.3 |
45 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
menacé avec un objet usuel ( couteau, cutter, ciseaux, …) ? |
100 |
0 |
0 |
7 |
33.3 |
0 |
66.7 |
9 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà été
menacé avec une arme (poignard, coup-de-poing américain, arme à feu,
…) ? |
100 |
0 |
0 |
9 |
41.7 |
0 |
58.3 |
12 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà reçu
des coups (gifles, poing, pied, genoux, …) ? |
100 |
0 |
0 |
12 |
21.4 |
0 |
78.6 |
14 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, vous a-t-on déjà
proposé de la drogue ? |
100 |
0 |
0 |
11 |
23.5 |
0 |
76.5 |
17 |
||
|
Depuis les vacances de Noël, avez-vous déjà subi
des caresses ou attouchements sexuels imposés ? |
80 |
20 |
0 |
5 |
42.9 |
14.3 |
42.9 |
7 |
||
* 1 = un ou plusieurs élèves de l’école ; 2 = un ou plusieurs membre(s) du personnel ; 3 = une ou plusieurs personnes extérieures à l’école
Le Tableau 10 présente (en pourcentages) les responsables des actes de victimation pour les participants qui y ont été confrontés au moins une fois. Pour ceux qui auraient subi plusieurs fois un acte particulier, il s’agit de l’auteur (ou des auteurs) du dernier acte en date.
Les résultats figurant dans ce tableau montrent que les violences dont les membres de l’équipe éducative sont victimes au sein de l’école sont le plus souvent – voire pour certains actes uniquement - perpétrées par des élèves de l’école. La seule exception est que les rumeurs sont plus souvent le fait de collègues. Pour les faits se produisant en dehors de l’établissement scolaire, les auteurs sont principalement des personnes extérieures à l’école. Les autres membres de l’équipe éducative sont très rarement responsables, mis à part à nouveau pour les rumeurs qui sont dans 32% des cas le fait de collègues. De même que les résultats de l’enquête de 2000, ces résultats indiquent que les violences subies au sein des établissements sont principalement le fait de personnes internes et non pas de personnes extérieures qui s’y introduiraient.
Les
analyses qui suivent portent uniquement sur le corps professoral
Comme pour les élèves, nous avons
procédé à des analyses de régressions multiples pour identifier les prédicteurs
les plus influents des variables centrales de cette enquête. Dans les analyses
présentées ci-dessous, un seuil de signification de .01 a été adopté, ce qui
signifie que les coefficients présentés n’ont qu’une chance sur cent d’être
différents de zéro par hasard dans l’ensemble de la population concernée.
En comparant ces résultats à ceux obtenus lors de
l’enquête réalisée en 2000, nous pourrons également voir si les relations entre
les variables mises en évidence en 2000, se trouvent ou non confirmées par les
résultats de cette enquête.
A nouveau, le but de l’enquête étant
principalement d’étudier la victimation à l’école, nous ne présenterons pas
d’explication en ce qui concerne les atteintes extérieures à celle-ci.
Les analyses dont les résultats figurent dans le tableau 11 avaient pour objectif d’identifier les prédicteurs des atteintes contre les biens et des atteintes verbales (le nombre d’atteintes physiques est si faible qu’aucune analyse statistiques n’est possible).
Tableau 11 : Indices Beta
des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur les atteintes contre les biens et les
atteintes verbales comme variables dépendantes.
|
|
Atteintes contre les biens |
Atteintes verbales |
||
|
|
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
|
Age |
. |
. |
-0.12 |
3 |
|
Sexe |
. |
. |
-0.10 |
4 |
|
Nationalité |
. |
. |
. |
. |
|
Filière |
. |
. |
. |
. |
|
Cycle d’enseignement |
. |
. |
. |
. |
|
Type de cours enseignés |
. |
. |
. |
. |
|
Relation avec les
collègues |
. |
. |
-0.15 |
2 |
|
Leadership de l’école |
-0.14 |
1 |
-0.14 |
1 |
|
R² |
0.02 |
0.08 |
||
Note. N = 382 ; sexe : hommes = -1, femmes= 1, seuls les coefficients significatifs à p < .01 sont présentés.
- Les atteintes contre les biens : La seule variable prédictrice des atteintes contre les biens est la manière dont la fonction de leadership est assurée dans l’école : le fait de ne pas bénéficier d’un leadership adéquat augmente légèrement le risque d’être victime d’atteintes contre les biens. Il faut toutefois remarquer que cette variable n’explique que 2% de la variance, il ne s’agit donc pas d’un bon prédicteur des atteintes contre les biens.
- Les atteintes verbales : Quatre variables explicatives des atteintes verbales ont pu être mises en avant. Ainsi les personnes plus jeunes et les hommes semblent un peu plus victimes de violences verbales. Une mauvaise relation avec ses collègues et le fait de ne pas bénéficier d’un leadership adéquat, augmentent également légèrement le risque d’être victime d’atteintes verbales. Mais à nouveau, il est important de souligner que ces variables ne permettent d’expliquer qu’environ 8% de la variance à elles 4.
Il était également demandé aux enseignants de dire s’ils étaient ou non souvent confrontés à une série d’incidents disciplinaires dans leur classe (des élèves qui boivent ou mangent pendant les cours, qui chahutent, qui ne respectent pas les horaires de cours, …). Au cours de l’enquête menée en 2000, nous avions pu mettre en avant que ce type de comportements fréquemment répétés pouvait « pourrir » la vie des enseignants et qu’il s’agissait d’un des facteurs explicatifs les plus puissants de la perception du niveau de violence au sein de l’établissement. Nous avons donc réalisé des analyses de régression afin de savoir quelles sont les variables qui permettraient d’expliquer que certains professeurs rapportent plus ce type de comportements que d’autres (tableau 12).
Tableau 12 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur l’indiscipline comme variable dépendante.
|
|
Indiscipline |
|
|
|
Beta |
Pas |
|
Age |
. |
. |
|
Sexe |
. |
. |
|
Nationalité |
. |
. |
|
Filière |
0.23 |
2 |
|
Cycle d’enseignement |
. |
. |
|
Type de cours enseignés |
0.14 |
3 |
|
Relation avec les
collègues |
-0.13 |
4 |
|
Leadership de l’école |
-0.22 |
1 |
|
R² |
0.18 |
|
Note. N = 382 ; sexe : hommes = -1, femmes= 1, seuls les coefficients significatifs à p < .01 sont présentés.
Un des facteurs explicatifs trouvé est la filière dans laquelle travaillent les enseignants : les personnes travaillant dans l’enseignement de qualification se disent davantage confrontées à l’indiscipline. On constate aussi un effet du type de cours enseignés : les enseignants de pratique professionnelle rapportent plus d’indiscipline que les enseignants de cours généraux. Enfin et surtout, la qualité des relations avec les collègues et la façon dont le leadership de l’établissement est assuré, jouent également un rôle.
Tableau 13 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur le la relation avec les élèves comme variable dépendante.
|
|
Relation avec les élèves |
|
|
|
Beta |
Pas |
|
Age |
. |
. |
|
Sexe |
. |
. |
|
Nationalité |
. |
. |
|
Filière |
. |
. |
|
Cycle d’enseignement |
. |
. |
|
Type de cours enseignés |
. |
. |
|
Relation avec les
collègues |
0.11 |
5 |
|
Leadership de l’école |
0.24 |
2 |
|
Indiscipline |
-0.38 |
1 |
|
Atteintes contre les biens |
. |
. |
|
Atteintes verbales |
-0.11 |
4 |
|
Atteintes physiques |
. |
. |
|
Absentéisme des élèves |
-0.19 |
3 |
|
Absentéisme au sein de l’équipe éducative |
. |
. |
|
R² |
0.51 |
|
Note. N = 382 ; sexe : garçon = -1, fille = 1, seuls les coefficients significatifs à p < .01 sont présentés.
Au regard des analyses réalisées (tableau 13), on peut constater que le fait que les enseignants estiment qu’il existe de bonnes relations entre élèves et enseignants est principalement influencé par la quantité d’indiscipline auxquelles ils sont confrontés. L’absentéisme des élèves et le fait d’être victime d’atteintes verbales sont aussi négativement associés à la perception de la qualité des relations avec les élèves. Les enseignants qui estiment que la relation entre les élèves et les enseignants est bonne sont également ceux qui pensent que le leadership de l’école est assuré de façon adéquate et qui estiment avoir de bonnes relations avec leurs collègues.
Comme les élèves, les membres de
l’équipe éducative étaient amenés à dire s’ils estimaient qu’un certain nombre
de violences se produisaient plus ou moins souvent au sein de leur
établissement scolaire et dans quelle mesure ils s’y sentaient en sécurité.
Tableau 14 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur la violence perçue et l’insécurité comme variables dépendantes.
|
|
Violence perçue |
Insécurité |
||
|
|
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
|
Age |
. |
. |
. |
. |
|
Sexe |
. |
. |
. |
. |
|
Nationalité |
. |
. |
. |
. |
|
Filière |
. |
. |
. |
. |
|
Cycle d’enseignement |
. |
. |
. |
. |
|
Type de cours enseignés |
. |
. |
. |
. |
|
Relation avec les
collègues |
. |
. |
. |
. |
|
Leadership de l’école |
-0.12 |
4 |
-0.14 |
4 |
|
Indiscipline |
0.38 |
1 |
0.22 |
1 |
|
Atteintes contre les biens |
. |
. |
0.11 |
5 |
|
Atteintes verbales |
0.10 |
5 |
0.18 |
3 |
|
Atteintes physiques |
. |
. |
. |
. |
|
Absentéisme des élèves |
0.21 |
2 |
. |
. |
|
Absentéisme au sein de l’équipe éducative |
0.16 |
3 |
. |
. |
|
Violence perçue |
- |
- |
0.21 |
2 |
|
R² |
0.46 |
0.35 |
||
Note. N = 382 ; sexe : hommes = -1, femmes= 1, seuls les coefficients significatifs à p < .01 sont présentés.
Une première constatation qui peut
être faite est que, aussi bien pour la violence perçue au sein de l’école que
pour l’insécurité ressentie, le facteur prédictif le plus puissant est la
fréquence des indisciplines vécues par les enseignants durant les heures de
cours (tableau 14). Les enseignants qui ont l’impression qu’il y a davantage de
violence au sein de l’école et qui s’y sentent le moins en sécurité sont ceux
qui rapportent être confrontés à davantage d’indiscipline. Cette observation
avait déjà pu être faite au cours de l’enquête menée en 2000 : les enseignants
vivent cette indiscipline comme une certaine forme de violence à leur encontre.
- Violence perçue : La violence perçue est également en partie fonction de l’absentéisme des élèves et des membres de l’équipe éducative. La manière dont la fonction de leader est assurée joue également un rôle dans la violence perçue : le fait de ne pas bénéficier d’un leadership adéquat augmente la perception de violence dans l’établissement. Enfin le dernier facteur explicatif trouvé est le vécu d’atteintes verbales. Il s’agit d’ailleurs du seul type d’atteintes qui a pu être mis en évidence comme facteur explicatif de la violence perçue.
-
Sentiment
d’insécurité : Sans surprise, le sentiment d’insécurité est
fonction de la violence perçue au sein de l’établissement scolaire. Deux types
d’atteintes jouent également un rôle dans ce sentiment d’insécurité : les
atteintes contre les biens et les atteintes verbales. Enfin comme pour la
violence perçue, le fait de ne pas bénéficier d’un leadership adéquat augmente
le sentiment d’insécurité.
Le questionnaire comprenait une série de questions destinées à évaluer chez la personne la présence d’une tendance dépressive, d’anxiété ou de somatisations. Nous avons voulu évaluer quels étaient les facteurs qui sont associés à ces différentes symptomatologies. Il s’agissait notamment de savoir si le fait d’avoir été victime de violences, de se sentir en insécurité ou de percevoir beaucoup de violence dans l’établissement pouvait amener à développer ce type de symptômes.
Tableau 15 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur les indiscipline comme variable dépendante.
|
|
Dépression |
Anxiété |
Somatisation |
|||
|
|
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
|
Age |
0.15 |
4 |
. |
. |
0.16 |
4 |
|
Sexe |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Nationalité |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Filière |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Cycle d’enseignement |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Type de cours enseignés |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Relation avec les
collègues |
-0.19 |
2 |
-0.16 |
3 |
-0.18 |
2 |
|
Leadership de l’école |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Indiscipline |
0.22 |
3 |
0.21 |
2 |
0.26 |
1 |
|
Atteintes contre les biens |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Atteintes verbales |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Atteintes physiques |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Absentéisme des élèves |
. |
. |
. |
. |
-0.13 |
5 |
|
Absentéisme au sein de l’équipe éducative |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
Violence perçue |
. |
. |
. |
. |
0.12 |
6 |
|
Insécurité |
0.22 |
1 |
0.22 |
1 |
0.17 |
3 |
|
Relation avec les élèves |
. |
. |
. |
. |
. |
. |
|
R² |
0.25 |
0.20 |
0.27 |
|||
Note. N = 382 ; sexe : hommes = -1, femmes= 1, seuls les coefficients significatifs à p < .01 sont présentés.
Lorsque nous regardons les résultats du tableau 15, nous pouvons constater que la tendance dépressive, l’anxiété et la somatisation peuvent tous les trois être expliqués en partie par les mêmes facteurs : les indisciplines vécues durant les heures de cours, la qualité des relations avec les collègues et l’insécurité ressentie à l’école. Le « climat de l’établissement » semble donc jouer un rôle important : les personnes les plus déprimées, manifestant davantage d’anxiété et de somatisations, sont celles qui ont de moins bonnes relations avec leurs collègues, celles qui se sentent moins en sécurité dans l’établissement et celles qui sont confrontés à plus d’indiscipline dans leur classe. Les femmes semblent manifester plus de somatisations et ont plus tendance à être dépressive. Enfin, l’absentéisme des élèves et la violence perçue dans l’école sont également associés à la somatisation.
Une série de questions était destinée à évaluer quel était l’engagement des enseignants : sont-ils prêts à suivre des formations ou à travailler en dehors des heures de cours, ont-ils envie de changer de métier, ont-ils l’impression d’être fait pour ce métier. Nous avons réalisé des analyses afin de savoir quels pouvaient être les facteurs susceptibles d’influencer positivement ou négativement cet engagement (tableau 16).
Tableau 16 : Indices Beta des régressions pas à pas des différents facteurs explicatifs comme variables prédictrices sur le désengagement professionnel comme variable dépendante.
|
|
Désengagement
professionnel |
|
|
|
Beta |
Pas |
|
Age |
0.11 |
4 |
|
Sexe |
-0.14 |
3 |
|
Nationalité |
. |
. |
|
Filière |
. |
. |
|
Cycle d’enseignement |
. |
. |
|
Type de cours enseignés |
. |
. |
|
Relation avec les
collègues |
. |
. |
|
Relation avec les élèves |
. |
. |
|
Leadership de l’école |
-0.18 |
3 |
|
Absentéisme des élèves |
. |
. |
|
Absentéisme au sein de l’équipe éducative |
. |
. |
|
Indiscipline |
. |
. |
|
Atteintes contre les biens
dans l’école |
. |
. |
|
Atteintes verbales |
. |
. |
|
Atteintes physiques |
. |
. |
|
Atteintes contre les biens en dehors de l’école |
. |
. |
|
Atteintes verbales en dehors de l’école |
. |
. |
|
Atteintes physiques en dehors de l’école |
. |
. |
|
Violence perçue |
. |
. |
|
Insécurité |
0.21 |
2 |
|
Somatisations |
. |
. |
|
Symptômes dépressifs |
. |
. |
|
Anxiété |
0.37 |
1 |
|
R² |
0.35 |
|
Note. N = 382 ; sexe : hommes = -1, femmes= 1, seuls les coefficients significatifs à p < .01 sont présentés.
On peut constater que le facteur explicatif le plus important du désengagement professionnel est l’anxiété : les enseignants qui s’engagent le moins professionnellement sont également ceux qui présentent le plus de symptômes anxieux. L’insécurité ressentie influence également le désengagement : au moins les enseignants se sentent en sécurité, au moins ils s’engagent professionnellement. La manière dont le leadership de l’école est assuré influence également cet engagement : les enseignants qui estiment bénéficier d’un leadership adéquat s’engagent davantage dans leur métier. Enfin, le sexe et l’âge de la personne jouent aussi un rôle, les femmes et les enseignants plus jeunes manifestant un engagement plus important.
Il était également demandé aux professeurs de dire
s’ils avaient ou non été victimes de harcèlement moral dans et hors de l’école.
Pour rappel, nous avons défini le harcèlement moral comme des « attitudes
ou comportements malveillants manifestés régulièrement durant les trois
derniers mois ». Les personnes déclarant en avoir été victimes,
étaient ensuite amenées à préciser :
-
qui
avait perpétré ces comportements : un ou des élève(s), un ou des membre(s)
de l’équipe éducative de même niveau hiérarchique, de niveau hiérarchique
supérieur ou de niveau hiérarchique inférieur ;
-
si
ces comportements hostiles étaient imprévisibles, intermittents, exprimés de
manière indirecte ;
-
les
conséquences de ces comportements : dénigrement, isolation, altération du
fonctionnement professionnel, limitation de leur liberté, doute de leur valeur,
altération de leur fonctionnement social, souffrance.
Ces réponses ont fait l’objet d’analyses statistiques
différentes des autres variables car il s’agit d’une nouvelle variable qui n’a
été évaluée que chez les enseignants et de façon différente. En effet, pour
chaque item, les personnes devaient répondre par oui ou par non, de manière à
leur permettre de donner plusieurs conséquences ou responsables de cette
victimation.
Tableau 17 : Fréquence des réponses aux questions relatives au harcèlement moral
|
|
Oui |
Non |
|
Harcèlement dans l’école |
14.7% |
85.3% |
|
Harcèlement en dehors de l’école |
6.6% |
93.4% |
|
Responsable(s) |
|
|
|
Un ou des élèves de l’école |
50% |
50% |
|
Un ou des collègues de même niveau hiérarchique |
41.3% |
58.7% |
|
Un ou des collègues de niveau hiérarchique supérieur |
26.6% |
73.4% |
|
Un ou des collègues de niveau hiérarchique inférieur |
8.3% |
91.7% |
|
Fréquence |
|
|
|
Imprévisibles |
56.6% |
44.4% |
|
Intermittents |
68.3% |
31.7% |
|
Exprimés de manière indirecte |
56.9% |
43.1% |
|
Conséquences |
|
|
|
Dénigrement |
50.6% |
49.4% |
|
Isolation |
29.5% |
70.5% |
|
Doute en sa valeur |
49.4% |
50.6% |
|
Limitation de sa liberté |
39% |
61% |
|
Altération de son fonctionnement professionnel |
65.9% |
34.1% |
|
Altération de son fonctionnement social |
28.6% |
71.4% |
|
Souffrance |
63.8% |
36.3% |
Si on regarde les résultats présentés dans le tableau
17, 14.7% des gens ayant répondu aux questions ont déclaré avoir été victimes
de harcèlement moral au sein de l’établissement scolaire, et 6.6% en dehors de
l’école. Parmi les personnes victimes de ce type de comportements au sein de
l’établissement scolaire, 50% ont déclaré qu’ils avaient été victimes de
harcèlement de la part d’élèves, 41.3% disent avoir été victimes de harcèlement
de la part de collègues de même niveau hiérarchique, 26.6% de la part de
collègues de niveau hiérarchique supérieur, et 8.3% de la part de collègues de
niveau inférieur.
Concernant les conséquences de ce harcèlement moral,
on peut constater que les plus fréquentes sont l’altération du fonctionnement
professionnel (65.9% des personnes estiment que cela a été une des
conséquences), la souffrance (63.8%) et le dénigrement (50.6%).
Dans un premier temps, différentes analyses
statistiques ont été réalisées afin de savoir quelles étaient les
caractéristiques des personnes victimes de harcèlement moral au sein de
l’établissement scolaire et quelles étaient les conséquences de ce type de
victimation. Les résultats ont permis de mettre en évidence que le fait d’être
victime de harcèlement moral était fonction de plusieurs caractéristiques[4]. Les
premières caractéristiques influençant le fait d’être ou non victime de
harcèlement concernent les relations que la personne entretient au sein de
l’établissement. Les personnes harcelées estiment avoir de moins bonnes
relations avec leurs collègues et pensent que les relations entre les
professeurs et les élèves sont moins bonnes. Nous pouvons également constater
une différence dans l’appréciation du leadership de l’école, entre les
personnes harcelées et non harcelées, les premières estimant que le leadership
est assuré de manière moins adéquate. Un lien avec l’absentéisme des élèves a
pu également être mis en évidence ; les personnes harcelées estimant qu’il
y a davantage d’absentéisme chez les élèves et chez les enseignants. Le fait
d’être ou non victime de harcèlement moral au sein de l’établissement scolaire
n’est fonction ni de l’âge, ni du sexe, ni de la nationalité, ni du statut de
la personne. Le harcèlement moral dépend donc de facteurs liés au contexte et
non à des caractéristiques personnelles. Il n’est pas non plus fonction du type
de cours enseigné, du cycle ou de la filière dans laquelle enseigne la
personne. Par contre, nous pouvons constater un lien entre le fait d’être
victime de harcèlement moral et d’autres types de violences vécues au sein de
l’établissement. Les personnes victimes de harcèlement dans l’école sont
également davantage victimes, au sein de l’établissement, de violences
verbales, physiques, d’atteintes contre les biens, et d’indiscipline. Ce type
de relations ne peut pas être mis en évidence avec les violences vécues en
dehors de l’établissement. Il s’agit donc bien d’un phénomène propre au milieu
de travail. Cette constatation rend improbable que les personnes rapportant
être victimes de harcèlement moral soit des personnes qui se complaisent dans
un rôle de victime.
Les résultats ont également permis de mettre en évidence différentes conséquences du harcèlement moral. Tout d’abord les personnes harcelées ont tendance à moins s’engager professionnellement. Elles perçoivent également davantage de violence au sein de l’école et s’y sentent moins en sécurité. Mais le harcèlement moral entretient également un lien avec la qualité de vie : les victimes présentent en effet, et ce très significativement plus de symptômes somatiques, anxieux et dépressifs.
Dans un second temps, nous avons essayé de dégager les
différents facteurs sous-tendant le harcèlement moral, et examiné leurs
caractéristiques[5]. De cette
manière, nous avons pu mettre en évidence cinq profils différents[6].
Le premier facteur est caractérisé par l’imprévisibilité du harcèlement et ses conséquences en termes de doute sur sa valeur, de limitation de la liberté et de souffrance. Ce facteur est associé aux symptômes somatiques, dépressifs et anxieux.
Un second profil de personnes harcelées est celui des personnes victimes de harcèlement moral exprimé de manière indirecte par leurs collègues de même niveau hiérarchique et dont le harcèlement a eu pour conséquence de les isoler.
Un troisième profil qui s’est dégagé des résultats est celui des victimes de harcèlement moral intermittent de la part d’élèves et dont le harcèlement a eu pour effet de les dénigrer et d’altérer leur fonctionnement professionnel. Ces personnes ont d’ailleurs estimé que les relations entre les enseignants et les élèves étaient moins bonnes. Celles-ci sont également davantage victimes de violences verbales.
Le quatrième type de personnes harcelées est celui des personnes harcelées par des collègues de niveau hiérarchique supérieur. Ces personnes estiment d’ailleurs que le leadership de leur établissement scolaire n’est pas assuré de façon adéquate.
Enfin le dernier profil est celui des personnes harcelées par des collègues de niveau hiérarchique inférieur et dont le harcèlement a eu pour effet d’altérer leur fonctionnement social.
Nous avons pu constater au travers des analyses réalisées
pour les élèves et pour les membres de l’équipe éducative que la qualité de
l’environnement scolaire et le contexte institutionnel semblent jouer un rôle
important pour beaucoup de variables, et ce aussi bien chez les professeurs que
les élèves. Nous avons notamment montré que la qualité de la relation que les
élèves estimaient avoir avec les professeurs influence le nombre d’atteintes
dont ils sont victimes, leur perception du niveau de violence, leurs croyances
et attitudes vis-à-vis de l’usage de la violence, leurs conduites asociales et
le développement de comportements prosociaux. Les
résultats soulignent également le rôle que pourrait jouer le sentiment de rejet
aussi bien dans le fait d’être victime de violences, que dans le sentiment
d’insécurité. En ce qui concerne les enseignants, nous avons vu que le fait que
les enseignants estiment bénéficier d’un leadership adéquat joue un rôle
important pour presque toutes les variables étudiées : le fait d’être
victime de violences, le vécu d’indiscipline en classe, la relation avec les
élèves, la violence perçue, l’insécurité ressentie et le désengagement
professionnel. La fréquence des incidents disciplinaires, la qualité des
interactions enseignants-élèves et le soutien perçu de la part des collègues
sont également prédicteurs de plusieurs variables, notamment celles relatives
au bien-être subjectif (dépression, anxiété et somatisation). Cette importance
de l’environnement scolaire a déjà été mise en avant dans des études réalisées
dans d’autres pays (Astor, Benbenishty,
Zeira & Vinokur,
2002 ; Swearer & Doll,
2001).
Etant donné le rôle que semble jouer l’environnement scolaire, il aurait été intéressant de réaliser des analyses par établissement, comme lors de l’enquête de 2000. Cependant, autant le nombre d’élèves et de membres des équipes éducatives ayant participé à la présente enquête est largement suffisant d’un point de vue statistique, autant le nombre d’établissements ayant participé (n = 24) rend les analyses statistiques peu pertinentes. De plus, pour des raisons techniques nous n’avons pas pu disposer de l’ensemble des caractéristiques de composition des établissements dont nous disposions lors de la précédente enquête. Cette absence de certaines données rend impossible la comparaison des résultats entre les deux enquêtes. Pour ces différentes raisons, nous n’avons procédé à aucune analyse par établissement sur l’échantillon d’écoles ayant participé à cette nouvelle enquête. Nous renvoyons le lecteur à la première enquête pour les analyses relatives aux différences entre établissements. Des analyses spécifiques par établissement ont néanmoins été réalisées pour tenter d’expliquer l’évolution des différentes écoles. Leurs résultats sont présentés plus loin (point 2.3).
Un des intérêts majeurs de cette
nouvelle enquête est bien entendu de pouvoir comparer ses résultats avec ceux
de l’enquête réalisée en 2000 dans les mêmes établissements scolaires. Ces comparaisons donnent, en
effet, des indications sur l’évolution des phénomènes de violence dans les
écoles de la Communauté française.
Les résultats de ces comparaisons sont présentés ci-dessous, dans le même ordre que les résultats précédents : élèves, équipes éducatives, établissements. Pour ces analyses, seuls les établissements ayant participé aux deux enquêtes ont été utilisés.
Les comparaisons ont été effectuées au moyen d’analyses MANOVA. Pour les victimations des élèves, les éventuels effets de l’âge, du sexe, de la nationalité et de la filière ont été contrôlés. Pour les victimations des enseignants, l’âge, le sexe, la filière et le cycle d’enseignement ont été introduits comme variables covariées.
Nous
avons réalisé des analyses afin de pouvoir comparer les réponses données en
2000 et en 2003 par les élèves provenant des écoles ayant participé aux deux
vagues d’enquête. Pour rappel, l’échantillon de l’année 2000 était composé de
3192 élèves et celui de l’année 2003 comprend 2921 élèves. Pour toutes ces
analyses, un seuil de probabilité de 1/1000 a été adopté.
Concernant
les actes dont sont victimes les élèves dans l’enceinte des écoles, on
observe une très légère diminution du nombre d’atteintes contre les biens, tandis
que les atteintes verbales, les atteintes physiques et la confrontation aux
drogues restent stables. Les atteintes dont sont victimes les élèves en
dehors de l’école sont globalement stables également. Quand on s’intéresse au
nombre d’élèves touchés (au moins une fois) par ces violences plutôt qu’au
nombre d’atteintes subies, on constate que la proportion d’élèves victimes
d’atteintes contre les biens a diminué. Mais on remarque par ailleurs que la
proportion d’élèves victimes d’atteintes verbales et d’atteintes physiques tend
à augmenter, même si ces différences ne sont pas statistiquement significatives
(voir graphique 7). Il est difficile de dire si ces résultats reflètent
l’amorce d’une tendance à une plus grande dispersion des actes de violence au
sein de l’école, sans augmentation du nombre absolu de celle-ci, ou s’ils
reflètent une plus grande facilité de victimes à se déclarer. Quoi qu’il en
soit, le résultat le plus net est la diminution des atteintes contre les biens
au sein des écoles concernées par l’enquête.
Graphique
7 : Comparaison du pourcentage d’élèves victimes au moins une fois des
différents actes de victimation

Les
analyses réalisées indiquent une grande stabilité dans les phénomènes étudiés. Il
n’y a pas de différences dans les réponses moyennes données par les élèves en
2000 ou en 2003 concernant les relations entre enseignants et élèves, la
perception des faits de violence à l’école, le sentiment d’insécurité et le rejet
entre élèves. En d’autres mots, la manière dont les élèves appréhendent
leur scolarité sur l’ensemble de ces variables est la même qu’il y a trois ans.
Comme
pour les élèves, nous avons comparé les réponses données en 2000 et en 2003 par
les équipes éducatives provenant des écoles ayant participé aux deux vagues
d’enquête. Pour rappel, l’échantillon de l’année 2000 était composé de 971
membres des équipes éducatives et celui de l’année 2003 comprend 655 membres de
ces équipes. Pour toutes ces analyses, un seuil de probabilité d’erreur de
1/100 a été adopté.
Concernant
les actes dont sont victimes les membres des équipes éducatives dans l’enceinte
des écoles, on n’observe aucune différence entre les deux enquêtes. On peut par contre remarquer une
très légère augmentation du nombre d’atteintes verbales et d’atteintes contre
les biens rapportées par les membres des équipes éducatives en dehors des
écoles. Quand on s’intéresse au nombre de membres des équipes touchés (au moins
une fois) par ces violences plutôt qu’au nombre d’atteintes subies, on constate
que la proportion de victimes d’atteintes contre les biens et d’atteintes
physiques reste stable, tandis que le pourcentage de victimes d’atteintes
verbales tend à augmenter légèrement, bien que cet effet ne soit pas
significatif (voir graphique 8).
Graphique
8 : Comparaison
du pourcentage de membres des équipes éducatives victimes au moins une fois des
différents actes de victimation

Les
analyses réalisées indiquent une grande stabilité dans les phénomènes étudiés.
Il n’y a pas de différences dans les réponses moyennes données par les membres
des équipes éducatives en 2000 ou en 2003 concernant les relations entre
collègues, les relations avec les élèves, l’indiscipline des élèves et
l’engagement dans leur métier. On note une très légère diminution dans la
perception des faits de violence à l’école et dans le sentiment d’insécurité à
l’école, ainsi qu’un très léger progrès dans la perception du leadership des
écoles.
La
comparaison des résultats par établissement de 2000 et de 2003 ne révèle aucune
différence significative (au seuil de p = .05). Autrement dit, le climat
global des établissements est identique d’une enquête à l’autre. Cependant,
ces résultats ne concernent que les tendances globales. Il est donc possible
que les évolutions locales soient différentes d’un établissement à
l’autre : si la situation d’un établissement se dégrade et si celle d’un
autre établissement s’améliore, le résultat général sera stable. Des analyses
complémentaires ont été réalisées afin d’examiner l’évolution de chaque
établissement. Les graphiques 8 à 11 illustrent visuellement ces évolutions.
Dans ces graphiques, chaque ligne représente un établissement. La lecture de
ces graphiques montrent des évolutions diversifiées d’un établissement à
l’autre (certaines lignes montent, d’autres descendent, d’autres encore
restent stables), que ce soit au niveau des élèves (graphiques 9 et 10) ou au
niveau des équipes éducatives (graphiques 11 et 12).
Graphique 9 : Evolution de la fréquence d’atteintes physiques contre les élèves par établissement (chaque ligne représente un établissement).
|
Graphique 10 : Evolution de la fréquence de propositions de drogue aux élèves par établissement (chaque ligne représente un établissement).
|
|
Graphique 11 : Evolution de la fréquence d’atteintes verbales contre les membres de l’équipe éducative par établissement (chaque ligne représente un établissement).
|
Graphique 12 : Evolution de la fréquence d’atteintes contre les biens des membres de l’équipe éducative par établissement (chaque ligne représente un établissement).
|
La question suivante est alors de savoir quels sont les facteurs susceptibles d’expliquer cette évolution différentielle d’une enquête à l’autre. Des analyses de régression ont été réalisées en vue de prédire la fréquence moyenne d’un type de victimation au sein des établissements en 2003, en forçant comme prédicteur la fréquence moyenne de ce type de victimation en 2000, et en prenant comme prédicteurs potentiels la composition des établissements et leur contexte pédagogique et organisationnel en 2000, ainsi que les différences entre 2000 et 2003 pour chacune de ces variables (quand l’information est disponible). De cette façon, nous pouvons contrôler l’effet du niveau initial de victimations est examiner le pouvoir prédictif des différentes caractéristiques des établissements étudiées en 2000 sur le niveau de victimations en 2003, ainsi que celui des changements intervenus dans ces caractéristiques entre 2000 et 2003. Les résultats de ces analyses figurent dans les tableaux 18 et 19. Vu le petit nombre d’établissements inclus dans ces analyses, leurs résultats doivent être pris avec précaution.
Tableau 18 : Indices Beta des régressions pas à pas sur les fréquences moyennes par établissement des atteintes subies par les élèves comme variables dépendantes.
|
|
Atteintes contre les biens
2003 |
Atteintes Physiques 2003 |
Atteintes verbales 2003 |
Proposition de drogue 2003 |
||||
|
|
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
|
Atteintes contre les biens en 2000 |
ns |
1 |
- |
|
- |
|
- |
|
|
Atteintes physiques en 2000 |
- |
|
.52 |
1 |
- |
|
- |
|
|
Atteintes verbales en 2000 |
- |
|
- |
|
ns |
1 |
- |
|
|
Proposition de drogue en 2000 |
- |
|
- |
|
- |
|
.43 |
1 |
|
Age moyen élèves 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Proportion filles 2000 |
-.66 |
2 |
|
|
-.43 |
2 |
|
|
|
Nombre d’élèves 2000 |
|
|
|
|
|
|
.45 |
2 |
|
Niveau socio-économique moyen 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
% élèves nés en Belgique 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Retard scolaire moyen 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Répartition filières Q/T 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Développement 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Inégalités de traitement des élèves 2000 |
|
|
.58 |
2 |
|
|
|
|
|
Relations élèves-professeurs 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Leadership
2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Δ Proportion filles 2003 - 2000 |
-.29 |
3 |
|
|
|
|
|
|
|
Δ Age moyen élèves 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Δ Nombre d’élèves 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Δ Niveau socio-économique 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Δ Répartition filières Q/T 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Δ Développement 2003 - 2000 |
|
|
-.31 |
|
|
|
|
|
|
Δ Inégalités de traitement 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Δ Relations élèves-professeurs 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Δ Leadership 2003 -
2000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
R² |
.61 |
.70 |
.17 |
.48 |
||||
Note. N = 20 établissements, seuls les coefficients
significatifs à p < .10 sont présentés, ns = non significatif.
A la lecture du tableau 18, on peut noter que la fréquence moyenne d’atteintes verbales et d’atteintes contre les biens à l’encontre des élèves est principalement liée à la proportion filles/garçons parmi les élèves (et son évolution). Plus la proportion de filles est élevée, moins ces atteintes sont fréquentes. Chez les élèves, on observe par ailleurs que des fréquences plus élevées d’atteintes physiques et de propositions de drogues sont associées à des fréquences plus élevées pour les mêmes types de faits trois ans plus tard. En outre, un plus grand nombre d’élèves est associé à une plus grande circulation de drogues. D’autre part, des pratiques d’enseignement inégalitaires sont liées à une fréquence plus élevée d’atteintes physiques, tandis qu’une augmentation de pratiques soutenant l’autonomie et le développement de tous les élèves sont liées à une fréquence plus faible de ces mêmes atteintes.
Tableau 19 : Indices Beta des régressions pas à pas sur les fréquences moyennes par établissement des atteintes subies par les membres de l’équipe éducative comme variables dépendantes.
|
|
Atteintes contre les biens
2003 |
Atteintes Physiques 2003 |
Atteintes verbales 2003 |
|||
|
|
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
Beta |
Pas |
|
Atteintes contre les biens en 2000 |
.76 |
1 |
- |
|
- |
|
|
Atteintes physiques en 2000 |
- |
|
ns |
1 |
- |
|
|
Atteintes verbales en 2000 |
- |
|
- |
|
.29 |
1 |
|
Age moyen élèves 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Proportion filles 2000 |
.58 |
3 |
|
|
|
|
|
Nombre d’élèves 2000 |
|
|
|
|
-.54 |
2 |
|
Niveau socio-économique moyen 2000 |
|
|
|
|
-.41 |
4 |
|
% élèves nés en Belgique 2000 |
|
|
-.49 |
2 |
|
|
|
Retard scolaire moyen 2000 |
.58 |
4 |
|
|
|
|
|
Répartition filières Q/T 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Développement 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Inégalités de traitement des élèves 2000 |
|
|
.52 |
4 |
|
|
|
Relations élèves-professeurs 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Leadership
2000 |
|
|
-.44 |
3 |
-.34 |
3 |
|
Δ Proportion filles 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Δ Age moyen élèves 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Δ Nombre d’élèves 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Δ Niveau socio-économique 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Δ Répartition filières Q/T 2003 - 2000 |
.51 |
2 |
|
|
|
|
|
Δ Développement 2003 - 2000 |
|
|
-.38 |
5 |
|
|
|
Δ Inégalités de traitement 2003 - 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Δ Relations élèves-professeurs 2003 – 2000 |
|
|
|
|
|
|
|
Δ Leadership 2003 -
2000 |
|
|
|
|
|
|
|
R² |
.70 |
.71 |
.81 |
|||
Note. N = 20 établissements, seuls les coefficients
significatifs à p < .10 sont présentés, ns = non significatif.
Les résultats présentés dans le tableau 19 indiquent qu’une fréquence moyenne plus élevée d’atteintes contre les biens et d’atteintes verbales à l’égard des membres des équipes éducatives en 2000 est liée à une fréquence plus élevée de ces mêmes atteintes trois ans plus tard. On peut aussi noter que la fréquence d’atteintes contre les biens augmente avec la proportion de filles au sien de l’établissement, avec l’ampleur du retard scolaire des élèves, et avec une diminution de la proportion d’élèves dans les filières de transition. Un plus grand nombre d’élèves, un niveau socio-économique moyen plus élevé et un leadership cohérent sont pour leur part associés à une plus faible fréquence d’atteintes verbales. Quant à la fréquence moyenne d’atteintes physiques envers les équipes éducatives, elle est négativement reliée au pourcentage d’élèves nés en Belgique au sein de l’établissement, à la qualité du leadership et à l’augmentation des pratiques favorables au développement des capacités de tous les élèves. Elle est par contre positivement reliée aux inégalités de traitement entre élèves.
A l’initiative du Ministre Hazette, une enquête de victimation avait été réalisée en l’an 2000 auprès d’un échantillon représentatif des élèves de la Communauté française. Cette enquête donnait pour la première fois une indication empirique concernant l’ampleur de différentes formes de violence au sein des établissements scolaires de l’ensemble du territoire de la Communauté (Buidin et al., 2000). Cette année, une nouvelle étude a été commanditée par le Ministre pour dresser un état des lieux trois ans après la première enquête et pour examiner l’évolution des phénomènes de violence à l’école. Les résultats de cette seconde enquête sont résumés ci-dessous, de même que leurs implications. Les résultats relatifs à la situation en 2003 sont d’abord discutés, puis ceux relatifs la comparaison entre 2000 et 2003.
2921 élèves des différentes filières de l’enseignement secondaire et 655 membres des équipes éducatives, provenant de 24 écoles, ont participé à cette nouvelle enquête. Dans l’ensemble, les résultats de cette étude répliquent ceux de l’enquête réalisée en 2000 auprès d’un autre échantillon d’élèves. L’ampleur relative des différentes formes de violence est identique d’une enquête à l’autre et les facteurs qui se sont avérés prédictifs en 2000 le restent en 2003. Cette cohérence des résultats renforcent la validité des conclusions que l’on peut en tirer.
Globalement, les résultats indiquent que la violence scolaire se caractérise essentiellement, à ce jour comme en 2000, par des faits mineurs d’un point de vue juridique, les faits de violence graves étant relativement rares (et même extrêmement rare en ce qui concerne les atteintes physiques à l’égard des membres des équipes éducatives). Ces constatations suggèrent que les phénomènes de violence à l’école ne présentent pas le caractère dramatique et paroxystique que les médias leur attribuent, dans la mesure où ils se manifestent essentiellement à travers des atteintes verbales.
Ces atteintes n’en sont pas moins préoccupantes, car les résultats suggèrent que ce ne sont pas les épisodes de violence aiguë qui sont le plus associés à des conséquences négatives à moyen terme sur les personnes, mais plutôt les actes de moindre intensité répétés au fil des jours. De fait, ce sont surtout les atteintes verbales et le sentiment d’être rejeté par ses pairs qui sont associés à une plus faible qualité de vie à l’école chez les élèves, tandis que ce sont principalement les atteintes verbales, les incidents disciplinaires et l’absentéisme qui sont négativement reliés à la qualité de vie des membres des équipes éducatives. Pris isolément, ces évènement sont pour la plupart presque banals, mais leur accumulation et leur répétition semblent vraiment « faire violence » aux personnes qui y sont confrontés, pouvant susciter un sentiment d’insécurité et de réelles souffrances psychologiques, jusqu’à des conduites de désengagement (Galand, 2001).
Par conséquent, il semble nécessaire de considérer que la souffrance individuelle de chaque acteur au sein de l’école (enseignant ou élève) peut découler aussi bien d’une agression brutale et chaotique que d’une répétition usante d’événements multiples, rarement pénalisés et pas forcément pénalisables, toutes deux rendant compte d’une forme de violence particulière. Une importance particulière doit donc être accordée au vécu personnel des individus pour qu’un soutien adéquat leur soit octroyé dans la gestion de leur sentiment de victimation, qu’il soit post-traumatique ou non.
Une des
nouveautés de la présente enquête par rapport à la précédente est de
s’intéresser aux comportements prosociaux et asociaux
des élèves, ainsi qu’au harcèlement moral vécu par les membres des équipes
éducatives. Suivant les réponses données par les élèves, les comportements prosociaux apparaissent nettement plus répandus que les
comportements asociaux. Les élèves rapportent également manifester moins de
conduites asociales au sein de l’école qu’en dehors celle-ci. Les conduites
asociales les plus souvent rapportées par les élèves sont la provocation d’autres élèves, la consommation
de drogue douce et la dégradation d’objet ou de matériel. Les conduites les
moins souvent rapportées sont le racket, la consommation de drogue dure et le
fait de blesser quelqu’un avec un objet ou une arme. L’adoption de
comportements prosociaux ou asociaux sont liés à
certaines caractéristiques des élèves, notamment l’âge, le sexe et les
croyances à l’égard de l’usage de la violence, mais également à la perception
d’être plus ou moins confronté certaines pratiques pédagogiques. Ces résultats
suggèrent que l’adoption de l’un ou l’autre type de comportements serait en
partie liée aux pratiques des membres des équipes éducatives. Les résultats des
régressions multiples laissent aussi penser que l’adoption d’attitudes et de
comportements agressifs pourrait en partie résulter d’un sentiment de menace
induit par le fait d’être exposé à un environnement violent ou d’être soi-même
victime de violence (Galand & Dupont, 2002).
Une autre nouveauté de la présente
enquête est d’avoir investigué le harcèlement moral au sein de l’équipe
éducative. Il ressort de l’enquête
qu’une proportion non négligeable des personnes interrogées rapportent avoir
été victimes de harcèlement. Celui-ci
est surtout le fait d’attitudes et de remarques verbales des élèves ou des
collègues. Les victimes de harcèlement
moral rapportent une souffrance psychologique très importante, tant sur le plan
de la dépression, de l’anxiété, que sur celui des plaintes somatiques. Il est à noter que le harcèlement moral ne
semble être associé à aucune caractéristique personnelle des individus qui en
souffrent, mais davantage à des éléments du contexte scolaire.
Les résultats obtenus indiquent que les garçons ont davantage tendance à se retrouver impliqué dans des interactions ouvertement agressives, que ce soit comme auteurs ou comme victime. Les élèves des premières années du secondaire sont également plus souvent victimes de violence à l’école que les élèves des années supérieures. Mis à part ces effets de sexe et d’âge (ou d’année scolaire), les résultats de cette enquête répliquent ceux de 2000 en montrant le peu de poids que semble avoir les caractéristiques socio-démographiques individuelles dans le vécu scolaire des élèves. Notons entre autres que la catégorie socio-professionnelle des parents et la nationalité des parents n’ont quasi aucun effet statistique sur les variables étudiées. Comme nous l’avons montré lors de l’enquête précédente (Galand et al., 2003), ces résultats n’excluent pas des effets plus systémiques de l’origine socio-économique ou socio-culturelle, mais invitent à se méfier de tout pronostique ou toute inférence simpliste au niveau individuel. Un constat similaire peut être dressé concernant les enseignants : ni la filière, ni le cycle, ni le type de cours dans lequel professe un enseignant ne sont systématiquement associés aux variables étudiées.
Par contre, en accord avec l’enquête de 2000, les résultats suggèrent que certains types de pratiques pédagogiques et certains modes d’organisation des établissements sont liées au niveau de violence et à la qualité de vie à l’école. Les résultats mettent en avant l’importance de la qualité des relations entre enseignants et élèves par rapport aux phénomènes de violence étudiés. Plus précisément, les résultats suggèrent un impact positif de la disponibilité et de l’écoute des enseignants vis-à-vis des élèves, du soutien qu’ils leur apportent, de l’équité dont ils font preuve dans leurs rapports avec eux. Par contre, les résultats invitent à éviter tout comportement discriminatoire ou dévalorisant à l’encontre d’un élève. A cet égard, une meilleure formation des enseignants aux pratiques de gestion des groupes-classes pourrait peut-être s’avérer utile (Chouinard, 1999).
Les résultats suggèrent aussi qu’une implication active et soutenante de la direction et une solide coordination des professionnels œuvrant dans un établissement, pourraient avoir des effets pacificateurs marqués sur le climat régnant dans l’école. Nous renvoyons ici aux recommandations du rapport précédent.
D’après les
résultats de cette enquête, la protection des élèves plus jeunes et l’attention
aux phénomènes de rejet entre élèves apparaissent également comme des pistes
pertinentes à exploiter dans la mise en place de stratégies de prévention de la
violence scolaire. Cela peut être fait notamment via des campagnes de
prévention ciblées (Olweus, 1997) ou via le
développement d’activités coopératives (Cowie & Berdondini,
2001).
Les comparaisons effectuées entre l’enquête de 2000 et cette nouvelle enquête soulignent principalement la stabilité des phénomènes étudiés. Les atteintes contre les biens des élèves ainsi que la perception du niveau de violence à l’école et sentiment d’insécurité des membres des équipes éducatives montrent une légère diminution. Mais le nombre de personnes déclarant avoir été victime de violence tend à augmenter légèrement. Les autres indicateurs étudiés restent stables. Des enquêtes similaires menées aux Etats-Unis sur une trentaine d’années montrent également un grande stabilité des victimations en milieu scolaire, au-delà des légères fluctuations d’une enquête à l’autre sur certains indices (Hyman & Perone, 1998). D’après les résultats exposés dans ce rapport, il n’y a donc pas lieu de s’alarmer d’une hypothétique flambée de violence dans nos écoles. Dans le même temps, les résultats invitent à se garder de tout triomphalisme. Les problèmes de violence identifiés lors de la première enquête sont toujours présents avec la même intensité, et on ne note aucune amélioration significative dans les conditions d’apprentissage auxquelles les élèves disent être confrontés. Il est possible que les politiques de prévention mises en oeuvre aient évité une aggravation des problèmes au sein des établissements, quoiqu’on ne trouve pas non plus trace d’aggravation en dehors de l’école. Mais les données récoltées ne soutiennent pas l’idée que les actions entreprises au niveau du système aient entraîné une amélioration marquée.
Les résultats obtenus ne permettent par contre pas de se prononcer sur l’efficacité des actions entreprises au niveau local par les établissements, car nous ne disposons pas d’information sur ces actions. La phase de communication des résultats aux écoles ayant participé à la présente enquête devrait nous permettre d’examiner le lien entre certaines actions locales et l’évolution particulière de tel ou tel établissement. Les analyses réalisées pour tenter d’expliquer les évolutions des établissements indiquent que la fréquence de victimations dans un établissement en 2003 est principalement fonction de trois éléments : premièrement la fréquence de victimation en 2000, deuxièmement la composition du public de l’établissement en 2000, et troisièmement le type de projet pédagogique et de leadership mis en place dans l’établissement en 2000. En d’autres mots, l’évolution du niveau de violence dans un établissement semblent en partie liée à la fois à sa situation initiale et à son public d’élèves, mais aussi aux pratiques éducatives et organisationnelles mise en oeuvre en son sein. Comme énoncé dans le rapport de l’enquête précédente, les résultats obtenus suggèrent que la façon dont est composée la population d’élèves recrutée par une école risque de rendre plus ou moins ardu l’établissement d’un climat scolaire positif, mais que dans tous les cas l’action éducative entreprise par les membres de l’équipe éducative a un rôle à jouer. On voit néanmoins que les problèmes de violence sont des phénomènes complexes, liés en même temps à des facteurs structurels, organisationnels et pédagogiques, et qu’une prévention efficace et durable nécessite donc une accompagnement soutenu des établissements.
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[1] Les questionnaires sont la propriété de leurs auteurs. Pour toute utilisation veuillez vous adresser aux chercheurs de la présente enquête.
[2] La perception de ces faits au sein de l’école (p.ex. agressions sexuelles) est bien entendu à distinguer du vécu personnel des différentes victimations (p.ex. attouchements ou actes sexuels non désirés).
[3] Pour un seuil de signification donné, plus l’échantillon est grand, plus il est facile d’obtenir des effets significatifs. C’est pourquoi un seuil si contraignant a été adopté ici et des seuils différents seront adoptés par la suite
[4] Ces caractéristiques ont été mises en évidence au moyen d’un test t.
[5] Ces résultats ont été obtenus au moyen d’une analyse par facteurs et de matrices de corrélations.
[6] Ces cinq profils permettent d’expliquer 71% de la variance, c’est-à-dire 71% des réponses.